Immeubles effondrés à Marseille: Jean-Claude Gaudin peut-il aller au bout de son mandat?

POLITIQUE Le maire de Marseille cristallise les critiques après le drame de la rue d'Aubagne, où huit personnes ont trouvé la mort... 

Mathilde Ceilles

— 

Jean-Claude Gaudin en septembre 2018
Jean-Claude Gaudin en septembre 2018 — Frederic DIDES/SIPA
  • Jean-Claude Gaudin est fragilisé depuis le drame de la rue d'Aubagne.
  • Certains, politiques comme citoyens, réclament sa démission.
  • Son camp politique se fissure. 

En 23 ans de mandat, Jean-Claude Gaudin, 79 ans, en a connu  des marées hautes et des marées basses, rencontré des tempêtes et des bourrasques. Rien que pour son mandat actuel, le maire LR de Marseille a, pêle-mêle, fait face à une garde à vue dans une enquête sur les marchés de l'eau, affronté une polémique nationale sur l'état de délabrement des écoles de sa ville, ou encore essuyé un vent de protestation contre sa décision de recourir au PPP pour le Vélodrome ou lesdites écoles.

Mais, depuis une dizaine de jours, la vague de contestation a des airs de tsunami. Peut-elle emporter sur son passage le « capitaine » Gaudin, comme il se définit, à la tête du « navire » phocéen depuis presque un quart de siècle ? Interrogé, le maire exclut toute démission. Mais cette fois, l’onde de choc ne vient pas d’une décision politique ou d’une enquête judiciaire en cours. Elle démarre par plusieurs décès, ceux de huit personnes mortes dans l’effondrement d’immeubles dans le quartier de Noailles.

« A sa place, j’aurais démissionné »

Or, de récentes révélations montrent que des experts avaient alerté, notamment du côté de la mairie, de la fragilité de ces immeubles aujourd’hui en ruine. L’un des immeubles appartenait d’ailleurs à la ville, par le biais de Marseille Habitat. Le tout alors qu’un rapport de 2015 pointait déjà la situation inquiétante de la ville de Marseille en matière d’habitat indigne. Le maire lui-même a récemment reconnu « ne pas avoir assez fait » en la matière.

Aussi, ces derniers jours, les remarques, parfois vives, se cristallisent sur l’avenir politique de l’édile, en position délicate. « A sa place, j’aurais démissionné », lance Saïd Ahamada, député LREM de Marseille. Comme d’autres élus locaux, le parlementaire soulève cette possibilité. « Pourquoi ? Parce que, après 23 ans de mandat, j’aurais 100.000 personnes, soit un Marseillais sur 8, qui vivent dans un logement indigne et huit morts rue d’Aubagne. » « Personnellement, je n’aurais pas pu rester, abonde Samia Ghali, sénatrice socialiste de Marseille. Il y a eu des morts, je n’aurais pas pu avoir cela sur la conscience, en me disant que je n’avais pas fait tout ce qu’il fallait. »

« C’est l’éclatement total de la droite »

Celle qui siège au conseil municipal depuis dix ans ne croit pas en une démission de son adversaire politique. « Si Gaudin ne va pas au bout de son mandat, c’est l’éclatement total de la droite. C’est ça, la problématique. S’il part, bien malin est celui capable de dire ce qu’il se passera au conseil municipal… »

Jean-Claude Gaudin a en effet assuré qu’il ne se représenterait pas en 2020, mais sa succession n’est pas actée. Seul candidat déclaré des Républicains pour l’heure, Bruno Gilles s’est tu pendant plusieurs jours depuis le drame, avant de donner ce jeudi une conférence de presse… depuis Paris. Interrogé par les journalistes présents, le sénateur a pris soin de ne pas désavouer clairement le maire, dont le soutien a été érigé par Bruno Gilles comme un argument de poids à sa candidature. Quant à Martine Vassal, autre candidate potentielle, elle aussi a gardé le silence, avant d’annoncer travailler sur un plan contre l’habitat indigne… sans jamais citer dans son discours le nom de celui qui lui a cédé sa place à la tête de la métropole.

« Gaudin est lâché par les Marseillais »

Or, avec le drame de la rue d’Aubagne semble se fissurer la droite marseillaise. Le premier coup a été porté par Renaud Muselier. Il est toutefois indirect : le président LR de la région Paca a décidé de suspendre de ses fonctions au conseil régional Arlette Fructus… adjointe au logement de Jean-Claude Gaudin. Interrogé par Le Figaro, le président de région s’est d’ailleurs bien gardé d’attaquer frontalement l’édile, comme il l’avait fait il y a quelques mois, indiquant simplement avoir l’impression que « Gaudin est lâché par les Marseillais ». Le jour même, sur France Bleu, le conseiller municipal LR de Marseille Guy Teissier a indiqué que s’il était maire, il quitterait ses fonctions de manière « tout à fait probable ».

Interrogé, le président de la majorité au conseil municipal Yves Moraine lance : « Il n’y a pas d’avenir politique pour Jean-Claude Gaudin après 2020. Il reste un an et demi et on verra à la fin. » Et d’ajouter : « Une enquête est en cours, c’est tellement complexe. Celui qui peut dire aujourd’hui les responsabilités juridiques dans ce dossier serait devin. Si certains veulent faire de la polémique politique sur le dos des malheureuses victimes… C’est de la politique politicienne. »

La question dépasse toutefois les arcanes du pouvoir politique et s’invite jusque dans la rue. Un collectif citoyen s’est créé, et a organisé plusieurs rassemblements, dont une récente « marche de la colère ». « Cette fois monte une mobilisation, analyse le sociologue Michel Peraldi dans les colonnes de Libération. Une colère que [Jean-Claude Gaudin] n’a pas vu venir. […] Ceux-là n’ont pas été récupérés, même par Mélenchon, du moins pour l’instant. Ils pourraient bien vraiment faire bouger les lignes. » Ce mercredi, et ce samedi, ils étaient plus de 8.000 à réclamer sous les fenêtres du maire sa démission, accusant l’édile d’être un « assassin ». Une marée populaire hostile qui donne à la fin de mandat du capitaine Gaudin un arrière-goût amer.

​​​​