«Je sens beaucoup d’attentes, c’est le symptôme d’un mal-être collectif», déclare Macron devant les maires

DISCOURS Si le chef de l’Etat a décidé, cette année, de ne pas se rendre au congrès des Maires de France, il a reçu plus de 2.000 maires à l’Elysée, ce mercredi soir…

Manon Aublanc avec L. Gam.

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Emmanuel Macron le 26 octobre 2018.
Emmanuel Macron le 26 octobre 2018. — Jacques Witt/SIPA

Un discours attendu de pied ferme. Emmanuel Macron s’est expliqué, ce mercredi, devant un parterre de 2.024 maires, invités à l’Elysée pour l’occasion. Avec un discours suivi d’un jeu de questions-réponses, le chef de l’Etat a tenté de convaincre les élus, minés par les baisses de dotations, la transition énergétique et la hausse du carburant.

Si le chef de l’Etat a décidé, cette année, de ne pas se rendre au congrès des Maires de France qui doit se clôturer jeudi, il avait reçu le bureau de l’Association des maires de France (AMF), présidée par François Baroin (Les Républicains), dans l’après-midi.

« Je ne suis pas heureux quand je lis les sondages et les retours d’inquiétude qu’il peut y avoir »

« Je vais rester avec vous aussi longtemps qu’il y aura du monde dans cette salle » a lancé le président de la République à son arrivée dans la salle des fêtes du palais présidentiel, s’estimant « très heureux d’être là ».

« Je ne suis pas heureux quand je lis les sondages et les retours d’inquiétude qu’il peut y avoir », a ensuite déclaré le chef de l’Etat. « Comme vous, j’ai été élu par les Français et les Françaises… Et je sens beaucoup d’attentes, c’est le symptôme d’un mal-être collectif. Mais il ne faut rien céder à un vent mauvais qui veut que la faute viendrait forcément à l’élu », a-t-il expliqué.

« L’élu, c’est celui ou celle qui a la capacité de faire mais c’est aussi celui ou celle qui est à portée d’engueulades et qui peut se retrouver bousculé et qui est, en quelque sorte, au carrefour de tous les paradoxes d’une société », a-t-il poursuivi. « Je sais que votre quotidien n’est pas facile, mais celui du gouvernement ne l’est pas davantage… Même si ça ne vous console pas », a conclu Emmanuel Macron avant de passer aux questions-réponses.

« Presque tous voient mon visage quand ils mettent le carburant »

Interrogé sur la hausse du prix du carburant et la transition énergique, Emmanuel Macron s’est dit conscient que celle-ci « engendrait des tensions et des angoisses dans notre société ». Mais « il y a une trajectoire parfaitement assumée », « nous avons un défi collectif, ça ne peut pas être l’immobilisme » a-t-il réitéré, « il faut mieux expliquer les choses, le cap commun et partager la contrainte ».

Le chef de l’Etat a ensuite dénoncé l’injustice des reproches qui sont faits à l’exécutif : « Beaucoup de nos concitoyens pensent que c’est le gouvernement qui passe l’intégralité des hausses à la pompe et presque tous voient mon visage quand ils mettent le carburant. Et aucun ne pense que c’est le gouvernement qui fait la prime à la conversion. C’est un peu injuste. »

« Il nous faut conjurer l’injustice qui voudrait que l’inégalité sociale se conjugue avec l’inégalité environnementale. On ne peut pas leur dire du jour au lendemain : « On va changer de monde dès demain, et adaptez-vous » », a lancé le chef de l’Etat aux maires.

Certains élus boycottent l’Elysée

La rencontre avec les maires avait été précédée en fin d’après-midi d’une réunion de travail avec le bureau de l’AMF, conduit par son président François Baroin (LR).

Selon l’Élysée, Emmanuel Macron a appelé à « arrêter les fausses polémiques et la scénarisation de nos désaccords ». « Vous êtes des élus. Nous avons la République en partage. Avançons », a insisté le chef de l’État auprès des élus. Mais à l’issue de la réunion, plusieurs membres du bureau ont préféré ne pas assister à l’intervention du chef de l’État, considérant qu’Emmanuel Macron aurait dû s’exprimer devant l’ensemble des maires réunis en congrès jusqu’à jeudi Porte de Versailles. « Nous avons eu le sentiment que si nous étions écoutés, nous étions peu écoutés. Le président de la République a pour l’essentiel confirmé ses positions, sans véritable inflexion et avec une volonté modérée d’aller vers une véritable négociation », a déploré à l’AFP le vice-président de l’AMF, André Laignel (PS), à l’issue de la rencontre.