VIDEO. De la fiscalité du carburant aux «gilets jaunes», ce qu'il faut retenir du discours d'Emmanuel Macron

TRANSITION ENERGETIQUE Le chef de l’Etat a présenté ce mardi son projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui doit fixer dans la loi la politique énergétique française des prochaines années, avec à l’esprit l’idée de calmer la gronde des gilets jaunes…

A.B.

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Emmanuel Macron a présenté ce mardi la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).
Emmanuel Macron a présenté ce mardi la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). — EMMANUEL DUNAND / AFP
  • Emmanuel Macron a présenté ce mardi son projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
  • Le PPE doit fixer dans la loi la politique énergétique française des prochaines années.
  • Avec ce discours, le chef de l’Etat avait également à l’esprit l’idée de calmer la gronde des « gilets jaunes ».

Calmer la fronde des gilets jaunes, et maintenir le cap fixé pour la transition énergétique : tel était le double objectif du discours d’Emmanuel Macron, qui a présenté ce mardi matin son projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Celui-ci doit fixer dans la loi la politique énergétique française des prochaines années.

Si le chef de l’Etat a assuré avoir entendu « la grogne » des Français, il estime cependant qu’il « ne faut pas changer de cap », mais « changer de méthode », misant ainsi sur la pédagogie. Taxes sur le prix des carburants, sortie du nucléaire, concertation nationale : retour sur les principales annonces faites par le chef de l’Etat.

Quatorze réacteurs nucléaires fermés d’ici à 2035

Le chef de l’Etat a promis la fermeture de 14 des 58 réacteurs nucléaires français d’ici à 2035. En plus des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), qui fermeront définitivement « à l’été 2020 », quatre à six supplémentaires doivent s’arrêter d’ici à 2030, a précisé le président de la République.

Durant la stricte durée de la PPE – jusqu’à 2028 –, le gouvernement prévoit deux fermetures de réacteurs (en plus de Fessenheim) et deux autres sous conditions, selon le détail des arbitrages de l’exécutif transmis par l’Elysée. Les arrêts de réacteurs devraient avoir lieu parmi les plus anciens sites, soit : Tricastin (Drôme et Vaucluse), Bugey (Ain), Gravelines (Nord), Dampierre (Loiret), Blayais (Gironde), Cruas (Ardèche), Chinon (Indre-et-Loire) et Saint-Laurent (Loir-et-Cher). C’est EDF qui devra fixer la liste précise, mais il n’y aura « aucune fermeture complète des sites », a assuré Emmanuel Macron.

Deux réacteurs seront ensuite arrêtés « en 2027-2028 ». Deux autres fermetures pourraient avoir lieu en 2025-2026 mais sous conditions : « Si la sécurité d’approvisionnement est assurée » et « si nos voisins européens accélèrent leur transition énergétique », notamment en réduisant le poids du charbon et en développant les renouvelables. Les autres fermetures devraient, elles, commencer « à partir de 2029 », selon l’Elysée.

La France ne va pas décider dans l’immédiat la construction de réacteurs nucléaires de nouvelle génération EPR supplémentaires, et attendra au moins 2021, a annoncé le chef de l’Etat. Le nouvel objectif de la réduction de la part du nucléaire à 50 % de la production d’électricité d’ici à 2035, « ce n’est pas renoncer au nucléaire », a toutefois insisté Emmanuel Macron.

Le soutien aux énergies renouvelables va augmenter

Le soutien au développement des énergies renouvelables va passer de 5 milliards actuellement « à 7 à 8 milliards d’euros par an », a annoncé Emmanuel Macron, évoquant un triplement de l’éolien terrestre et une multiplication par cinq du photovoltaïque d’ici à 2030.

« Nous concentrons nos efforts sur le développement des énergies renouvelables les plus compétitives, et parce que nous veillons au pouvoir d’achat des Français, nous serons exigeants avec les professionnels sur la baisse des coûts », a-t-il dit dans un discours sur la transition énergétique à l’Élysée.

Dans le détail, les dépenses annuelles doivent atteindre jusqu’à 8 milliards d’ici la fin de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Cela représente un total de 71 milliards d’euros de soutien aux énergies renouvelables (électriques, biogaz, chaleur renouvelable) sur 2019-2028. « La montée en puissance des énergies renouvelables en France est inéluctable », a estimé Emmanuel Macron, alors que la France veut augmenter le poids des renouvelables dans la production d’électricité et réduire celle du nucléaire.

Une « grande concertation de terrain sur la transition écologique et sociale »

Emmanuel Macron a annoncé une « grande concertation de terrain sur la transition écologique et sociale », qui doit permettre « dans les trois mois qui viennent » de répondre à la colère des « gilets jaunes » en élaborant des « solutions », des « méthodes d’accompagnement ». Cette concertation devra être déclinée sur tout le territoire et associer associations, élus et « représentants des "gilets jaunes" », notamment. « Cette grande concertation de terrain sur la transition écologique et sociale aura (…) pour mission (…) de construire ce nouveau modèle économique, social, territorial dont nous avons besoin, de le construire en apportant des solutions, des méthodes d’accompagnement », a assuré Emmanuel Macron.

Le président de la République a affirmé « comprendre » et « partager » la « crainte exprimée par nombre de nos concitoyens ces derniers jours : être laissés pour compte, payer la transition énergétique sans en bénéficier ». « Je ne veux pas qu’aux inégalités de revenus générées par la mondialisation s’ajoute, pour nos concitoyens qui travaillent ou ont travaillé, l’inégalité devant la transition écologique. Je refuse que s’installe une France à deux vitesses, où les plus riches, parce qu’ils ont fait les bons choix d’un point de vue environnemental, auront des factures allégées et les plus modestes, parce qu’ils n’auraient pas eu les moyens d’investir, qui dans un véhicule qui consomme peu, qui dans l’isolation de son logement, devront payer encore davantage », a-t-il poursuivi.

« La fiscalité sur les carburants va s’adapter aux fluctuations des prix »

« Ce que je veux faire comprendre aux Français, notamment à tous ceux qui disent en quelque sorte "on entend le président de la République, on entend le gouvernement, ils évoquent la fin du monde et, nous, on parle de la fin du mois" », c’est que nous allons traiter les deux, et que nous devons traiter les deux », a-t-il assuré en réponse au mouvement des « gilets jaunes ».

Emmanuel Macron a ensuite annoncé que la fiscalité des carburants sera adaptée aux fluctuations des prix afin d’en limiter l’impact pour les Français qui utilisent beaucoup leur voiture. « Je refuse que la transition écologique accentue les inégalités entre territoires et rende plus difficile encore la situation de nos concitoyens qui habitent en zone rurale ou en zone périurbaine », a conclu le chef de l’Etat.