Blocage du 17 novembre: Pouvoir d'achat, changement de ton... L'exécutif tente d'apaiser la grogne des «gilets jaunes»

MOBILISATION Le tandem exécutif a déployé ses efforts ce mercredi pour répondre à la colère des « gilets jaunes », en fronde contre la hausse des taxes sur le carburant…

L.C.
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Edouard Philippe et Emmanuel Macron ont lancé une contre-attaque le 14 novembre 2018 face à la grogne des
Edouard Philippe et Emmanuel Macron ont lancé une contre-attaque le 14 novembre 2018 face à la grogne des — Frederic Bukajlo/RTL/SIPA // Liewig Christian-POOL/SIPA
  • Le tandem exécutif s’est réparti les missions ce mercredi dans l’optique d’apaiser le mouvement des « gilets jaunes », à trois jours de la journée de protestation contre la hausse des taxes sur le carburant.
  • A Edouard Philippe, l’annonce de mesures pour aider les ménages à alléger leur facture énergétique. A Emmanuel Macron, le discours sur les réformes et la gouvernance.
  • Le président n’a concédé aucun recul sur ses réformes, mais il a affiché une relative humilité, concédant que son gouvernement pouvait faire preuve de plus de « considération » pour les Français dans sa manière de travailler.

La contre-attaque de l’exécutif à la fronde des « gilets jaunes » a eu lieu ce mercredi en deux temps. Après plusieurs jours d’inquiétude face à la colère des Français et aux attaques de l'opposition, le tandem exécutif a coordonné sa réaction.

Le matin, le Premier ministre Edouard Philippe a dévoilé sur RTL des mesures pour aider les ménages à alléger leur facture énergétique. Le soir, Emmanuel Macron a concédé une autocritique lors d’une interview sur TF1 et LCI.

Au petit-déjeuner, des mesures pour le portefeuille des Français

Au cours de son itinérance mémorielle chahutée par la grogne contre la hausse du prix à la pompe, le chef de l’Etat avait annoncé que le gouvernement ferait des propositions pour « accompagner » les ménages. Après une réunion lundi à Matignon, le Premier ministre a dévoilé le fruit de ces quelques jours de réflexion. A trois jours des blocages et manifestations prévus dans toute la France, il a notamment dégainé un élargissement du chèque énergie et une super prime à la conversion.

Mais ces annonces n’ont pas été accueillies favorablement pas l’opposition, à droite comme à gauche, et elles n’ont pas semblé faire désarmer les « gilets jaunes », ni infléchir l’opinion. Selon un sondage Elabe pour BFMTV, plus de sept Français sur dix sont favorables aux mesures annoncées par Edouard Philippe, mais un peu moins de 50 % les jugent efficaces pour augmenter leur pouvoir d’achat. Une large majorité des sondés souhaite que l’exécutif abandonne la hausse de la fiscalité sur les carburants, ce que le gouvernement s’est refusé à faire.

A midi, un ton adouci à propos des « gilets jaunes »

A la mi-journée, le porte-parole du gouvernement a rapporté les propos du président lors du Conseil des ministres. Il « a appelé à respecter la colère des personnes qui participeront à ces événements (…) Et en même temps, il faut aussi respecter ceux qui ne participent pas à ce mouvement et qui doivent pouvoir ce jour-là circuler librement », a résumé Benjamin Griveaux. Le président a donc changé de ton par rapport à la semaine dernière, quand il estimait que ce mouvement « agrège toutes les formes de démagogie avec des gens qui n’ont rien à voir. De gens qui n’ont pas beaucoup de projets si ce n’est de mettre le pays à l’arrêt ».

« Il y avait une forme d’arrogance dans cette remarque. Si l’exécutif renvoie les "gilets jaunes" à un cri de colère un peu juvénile, il y a une forme de mépris social qui peut attiser le mouvement », observe Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’lnstitut d’études politiques de Rennes.

Au dîner, un changement sur la forme, mais pas sur le fond

L’interview du président est venue parachever cette journée placée sous le signe de la reprise en main par l’exécutif, malmené depuis plusieurs jours par l’opposition. Depuis le porte-avions Charles de Gaulle, Emmanuel Macron n’a concédé aucune erreur ni infléchissement de son programme de réformes. Il a dénoncé « une forme de poujadisme contemporain » et les « récupérations politiques ». Mais il a fait un mea culpa sur sa gouvernance, regrettant un échec : « je n’ai pas réconcilié le peuple français avec ses dirigeants ».

« Nos concitoyens attendent de la protection, de la considération et du respect. La considération, on ne l’a sans doute pas assez montrée ». Le chef de l’Etat veut désormais rectifier le tir, « écouter, et décider d’une manière différente, pas toujours à Paris, aller se confronter au terrain, beaucoup plus ». Reste à voir si ces vœux se traduiront dans les méthodes de concertation et de décision du gouvernement.

Par ailleurs, le chef de l’Etat a un peu tempéré le discours de son ministre de l’Intérieur qui avait annoncé des verbalisations et interventions de police en cas de blocages. « Il y a un droit à manifester. Mais il y a un droit de tous les autres citoyens à pouvoir se déplacer librement. Le droit de manifester sera respecté, l’ordre public et la liberté de circulation le seront aussi », a-t-il nuancé, fidèle à sa rhétorique du « en même temps ».