Sommes-nous gouvernés par des dynasties politiques?

Sandrine Cochard et Valérie Zoydo

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Une page de la Vè République s'est tournée mercredi avec le départ de l'Elysée de Jacques Chirac au bout de douze ans de mandat, et la prise de fonctions de son héritier rebelle Nicolas Sarkozy, élu le 6 mai à la tête de l'Etat.
Une page de la Vè République s'est tournée mercredi avec le départ de l'Elysée de Jacques Chirac au bout de douze ans de mandat, et la prise de fonctions de son héritier rebelle Nicolas Sarkozy, élu le 6 mai à la tête de l'Etat. — Thomas Coex AFP

Une dynastie Sarkozy est-elle en route? Alors que le père, Nicolas, occupe la plus haute fonction de l’Etat, le fils, Jean, vient de prendre la tête du groupe UMP-NC des Hauts-de-Seine, l’ancien fief du premier.

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Pré-carré


«La pulsion dynastique en politique n’est pas nouvelle. Elle concerne surtout la Ve République, sous laquelle les enfants de présidents ou députés ont tenté, avec plus ou moins de succès, d’embrasser une carrière politique», explique Philippe Braud, politologue, qui cite pêle-mêle la famille Debré, Martine Aubry, fille de Jacques Delors, Valéry Giscard d’Estaing, petit-fils de l’ancien député du Puy-de-Dôme Jacques Bardoux...

Mais une carrière ne se joue pas qu’au sang. «Un nom prestigieux facilite des débuts précoces, les enfants issus du sérail ont accès au réseau des parents et disposent d’une circonscription familiale, mais cela ne garantit pas qu’un «fils de» fera carrière, souligne Philippe Braud. Si les deux fils de Valéry Giscard d’Estaing ont entamé une carrière, Henri, longtemps responsable des jeunes giscardiens, a fini par travailler pour le Club Med, dont il est aujourd’hui le président, et Louis est resté député dans le Puy-de-Dômes, un pré-carré giscardien.»

Difficile, donc, de se démarquer de l’empreinte parentale. «Le risque est grand d’être l’objet d’une comparaison, souvent défavorable, avec son ascendant, pointe Philippe Braud. Autre inconvénient: les enfants portés au pouvoir ont le cuir moins endurcis que ceux qui ont dû se battre pour s’imposer.» S’ajoute la méfiance que suscite ce privilège. «Hériter d’un siège familial renvoie à une idée de monarchie, analyse Philippe Braud. Cela va à l’encontre du sentiment républicain d’égalité.» Conséquence: se faire une place en politique lorsque l’on est «fils ou fille de» est plus compliqué que dans le monde du showbiz et de l’industrie, estime le politologue. «Il ne faut pas oublier qu’au final, l’électeur est juge.»

Dérive monarchique

Mais au fur et à mesure, on observe une dérive monarchique des institutions de la Ve République. «La nomination de Jean Sarkozy, c’est le fait du prince», confirme Serge Berstein historien politique. «La France s’est institutionnalisée depuis 50 ans dans un système monarchique. Mais attention à ne pas tomber vers une monocratie de type dictatorial», met en garde l’historien. Car si Nicolas Sarkozy n’est pas le premier président monarque de la Ve république, il a contribué à accélérer un phénomène de Cour.

Ses amitiés sont liées à d’autres dynasties industrielles, commerciales, avec notamment les familles Bolloré, Lagardère, Dassault, Bouygues ou des dynasties du showbiz: les Bruni, les Hallyday etc… «Il s’agit d’un phénomène social lié aux mélanges des élites politiques, administratives, financières de la société française.» Dès leur enfance, les héritiers fréquentent les réseaux sociaux de leurs parents. «Ils rencontrent des gens d’influence et sont poussés par leur milieu familial», confirme Serge Berstein. Ainsi, la veille de l’élection de Jean Sarkozy à la tête du groupe UMP au conseil général des Hauts de Seine, il se fiançait avec Jessica Semaoun, -héritière elle aussi- de la famille Darty, rencontrée sur les bancs du Lycée Saint James à Neuilly.