Congrès des maires de France: «Les maires sont épuisés physiquement et moralement»

INTERVIEW A l’occasion du Congrès de l’Association des maires de France (AMF), qui s’ouvre ce mardi à Paris, sa vice-présidente, Agnès Le Brun, explique pourquoi les maires sont désabusés, voire veulent jeter l’éponge…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Le Congrès des maires de France, le 19 novembre 2013.
Le Congrès des maires de France, le 19 novembre 2013. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Selon la vice-présidente de l’AMF, Agnès Le Brun, entre 1.300 et 1.500 maires ont démissionné entre 2014 et 2018.
  • Selon elle, le budget de 22.000 communes est en diminution cette année.
  • Les édiles estiment aussi que la relation avec leurs administrés s’est détériorée.

Le Congrès de l’Association des maires de France (AMF) s’ouvre  mardi à Paris sur fond d’amertume. En cause, les tensions entre l’exécutif et les collectivités territoriales, l’inquiétude des élus face au poids de leurs responsabilités et le manque de moyens financiers dont ils se plaignent. La vice-présidente de l’AMF (Association des maires de France), Agnès Le Brun, également édile LR de Morlaix (Finistère), l’explique à 20 Minutes.

Selon une enquête du CEVIPOF un maire sur deux ne souhaite pas se représenter aux municipales de 2020, comment l’expliquez-vous ?

Nous sommes face à un constat d’impuissance et avons l’impression d’être inaudibles. Nous subissons une recentralisation massive avec des atteintes fréquentes à la libre administration des communes, une inflation de normes… Les maires sont épuisés physiquement et moralement. Du coup, selon nos estimations, entre 1.300 et 1.500 maires ont démissionné entre 2014 et 2018, suivis par une flopée d’adjoints aux maires et de conseillers municipaux.

Vous dénoncez des problèmes budgétaires, mais la dotation globale des communes a augmenté de 80 millions en 2018…

Mais le budget de 22.000 communes est en diminution, ce qui les oblige à restreindre leurs dépenses C’est la restauration d’une école qui ne se fait pas, des nettoyages moins fréquents des rues, des éclairages qui fonctionnent moins longtemps la nuit… Par ailleurs, on nous demande de baisser notre masse salariale alors que l’on nous a transféré de nouvelles compétences, comme la gestion des cartes d’identité. Quant à la compensation par l’Etat de la suppression de la taxe d'habitation, nous n’en avons pas vu le moindre euro pour l’instant. Et j’estime que cette promesse ne pourra pas être tenue. Or, elle constitue l’une de nos principales ressources.

Votre rapport avec vos administrés semble aussi s’être durci comme l’a montré la campagne #BalanceTonMaire, lancée sur les réseaux sociaux, pour dénoncer des hausses de la taxe d’habitation dans certaines communes…

Les maires ont trouvé cette campagne insultante et injuste. Le rôle du maire est aussi plus déprécié qu’il y a quelques années. D’ailleurs, en 2014, l'abstention aux municipales a été forte (36 %). Nous sommes considérés parfois par nos administrés comme des prestataires de services et ils nous demandent d’être disponibles 24h/24.

Emmanuel Macron a annoncé qu’il ne viendrait pas au Congrès de l’Association des maires de France, comment le vivez-vous ?

Cette décision est regrettable, d’autant que l’an dernier, il s’était engagé à se rendre au Congrès tous les ans pour rendre compte de son action. Cela montre son côté versatile. Peut-être a-t-il eu peur d’être mal accueilli, à tort, car les maires sont républicains et ne sont jamais haineux à l’égard du Président.