Entre «gilets jaunes» et profs en colère, le gouvernement tente de calmer la gronde des Français

MANIFESTATIONS Des décisions sont attendues ce mercredi…

Nicolas Raffin

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Les — ALLILI MOURAD/SIPA
  • De nombreuses manifestations sont prévues le week-end prochain contre le prix des carburants.
  • La majorité assure qu’elle n’est pas insensible au mouvement des « gilets jaunes ».
  • L’exécutif doit faire des propositions dans la semaine pour atténuer la colère des automobilistes.

Après sa semaine mouvementée d’« itinérance mémorielle » à travers la France, Emmanuel Macron a profité des cérémonies du 11-Novembre et notamment de son discours devant l’Arc de Triomphe, dimanche, pour réaffirmer sa stature internationale. Mais dès ce lundi, le quotidien de la politique intérieure l’a rattrapé.

Les enseignants sont descendus dans la rue pour contester, notamment, la suppression de postes dans les collèges et lycées. Une mobilisation portée par l’ensemble des syndicats de l’Éducation nationale, du jamais-vu depuis 2011. Et ce n’est pas tout : le week-end prochain, les fameux « gilets jaunes » doivent se rassembler un peu partout en France contre la hausse du prix du carburant. Des actions ont déjà eu lieu ce dimanche dans plusieurs départements, comme sur l’A62 à proximité d’Agen ou encore à la Roche-sur-Yon (Vendée).

Une super-prime à la conversion ?

L’exécutif ne cache pas son inquiétude. Une réunion s’est d’ailleurs tenue ce lundi matin à Matignon pour faire le point. Entouré de plusieurs ministres, Edouard Philippe a évoqué les possibles mesures « d’accompagnement » pour les automobilistes. Selon Les Echos, le gouvernement envisagerait de mettre sur la table « quelques centaines de millions » d’euros pour déminer le conflit.

L’une des pistes possibles : un coup de pouce supplémentaire pour la prime à la conversion, qui passerait de 500.000 à un million de bénéficiaires. Un geste est aussi attendu sur le « chèque-énergie ». Quelque six millions de foyers, soit environ 20 % des Français, y seraient éligibles, contre quatre millions actuellement.

Le gouvernement veut en tout cas montrer qu’il a compris le mécontentement : « on s’occupe des Français pour qui c’est difficile d’aller bosser le matin et auxquels nous allons proposer des solutions dès cette semaine », a expliqué ce lundi le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux sur Europe 1. Les arbitrages devaient être rendus publics d’ici à mercredi, jour du conseil des ministres. Attendu au journal de 20 heures de TF1 le même jour, Emmanuel Macron ne devrait pas échapper aux questions sur ce thème.

Un mouvement au-delà des clivages politiques

Dans ce contexte de grogne, les macronistes ne veulent pas être éclipsés par l’opposition. « Nous n’avons pas l’intention de nous planquer cette semaine. Il faudra être présents pour expliquer nos positions aux Français et montrer qu’il n’y a pas de surdité de la majorité à ce que vit le pays », assure Stanislas Guérini, député de Paris et porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée. Les marcheurs pourront aussi compter sur les sympathisants macronistes qui organisent la riposte sur les réseaux sociaux avec le mot-dièse #SansMoiLe17.

Reste que si plusieurs partis politiques soutiennent effectivement le mouvement du 17 novembre, la contestation dépasse les clivages traditionnels. Selon un sondage BVA pour la Tribune publié la semaine dernière, 65 % des Français sont favorables à la mobilisation. Et lorsqu’on regarde les chiffres en fonction des affinités politiques, seuls les sympathisants de LREM sont majoritairement opposés aux « gilets jaunes ».

Pour Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion d’Harris Interactive, l’exécutif n’a tout simplement pas anticipé le mécontentement : « On est face à un sujet attendu. On sait que les Français sont sensibles à la thématique du prix du carburant. C’est une étincelle qui vient concrétiser le mécontentement ambiant autour des thèmes de justice sociale et de pouvoir d’achat ».