«Gilets jaunes»: François Ruffin, porte-voix d'une France invisible?

POLITIQUE Le député (LFI) François Ruffin a décidé de se mettre en avant dans les manifestations des « gilets jaunes »…

Gilles Durand
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Le député La France insoumise (LFI) François Ruffin a participé a un rassemblement ,jeudi 29 novembre 2018, place de la République à Paris
Le député La France insoumise (LFI) François Ruffin a participé a un rassemblement ,jeudi 29 novembre 2018, place de la République à Paris — SIPA
  • Qu’y a-t-il derrière l’engagement de François Ruffin dans le mouvement des « gilets jaunes » ?
  • Ancien journaliste, le député de la Somme a toujours voulu rapporter la parole de la France invisible.
  • Il a su se montrer critique envers certains aspects du mouvement des « gilets jaunes ».

Son intervention n’est pas passée inaperçue. En demandant, dimanche, au président de la République, Emmanuel Macron, de démissionner, le député (LFI), François Ruffin, a gravi un nouvel échelon dans son engagement pour le mouvement des « gilets jaunes ».

Ancien journaliste, le député de la Somme a parfaitement mis en scène son intervention. « Je viens rapporter ici à Paris devant l’Elysée l’état d’esprit de mes concitoyens : de la colère, on est passé à la rage », a-t-il expliqué devant la presse.

Rapporter la parole de la France invisible

Opportunisme politique ou réelle volonté de porter la parole d’un mouvement social ? « La plupart des revendications correspondent à notre programme politique. Pourquoi ne le soutiendrions-nous pas ?, souligne Adrien Quatennens, son collègue (LFI) du Nord, à l’Assemblée nationale. Après, chacun a sa méthode pour le faire. François a choisi de faire le tour des barrages et de rapporter ce qu’il a entendu, c’est un choix que nous approuvons collectivement. »

En revanche, du côté des députés de la majorité, le procédé ne passe pas. «Le dialogue est la seule solution pour s'en sortir. Appeler à la démission tous azimut ne résoudra rien. Nous avons des lois et une constitution qu'il faut respecter pour éviter de mettre en péril le modèle républicain», répond Anne-Laure Cattelot, députée (LREM ) du Nord, élue dans un territoire où les problèmes de mobilité sont importants.

Rapporter la parole de la France invisible, tel était déjà le projet de François Ruffin lorsqu’il a lancé le journal Fakir en 1999, à Amiens. Dans son documentaire Merci patron, c’est le point de vue d’un ouvrier licencié qu’il choisit de montrer. Enfin, dans sa circonscription, il avait fait campagne aux législatives de 2017 sur la misère sociale que les fermetures d’usine avaient laissée dans leur sillage.

« Il y a tout et son contraire »

La France d’en bas, il estime la représenter, lui qui se dit « appartenir la petite bourgeoisie intellectuelle, à précarité variable ». A l’Assemblée nationale, on lui reproche d’ailleurs régulièrement sa façon de s’habiller. Une fois, c’est la chemise qui dépasse du pantalon, une autre, c’est un maillot de foot qu’il endosse pour montrer son attachement aux valeurs populaires.

L’ancien journaliste a choisi son camp : celui des plus humbles, même avec leurs défauts. C’est pourquoi il sait se montrer critique envers certains aspects du mouvement des « gilets jaunes ». « Je ne suis pas fier du tout que ça se passe de cette manière-là » avait-il avoué à Europe 1, en évoquant la dénonciation de migrants qui se cachaient dans un camion-citerne, au barrage de Flixecourt. « Au milieu d’un mouvement comme ça, il y a tout et son contraire », reconnait-il.

S’il se met autant en avant, c’est parce qu’il est persuadé que « la France invisible vient de monter sur la table et qu’elle n’est pas près d’en redescendre », avance un de ses proches.

« Absence totale de perspective politique »

Jeudi, il tentait, avec l’économiste Frédéric Lordon, de trouver une « convergence des luttes » avec la population parisienne, sur la place de la République, à Paris. Là où, il y a deux ans, il avait coordonné un autre mouvement de protestation plus urbain, « Nuit Debout ».

En 2016, dans une interview donnée à  Télérama, il expliquait rêver de « Nuit Debout à Flixecourt », sa ville emblématique dans la Somme. « Ce qui fédère les uns et les autres, c’est l’absence totale de perspective politique (…) La prochaine étape consiste à sortir de l’entre-soi pour exporter la mobilisation jusqu’au fin fond de la France », expliquait-il à l’époque.