«Gilets jaunes»: Pourquoi Macron ne veut pas renoncer aux taxes sur le carburant

ELECTIONS Face à la grogne des «gilets jaunes», la marge de manoeuvre de l'exécutif est réduite, à six mois des élections européennes...

Laure Cometti

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Emmanuel Macron au One Planet Summit, un sommet sur la finance verte, le 26 septembre 2018.
Emmanuel Macron au One Planet Summit, un sommet sur la finance verte, le 26 septembre 2018. — Seth Wenig/AP/SIPA
  • Alors que les «gilets jaunes» se mobilisent notamment contre la fiscalité sur le carburant et la baisse du pouvoir d’achat, le gouvernement ne veut pas céder, quitte à creuser un peu plus son impopularité.
  • A six mois des Européennes, Emmanuel Macron espère cimenter sa base électorale notamment grâce à l’écologie, et au passage capter une partie de l’électorat vert et de gauche.
  • En face, l’opposition, dont le Rassemblement national, en tête des sondages, compte faire de ce scrutin un référendum sur le gouvernement.

« Tenir le cap » et « entendre la colère » des Français. L'exercice d'équilibriste d'Edouard Philippe dimanche illustre la difficulté de l’exécutif à trouver une réponse à la protestation des « gilets jaunes ». Le gouvernement exclut d’abandonner la hausse des taxes sur le carburant, au risque de creuser son impopularité auprès des classes populaires et moyennes sur le pouvoir d’achat. Mais il peut espérer en récolter les fruits dans six mois, lors des élections européennes de mai 2019.

En restant ferme sur ce dossier, Emmanuel Macron peut espérer séduire une partie de l’électorat écolo et de gauche lors de ce scrutin où les listes vertes font de bons scores. La présentation, d’ici la fin du mois, de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la loi mobilité vont aussi lui permettre de soigner son image verte qui avait pâli après la démission fracassante de Nicolas Hulot en septembre.

Capter l'électorat écolo

« Le gouvernement est soucieux de prendre du poids chez les écolos pro-européens et il ne peut pas se permettre de donner des gages aux «gilets jaunes» ou de perdre en crédit sur le terrain écolo », observe Olivier Rozenberg, professeur à Sciences Po Paris. D’autant que « les Européennes sont toujours dangereuses pour le pouvoir en place car les électeurs ont tendance à y exprimer un vote sanction ou un vote plaisir ».

Au QG du parti présidentiel, on s’affaire depuis le début du quinquennat à préparer ce scrutin. « La question verte au sens large n’est plus l’apanage d’un mouvement, c’est l’affaire de tous », dit un responsable de La République en marche (LREM). Le mouvement suit de très près les résultats de scrutins dans l’Union européenne. « Les Verts allemands ont fait de bons scores en Bavière et en Hesse le mois dernier, les sondages pour les Européennes les crédite de bons résultats un peu partout en Europe », égrène-t-on. L’environnement sera donc « central » dans le programme de la liste de LREM et ses alliés, qui n’en est qu’au stade des premières pistes. « On veut l’aborder sous l’angle du bien-être, arriver à projeter les électeurs dans une Europe durable ». Les marcheurs travaillent aussi à convaincre des «figures écolos crédibles» de rejoindre leur liste. Pascal Canfin, à la tête du WWF France, a décliné vendredi. 

Cimenter sa base

Ce choix pourrait s’avérer payant dans les urnes. « Les Européennes profitent aux écolos : en 2009, la liste menée par Cohn-Bendit avait fait un carton en se hissant au niveau des socialistes, à 16% », rappelle Olivier Rozenberg. En outre, les enquêtes effectuées auprès des sympathisants macronistes révèlent que l’environnement fait partie de leurs priorités, ainsi que l’Europe. « Dans des moments difficiles, comme celui-ci, les majorités tiennent parce qu’elles ont un corps, une base de soutien inconditionnel. Pour LREM, cette base est parmi les pro-européens et les écolos, il serait donc dangereux de se les aliéner », poursuit le politologue.

Mais cette stratégie pourrait alimenter un vote sanction chez les déçus du gouvernement, alors que les cotes de popularité d’Edouard Philippe et d’Emmanuel Macron sont au plus bas et que le Rassemblement national est  en tête des sondages, au coude-à-coude avec LREM. « Il y a une tension potentielle entre les mesures environnementales et le mouvement des «gilets jaunes» », reconnaît-on au QG des marcheurs, « mais il faut qu’on continue. La mise en musique politique du programme se fera dans un deuxième temps, on évaluera la sensibilité politique de l’opinion à nos propositions en début d’année 2019 », assure un responsable.