«Gilets jaunes»: Est-ce si inhabituel de voir la droite et le Rassemblement national appeler à manifester?

POLITIQUE Les partis de droite et d'extrême droite rejoindront samedi, en ordre dispersé, le mouvement des «gilets jaunes» contre la hausse des prix des carburants...

T.L.G.

— 

Marine Le Pen s'interroge sur cette pertinente question.
Marine Le Pen s'interroge sur cette pertinente question. — CHAMUSSY/SIPA
  • Le mouvement des «gilets jaunes» appelle à manifester samedi contre la hausse des prix des carburants.
  • Les partis de droite et d’extrême droite, peu habitués aux manifestations, soutiennent le mouvement.
  • En difficulté, l’opposition est accusée de récupération politique.

Un appel inédit ? La droite et l’extrême droite ont appelé à soutenir le mouvement des « gilets jaunes », qui manifeste samedi contre la hausse du prix des carburants. Nicolas Dupont-Aignan a ainsi demandé aux Français de « faire reculer le gouvernement » mardi. Laurent Wauquiez participera lui à une manifestation dans son département de Haute-Loire. Enfin, si Marine Le Pen n’est pas présente sur le terrain ce week-end, les élus et militants du Rassemblement national seront bien mobilisés. Ces dernières années, pourtant, les formations de droite se sont montrées peu coutumières des manifestations.

« La droite est aussi capable de mobiliser en masse »

« La manifestation correspond davantage à une tradition révolutionnaire et populaire de la gauche. Il y a une contradiction apparente, idéologique et culturelle, dans la contestation de l’autorité par la rue à droite, au moins sous la Ve République », assure l’historien Jean Garrigues. « Mais n’oublions pas qu’il y a eu des manifestations, parfois violentes, à la fin du XIXe avec la Ligue des Patriotes, lors de l’affaire Dreyfus, ou dans l’entre-deux-guerres, où l’extrême droite défilait dans les rues et entraînait des émeutes, comme lors du 6 février 1934, où étaient présents l’Action française mais aussi des élus de droite ».

« Les partis de droite ne manifestent peut-être pas aussi souvent qu’à gauche, mais ils sont aussi capables de mobiliser en masse », ajoute l’historien Gilles Richard, auteur de l’Histoire des droites en France (Perrin). Depuis la marche de soutien au gouvernement gaulliste le 30 mai 1968, la droite s’est mobilisée largement à deux reprises : en 1984 pour défendre « l’école libre » et en 2013 contre le « mariage pour tous ». Le Front national, lui, participait davantage à des rituels politiques, comme le traditionnel défilé du 1er mai, qui n’a plus lieu depuis 2015 en raison des divergences entre Marine Le Pen et son père.

« On sent les partis gênés par ce mouvement spontané »

Comment expliquer le soutien de samedi ? « Le macronisme a mis les partis d’opposition en difficulté. Il y a chez eux une volonté de relancer leur activité en se greffant sur un mouvement de colère qui vient de la société, et qui n’a d’ailleurs pas trop envie de voir rappliquer les partis politiques, de gauche comme de droite », assure Gilles Richard. Le gouvernement a d’ailleurs accusé les partis d’opposition de récupération politique. « On sent les partis gênés par ce mouvement spontané, qui s’inscrit plutôt dans les anciennes révoltes fiscales qu’on peut faire remonter à l’Ancien régime, qu’aux mouvements sociaux traditionnels », complète Jean Garrigues.

Pour se défendre de toute récupération, Marine Le Pen a expliqué que ses militants ne distribueraient pas samedi de tracts contre le « racket » des automobilistes. Les Républicains soutiennent eux le mouvement… mais n’appellent pas au blocage. Une action « contre-productive », nous disait le vice-président du parti Guillaume Peltier. « Ces partis sont gênés par rapport à ces manifestations car elles n’appartiennent pas toujours à leur histoire, note Jean Garrigues, mais les différences historiques sont en train d’évoluer car le RN est aujourd’hui le principal parti ouvrier et Laurent Wauquiez a une stratégie de reconquête du peuple contre les élites ».