Edouard Philippe au 101e Congrès de l'Association des maires de France, le 22 novembre 2018.
Edouard Philippe au 101e Congrès de l'Association des maires de France, le 22 novembre 2018. — Lionel BONAVENTURE / AFP

REPORTAGE

«On attend du concret»... Malgré les efforts de l'exécutif, les maires restent inquiets

Le Premier ministre s’exprimait ce jeudi en clôture du 101e congrès de l’Association des maires de France (AMF), alors que l’exécutif essaie depuis la rentrée d’apaiser la colère des élus locaux…

  • Edouard Philippe a affiché ce jeudi sa volonté d’un dialogue « de bonne qualité » devant le Congrès de l’Association des maires de France (AMF), dans un discours d’hommage aux édiles avec quelques ouvertures sur les finances locales, mais sans grandes annonces sur le fond.
  • De nombreux maires restent dans l’expectative après ce discours, alors que l’exécutif essaie depuis la rentrée d’apaiser la colère des élus locaux.
  • Mercredi soir, devant quelque 2.000 maires invités à l’Elysée, Emmanuel Macron a lancé une offensive de séduction, en se livrant à une séance de questions-réponses avec des édiles souvent inquiets.

« Je me demande comment il va s’en tirer », rigole un maire. Il est 16h15, le Premier ministre s’apprête à prendre la parole devant un parterre de 3.000 élus, pour clôturer le 101e congrès de l’Association des maires de France ( AMF) ce jeudi. Le public s’est un peu clairsemé, des dizaines d’invités ayant un train à prendre ou mieux à faire. Et pour ne rien arranger, le président de l’AMF François Baroin a chauffé la salle en retraçant l’annus horribilis des relations entre l’exécutif et les collectivités.

« Nous avons parfois eu le sentiment de ne pas être respectés », a lancé le maire Les Républicains de Troyes, avant d’égrener les contrats aidés, la gestion de l’eau, le plan pauvreté, l’abandon du plan Borloo, autant de sujets sur lesquels l’exécutif a selon tranché « sans concertation » avec les maires. François Baroin a même déclenché des huées dans l’auditoire lorsqu’il a dénoncé la campagne virale #BalanceTonMaire, « irresponsable, violente, injuste, et relayée par des soutiens de votre majorité Monsieur le Premier ministre », ou quand il a souligné qu’Emmanuel Macron a promis de venir au congrès de l’AMF en 2019 (il n'est pas venu cette année). Et de conclure : « Nous voulons clore ce chapitre écrit à l’encre de l’incompréhension, des mauvaises manières, nous voulons croire qu’une nouvelle ère de confiance va s’ouvrir avec le gouvernement ».

Un discours sur les finances locales

C’est dans ce contexte que le Premier ministre prend la parole un peu après 16h. Moins offensif que l’orateur qui l’a précédé, l’ancien maire du Havre joue la carte de l’empathie, rendant hommage aux édiles. Puis il déroule un discours assez technique, sans grandes annonces, ponctué par des départs de grappes d’élus.

Il a confirmé que la réforme de la fiscalité locale serait présentée en Conseil des ministres « mi-avril » 2019, afin que les maires puissent connaître dès l’été prochain les intentions de l’exécutif après la disparition de la taxe d’habitation en 2020. Le gouvernement est également prêt à revoir certaines règles de la Dotation globale de fonctionnement (DGF), la principale contribution financière de l’Etat aux collectivités.

Des maires attendent « du concret »

A la sortie, les maires interrogés par 20 Minutes sont peu rassurés. « On a eu des promesses, mais on attend du concret, notamment sur la taxe d’habitation », estime Martine Aurambout-Soulier, maire de la petite commune de Neuvy (Allier).

Malgré le changement de ton de l’exécutif, Gilles Dubois « ne voit pas d’évolution, pas d’amélioration ». « On ne se sent pas écoutés, pas compris », déplore le maire du village de Sanchez (Vosges) qui espère davantage de « collaboration » entre l’Etat et les collectivités.

La câlinothérapie n’a pas fonctionné auprès de Ferdy Louisy, maire de Goyave (Guadeloupe). « Il s’est beaucoup trop excusé, alors que j’attendais des annonces, une feuille de route ». Pourtant séduit par « la démarche » d’Emmanuel Macron lors de la réception présidentielle organisée la veille, l’élu dénonce le « flou » du gouvernement, notamment sur la compensation de la taxe d’habitation. « Ils nous disent qu’on aura les informations à la mi-2019, mais c’est trop tard », pointe-t-il. « Aujourd’hui, je n’ai pas retrouvé la vision du président dans le discours du Premier ministre ».