Immeubles effondrés à Marseille: Le gouvernement trace une feuille de route à la ville et exige des résultats

INSALUBRITE En visite à Marseille, Julien Denormandie a adopté un discours ferme envers la ville de Marseille qui fait face à une crise de l’habitat indigne sans précédent…

Mathilde Ceilles

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Julien Denormandie, Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de la cohésion des territoires.
Credit:Alain ROBERT/SIPA/
Julien Denormandie, Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de la cohésion des territoires. Credit:Alain ROBERT/SIPA/ — SIPA
  • Julien Denormandie était en visite à Marseille, trois semaines après l’effondrement de plusieurs immeubles.
  • Il a annoncé une aide de l’Etat de 240 millions d’euros.
  • Il a toutefois exigé de la mairie et de la métropole des résultats.

« Faire confiance, c’est bien. Assurer des résultats, c’est mieux. Tout le monde doit faire face à ses responsabilités. » En déplacement à Marseille, trois semaines après l’effondrement de plusieurs immeubles rue d’Aubagne, le ministre du Logement Julien Denormandie a tenu un discours ferme envers la mairie de la deuxième ville de France. On est loin des premières prises de parole relativement bienveillantes envers le premier magistrat de Marseille, quelques heures après le drame, où le même ministre se tenait aux côtés de Jean-Claude Gaudin et de son adjointe au logement, Arlette Fructus.

Après une visite de la rue d’Aubagne aux côtés de cette dernière, et un entretien sur le sujet avec l’édile de Marseille et la présidente de la métropole Martine Vassal, c’est seul, à la demande de son entourage, que le jeune ministre se présente devant la presse, en compagnie du préfet des Bouches-du-Rhône et de la préfète déléguée à l’égalité des chances.

Une subvention de 240 millions d’euros

Première annonce d’envergure : le déblocage d’une subvention de 240 millions d’euros. Avec l’aide de la métropole annoncée ce mercredi, et l’aide d’autres collectivités territoriales, la ville de Marseille bénéficie désormais de 600 millions d’euros pour lutter contre l’habitat indigne. La somme est considérable quand on sait que Jean-Claude Gaudin a investi en tout et pour tout 35 millions d’euros depuis 2005 dans cette lutte.

Mais cet argent n’est pas donné sans condition, loin de là. Sitôt cette subvention annoncée, le discours du ministre se fait cinglant et claque dans la petite salle de la préfecture, donnant l’impression que l’Etat prend la main sur la gestion de cette crise sans précédent.

« Ministre du logement des Marseillais »

« La situation n’est pas acceptable », estime celui qui se pose en « ministre du logement des Marseillais et ministre pour les Marseillais ». « Toute la lumière devrait être faite sur ce qui s’est passé le 5 novembre dernier, affirme Julien Denormandie. Les responsabilités devront être établies et les raisons éclaircies afin d’assurer une meilleure prévention dans le futur. »

Dans la gestion de l’urgence que constitue cette crise, où le nombre de sinistrés devant quitter leur logement ne cesse de croître, le ministre a notamment fixé deux objectifs, « partagés par M. Gaudin et Mme Vassal », l’assure-t-il. Le premier consiste à offrir la possibilité « le plus vite possible » aux Marseillais de regagner leurs logements en toute sécurité. Et en cas d’impossibilité, la mairie devra proposer des solutions de relogement, selon le ministre.

« Un point quotidien »

Le préfet de région Pierre Dartout, accompagné de sa déléguée à l’égalité des chances Marie-Emmanuelle Assidon, a été chargé par le gouvernement de présider chaque jour un comité de pilotage sur cette question. « J’ai demandé au préfet de faire un point quotidien, insiste Julien Denormandie, qui doit pouvoir accélérer ce relogement. » A l’heure actuelle, seuls 19 foyers ont en effet trouvé une solution de relogement définitif.

Mais au-delà de la gestion de crise, le ministre a fixé un objectif à plus long terme dans son « accompagnement » de la ville, formalisée dans une lettre donnée aux élus. Le gouvernement s’immisce directement dans la politique de la ville à Marseille en sommant les élus d'« agir en profondeur sur la résorption de l’habitat indigne ».

Contre la gentrification

« La réhabilitation du centre-ville est un grand chantier, estime le ministre. Pour le suivre, un comité de pilotage mensuel sera mis en place. J’ai demandé au préfet de le réunir autant de fois que nécessaire, et je m’y rendrai dès que cela sera utile. »

Plus étonnant encore, le ministre a donné des orientations dans cette politique du logement. Julien Denormandie a en effet évoqué les inquiétudes de certains Marseillais de voir en lieu et place des immeubles effondrés, des immeubles haut de gamme à l’heure où la mairie est accusée de vouloir gentrifier certains quartiers.

« Assurer qu’à la fin, les résultats sont là »

« C’est un engagement de l’Etat pour Marseille, affirme-t-il. Je suis un fervent défenseur de la mixité sociale. Il faut lutter contre l’habitat indigne mais pas aux détriments des Marseillais. La mixité sociale fait intimement partie de l’identité de cette ville. »

Outre cette feuille de route, Julien Denormandie assure vouloir des résultats, qu’il espère obtenir par un contrôle des actions menées par les collectivités. « Le rôle de l’Etat est d’assurer qu’à la fin, les résultats soient là. J’ai demandé au préfet à mettre en place un suivi très fin et quotidien. » Selon un dernier bilan de la mairie de Marseille, pas moins de 193 immeubles ont été évacués.

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