«Gilets jaunes»: Comment l'exécutif espère sortir de la crise

POLITIQUE Edouard Philippe se dit désormais prêt à recevoir les «gilets jaunes», qu'il souhaite associer à la concertation voulue par Emmanuel Macron...

T.L.G.

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Edouard Philippe au 101e Congrès de l'Association des maires de France, le 22 novembre 2018.
Edouard Philippe au 101e Congrès de l'Association des maires de France, le 22 novembre 2018. — Lionel BONAVENTURE / AFP
  • Le gouvernement veut retrouver de l'horizontalité avec le lancement d'une «grande consultation».
  • Emmanuel Macron a demandé des réponses plus concrètes mais l'annonce d'une régulation des hausses des taxes sur le carburant reste floue.

Une ligne « déterminée » mais « raisonnable ». Sur BFMTV ce mercredi, Edouard Philippe a défendu la position du gouvernement face aux « gilets jaunes ». « Le président l’a dit, on a fixé un cap, et puis on va tenir ce cap ». Le chef du gouvernement s’est dit désormais prêt à recevoir des représentants du mouvement de protestation, qu’il souhaite associer à la concertation voulue par Emmanuel Macron. Alors que la mobilisation contre le prix du carburant et la baisse du pouvoir d’achat se poursuit, l’exécutif espère trouver une sortie de crise.

1. Apporter des réponses concrètes… mais flou sur les taxes carburant

« Les réponses que nous apportons sont trop abstraites, trop loin des gens, trop loin du terrain », a reconnu mardi Emmanuel Macron. « Les gens disent leurs souffrances, on leur répond « chèque énergie ». Mais le chèque-énergie, ils ne savent pas ce que c’est. Et la vérité, concrètement, moi non plus ! […] Ce n’est pas assez concret, assez tangible, assez simple ».

Sur le prix du carburant, les hausses de taxes, prévues de 2019 à 2022 seront maintenues. Mais Edouard Philippe a confirmé le mécanisme esquissé par Emmanuel Macron mardi. En cas « d’envol » du pétrole brut, le gouvernement pourrait chaque trimestre décider de neutraliser la hausse des taxes survenue au 1er janvier de l’année. Dans quelle mesure ? A partir de quel prix ? « Je ne peux pas encore vous répondre sur comment le dispositif va marcher », a évacué sur BFMTV le Premier ministre, estimant que la décision appartiendra au Parlement. Le chef du gouvernement a par ailleurs écarté l'idée d'un éventuel «coup de pouce» au Smic comme le demandaient des syndicats.

« Ce que nous apprend le mouvement des gilets jaunes, c’est que le quinquennat de Macron va tourner autour d’un défi sur le pouvoir d’achat, comme l’était celui de Hollande sur l’inversion de la courbe du chômage », avance Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP. « Emmanuel Macron est condamné à avoir des résultats, en proposant des solutions qui n’apparaissent pas comme trop technocratiques ».

2. « Grande consultation de terrain » : le risque de la « poudre aux yeux »

Le Premier ministre va se concerter avec « l’ensemble des acteurs, les élus locaux, les organisations syndicales et les responsables associatifs dans les trois jours qui viennent pour regarder avec eux la meilleure méthode à mettre à l’oeuvre » pour cette concertation, qui doit durer trois mois, a déclaré le ministre chargé des Relations avec le Parlement Marc Fesneau. Cette consultation de terrain « permettra que cette colère se transforme en action ».

« Emmanuel Macron revient à la source, comme il avait fait lors de sa «grande marche» avant la campagne [porte-à-porte des militants pour élaborer son programme], ou lors des consultations sur l'Europe pour casser l’image de verticalité », juge Frédéric Dabi. « Le défi, c’est la crédibilité. Car ce type d’initiative s’expose aux critiques : celle de rester sur la méthode plutôt que sur le fond et de n’être que de la poudre aux yeux, qu’il s’agisse de fausses concertations alors que tout est déjà décidé d’en haut, comme ça avait été dénoncé par les syndicats lors de la réforme SNCF ». Emmanuel Macron « gagne du temps en annonçant une consultation pipot », a déjà dénoncé le député Nicolas Dupont-Aignan. «La concertation sauce Macron, c'est je vous reçois, je vous écoute et je fais ce que je veux», a lancé sur franceinfo Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT.