Après le drame de la rue d'Aubagne, tous Les Républicains ne soutiennent pas Gaudin

DROITE Alors que les critiques pleuvent sur le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, depuis l’effondrement de deux immeubles qui a tué 8 personnes, le parti Les Républicains reste assez discret…

Laure Cometti

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Laurent Wauquiez et Jean-Claude Gaudin, le 27 novembre 2017 à Marseille.
Laurent Wauquiez et Jean-Claude Gaudin, le 27 novembre 2017 à Marseille. — MERLIN OLIVIER/SIPA
  • Le maire Les Républicains de Marseille Jean-Claude Gaudin et sous le feu des critiques depuis l’effondrement de deux immeubles qui a tué 8 personnes.
  • Sa famille politique est restée un peu discrète, même si le vice-président du parti LR assure que l’édile « a toute la confiance » du mouvement.

Depuis quelques jours, Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille depuis 23 ans, est dans la tourmente. Après l’effondrement de deux immeubles le 5 novembre, qui a fait 8 morts, l’opposition et de nombreux habitants critiquent le maire Les Républicains, certains allant jusqu’à réclamer sa démission. A moins de deux ans des prochaines municipales, le parti défend tant bien que mal l’édile, dont la succession attise déjà les rivalités en interne.

« Il faut entendre la colère des Marseillais »

Candidat à la succession de Jean-Claude Gaudin, le sénateur LR Bruno Gilles, organisait ce jeudi une conférence de presse à Paris, dix jours après le drame de la rue d’Aubagne et au lendemain d'une manifestation anti-Gaudin. Interrogé sur les critiques exprimées par les Marseillais à l’égard de leur maire, il a ménagé la chèvre et le chou. « Il faut entendre cette colère, et la comprendre », a-t-il assuré tout en « soutenant toute la municipalité ». « Ce n’est pas Jean-Claude Gaudin qui a construit l’immeuble et signé chaque bail. »

La tempête qui s’abat sur l’édile inquiète toutefois son dauphin. « En tant que Marseillais et qu’élu municipal, je ne vis pas bien les difficultés que rencontre le maire avec la population ». Bruno Gilles a présenté un « plan Marshall » pour lutter contre les logements insalubres dans la cité phocéenne. « Mais ce n’est pas le candidat qui s’exprime aujourd’hui », a-t-il expliqué. Sa rivale, la patronne du département et de la métropole Aix-Marseille-Provence Martine Vassal, qui brigue elle aussi la mairie, avait annoncé mardi qu’elle présenterait un plan logement.

Gaudin « a toute la confiance » du parti, qui reste toutefois discret

Au siège des Républicains, le soutien est officiellement total, mais il reste plutôt discret. Le patron Laurent Wauquiez n’a pas réagi publiquement pour soutenir le maire, nous répond son entourage. Mais « le parti apporte son soutien à Jean-Claude Gaudin dans ce moment difficile et il a toute notre confiance », assure Damien Abad, vice-président LR.

« C’est un mauvais procès qui lui est fait, il sert de bouc émissaire », poursuit le député de l’Ain qui plaide pour une réforme nationale de la politique du logement pour « accélérer les procédures, simplifier les normes et donner aux bailleurs sociaux les moyens d’investir ».

« C’est très mauvais pour notre famille politique »

Au sein d’un parti divisé, l’absence de soutien unanime à l’édile n’est guère surprenante. Fin janvier, le président de la région Provence- Alpes- Côte d’Azur Renaud Muselier avait sévèrement critiqué son bilan. « La fin de son mandat montrera qu’il était un mauvais maire », avait lâché l’eurodéputé LR. « Que laisse Gaudin derrière lui ? », s’interroge un élu local LR cité par l’AFP. « Une ville sale, à l’abandon. C’est une incompétence complète qu’il a réussi à cacher grâce à sa personnalité exceptionnelle. C’est très mauvais pour notre famille politique. »

« Ce drame jette une ombre mortifère sur sa fin de mandat », déplore le député LR des Bouches-du-Rhône Guy Teissier. « Jean-Claude Gaudin a tendance à privilégier la politique à la gestion de la ville. Au cours de ses 23 ans de règne, bien trop peu de choses ont été faites, notamment sur le logement », juge-t-il, incriminant aussi l’Etat et les collectivités.

Au contraire, Damien Abad dresse un bilan solide de Jean-Claude Gaudin, « y compris en matière de logement, même s’il reste beaucoup à faire. Il a à son actif le dynamisme économique et culturel de la ville et il a pris à bras-le-corps les questions de sécurité. Il a toujours été un rempart au Front national », complète-t-il. Pour Guy Teissier, « le pire et le meilleur se côtoient » dans le bilan du maire marseillais, énumérant le « retard économique » et le « rayonnement culturel ». Il reste « persuadé » que la droite conservera la cité phocéenne. A moins de deux ans des municipales, cette crise que traverse le maire de Marseille donne à l’opposition des raisons d’espérer conquérir la deuxième ville de France.