Parité: «Les chiffres sur la place des femmes dans les conseils communautaires sont effarants»

INTERVIEW La présidente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes remet ce jeudi un rapport sur la parité dans les structures intercommunales. Elle veut agir vite, car ces assemblées sont des « zones blanches de la parité »…

Propos recueillis par David Blanchard

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Image d'illustration. Une manifestation de maires à Clamecy (Nièvre), en mars 2008.
Image d'illustration. Une manifestation de maires à Clamecy (Nièvre), en mars 2008. — JEFF PACHOUD / AFP
  • Jacqueline Gourrault, la ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire, se voit remettre aujourd’hui un rapport sur la parité dans les conseils communautaires.
  • La présence des hommes y est écrasante.
  • Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes propose d’étendre la parité à ces structures qui ont de plus en plus de pouvoirs, ainsi qu’aux communes de moins de 1.000 habitants.

Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes remet ce jeudi à la ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire Jacqueline Gourault ses propositions pour « une égale représentation des femmes et des hommes dans les instances communautaires ». Les structures intercommunales, outrageusement masculines, et les communes de moins de 1.000 habitants sont dans le viseur. Avec l’espoir que ses recommandations entrent dans un projet de loi avant avril 2019, pour que les municipales de 2020 prennent en compte l’application totale de la parité, explique la présidente du HCE, Danielle Bousquet.

Danielle Bousquet, présidente du Haut comité à l'égalité entre femmes et hommes, le 8 mars 2016.

Pourquoi faut-il réformer la parité dans les conseils communautaires ?

Ils sont aujourd’hui un lieu très important de décision sur les politiques publiques locales d’un territoire. Les chiffres sur la place des femmes sont effarants : ce sont des zones blanches de la parité. Il n’y a que 34 % de femmes dans ces assemblées, 20 % dans l’exécutif de ces mêmes assemblées et seulement 7 % de présidentes. On voit bien qu’il y a distorsion entre ces lieux et l’exigence de parité. On a besoin de bouger pour les élections de 2020.

Ce rapport est-il une commande de la ministre ?

Non, personne ne l’a commandé. Ce rapport arrive après la loi NOTRe de 2016 sur les intercommunalités, et on a regardé où en était la place des femmes. On espère que nos recommandations seront retenues. Avec les fusions d’intercommunalités, il n’y a souvent qu’un représentant pour les petites communes dans ces assemblées, et c’est toujours ou presque le maire. Or, 84 % de ces maires sont des hommes.

Quelles sont vos principales recommandations pour y remédier ?

Au premier niveau, il faut garantir une parité stricte dans tous les conseils municipaux, même ceux des communes de moins de 1.000 habitants. Cela fera mathématiquement progresser la part des femmes dans les intercommunalités. La deuxième est complètement liée : on doit tendre vers une parité stricte en faisant en sorte que le maire ne soit pas systématiquement celui qui va à l’intercommunalité, donc en ayant une élection au suffrage universel direct pour les conseils communautaires. La troisième est que l’exécutif des communes et des intercommunalités soient aussi paritaires.

Ne craignez-vous pas qu’il devienne impossible de constituer des listes dans les petites communes avec ces nouvelles contraintes ?

C’est une contrainte et une chance. 74 % des communes ont moins de 1.000 habitants donc on ne voit pas pourquoi elles resteraient à l’écart. Dans les conseils départementaux, il y avait 91 % d’hommes, depuis la loi, c’est 50-50.

De nombreux maires souhaiteraient ne pas se représenter : comment convaincre les femmes de s’engager dans ces postes ?

Il n’y a pas plus de femmes que d’hommes qui ne souhaitent pas se représenter. Ce qui entraîne cette désaffection, c’est le comportement des administrés et la sous-indemnisation des élus dans les petites communes. On voit que ça bouge. La population aime avoir cette parité, elle la reçoit très bien.