Logement insalubre: Pourquoi des immeubles en viennent-ils à s'effondrer aujourd'hui en France?

INSECURITE L’effondrement de plusieurs immeubles insalubres est la résultante d’une dégradation de certaines propriétés liée à leur vieillissement et à la paupérisation d’une partie de la population…

Delphine Bancaud

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L'immeuble qui s'est effondré à Marseille le 5 novembre 2018.AFP PHOTO / BMPM/SM / Loic AEDO.
L'immeuble qui s'est effondré à Marseille le 5 novembre 2018.AFP PHOTO / BMPM/SM / Loic AEDO. — AFP
  • En France, 450.000 logements sont considérés comme indignes, même s’ils ne représentent pas tous un danger imminent pour leurs occupants.
  • Une partie des copropriétaires n’arrive pas à payer ses charges et certains travaux essentiels sont différés dans le temps.
  • Le gouvernement a pris des mesures pour lutter contre ces logements insalubres, mais elles semblent insuffisantes au regard des besoins.

La stupeur règne ce jeudi après l’effondrement d’un immeuble mercredi soir dans le centre-ville de Charleville-Mézières, qui n’a heureusement pas fait de victimes. Un fait divers qui fait écho au drame survenu lundi dans le centre de Marseille, où deux immeubles se sont écroulés provoquant la mort d’au moins sept personnes. Ces évènements mettent l’accent sur le fléau des immeubles insalubres. Selon le ministère du Logement contacté par 20 Minutes, 450.000 habitats sont considérés comme indignes en France, même s’ils ne représentent pas tous un danger imminent pour leurs occupants.

« Beaucoup d’entre eux se situent dans le nord de la France, en région Paca et en Seine-Saint-Denis », constate Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre. Une situation qui résulte, selon lui « du vieillissement du parc de logements et de la paupérisation d’une partie de la population qui a été atteinte par la crise économique. Certains copropriétaires n’arrivent plus à payer leurs charges ». Un avis partagé par Emile Hagège, le président de l’Association des responsables de copropriété : « Au moins 15 % des copropriétés sont en difficulté car elles n’arrivent plus à se gérer. Les charges courantes de copropriété ayant augmenté de 40 % en dix ans, les propriétaires ont déjà beaucoup de mal à les payer. Donc les travaux d’entretien qui devraient être prévus sont différés dans le temps et les bâtiments se dégradent peu à peu », explique-t-il.

Les dangers ne sont pas toujours traités rapidement

Dans les cas les plus graves, lorsque la solidité de la bâtisse n’est pas assurée, le maire, après avertissement du propriétaire et avis d’un expert, peut prendre un arrêté de péril imminent. Le maire peut prescrire la démolition partielle du logement et met en demeure le propriétaire de réparer l’immeuble dans un délai fixé. Il ne peut prescrire la démolition de la totalité d’un logement que lorsqu’il présente un danger d’une exceptionnelle gravité. Si l’état du bâtiment ne permet pas de garantir la sécurité des occupants, le maire peut assortir, si nécessaire, son arrêté de péril d’une interdiction temporaire ou définitive d’habiter ou d’utiliser les lieux. Il incombe, dans ce cas, au propriétaire d’assurer le relogement des occupants.

Un des immeubles qui s’est écroulé à Marseille avait fait l’objet d’un arrêté de péril imminent le 19 octobre, mais cela n’avait conduit à l’évacuation que d’un seul appartement. C’est là que le bat blesse selon Christophe Robert : « Un arrêté de péril peut être pris rapidement, mais la volonté politique ou les moyens humains pour activer les décisions ne sont parfois pas suffisants. Du coup entre le signalement du problème et sa résolution, il se passe trop de temps », explique-t-il. « Ce qu’il faut absolument faire, c’est accélérer les procédures », a aussi reconnu Julien Denormandie dans  La Provence.

Un plan pour lutter contre ce fléau

Conscient de ce fléau de l’habitat insalubre, le gouvernement s’y est attelé : « Avec les élus locaux et les services de l’État, le ministre du Logement, Julien Denormandie a identifié 14 sites (quartiers) jugés prioritaires en France pour des problèmes de copropriétés dégradées », explique le ministère du Logement à 20 Minutes. « Le plan Initiatives Copropriétés de trois milliards d’euros sur dix ans a été mis en place pour transformer, rénover et prévenir la fragilisation de certains logements », poursuit l’entourage de Julien Denormandie. « Mais cela reste insuffisant face à l’ampleur des besoins de rénovation », estime Christophe Robert. Julien Denormandie a aussi déclaré dans La Provence que : « certaines dispositions techniques de la loi Elan sur le logement qui a été votée il y a trois semaines et sera en vigueur prochainement, permette [ront] d’accélérer les procédures ».

Selon Emile Hagège, il serait aussi nécessaire d’agir sur les problèmes de fond : « Il faut que les propriétés mettent en place des plans prévisionnels de travaux afin de lisser les charges sur plusieurs années. Cela évitera les coups de bambou ponctuels pour les propriétaires. Il faudrait aussi instaurer une vraie politique de mise en concurrence des prestataires quand des travaux sont prévus, ce qui ferait baisser les charges assurément », estime-t-il.

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