11-Novembre: Pouvoir d'achat, polémique Pétain... L'«itinérance mémorielle» d'Emmanuel Macron vire-t-elle au chemin de croix?

CENTENAIRE Dans son «itinérance», le président de la République a été rattrapé par la polémique sur la figure du maréchal Pétain et les interpellations sur le pouvoir d'achat...

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron interpellé à Charleville-Mézieres
Emmanuel Macron interpellé à Charleville-Mézieres — Philippe Wojazer/AP/SIPA
  • Ce jeudi, au cinquième jour de son «itinérance», le chef de l'Etat a encore fait le grand écart entre dossiers d'actualité et mémoire de la Grande Guerre.
  • Depuis lundi, Emmanuel Macron est pris à partie sur le pouvoir d'achat et a déclenché une polémique sur Pétain.
  • Le président s'est pourtant dit «très heureux» de sa semaine.

Comme un plan de bataille, tout avait été finement préparé, jusqu’au nom même de cette semaine d’hommages aux soldats de la Grande Guerre. « Une itinérance mémorielle », donc, pour célébrer l’héroïsme des Poilus et dénoncer l’horreur des tranchées. Ces différentes étapes dans le nord et l’est de la France devaient aussi permettre à Emmanuel Macron de se frotter aux habitants de ces territoires, qu’on dit parfois « oubliés ». L’objectif : reprendre la main après une rentrée délicate et redorer la stature présidentielle écornée par l'affaire Benalla et les démissions successives de Nicolas Hulot et Gérard Collomb.

Face à la grogne des «gilets jaunes» sur les prix du carburant, le président avait d’ailleurs senti dès lundi le besoin de déminer. « Je ne crois que cette polémique va venir polluer cette semaine, pensait alors le député Stanislas Guérini, porte-parole du groupe LREM. C’est le sens de cette itinérance, il n’y a pas de sujet tabou, il faut savoir parler de tout, regarder en face notre passé et se projeter vers l’avenir. »

« Vous avez vu la colère de la France qui monte ? Le 17 novembre, vous allez la voir »

Mais le président a vu l’actualité rattraper l’histoire, et les polémiques transformer son itinérance en chemin de croix. « Vous avez vu la colère de la France qui monte ? Le 17 novembre, vous allez la voir », a lancé mardi un retraité et militant Les Républicains.

La hausse des carburants, « c’est pas bibi », mais pour « trois quarts des cours mondiaux », s’est défendu le président. Des interpellations similaires sont intervenues à plusieurs reprises à Charleville-Mézières ou à Verdun, sur les prix à la pompe, la CSG, les retraites. A chaque fois, le président a pris le temps de répondre aux sujets qui ont entraîné sa chute dans les sondages. Le chef de l’Etat atteignait pourtant son niveau le plus bas ce jeudi (27 %) selon une enquête Elabe réalisée mardi et mercredi pour Les Echos et Radio classique.

« Vous donnez trop d’importance à l’anecdotique », nous répond, agacé, le député LREM Hervé Berville. « L’itinérance mémorielle n’est pas du tout polluée par les polémiques. Certaines personnes l’interrogent avec vigueur, beaucoup d’autres le soutiennent. La manière dont l’itinérance est traitée par les médias est navrante. On hystérise le débat parce qu’une seule personne est en colère pour faire le buzz. C’est de la mousse médiatique. »

Pétain, « un grand soldat »

Une « mousse » que le chef de l’Etat a contribué à faire monter lui-même mercredi en trouvant « légitime » l’hommage prévu aux huit maréchaux, dont Philippe Pétain. « Le maréchal Pétain a été aussi pendant la Première Guerre mondiale un grand soldat » même s’il a ensuite « conduit des choix funestes durant la deuxième ».

La sortie a déclenché une pluie de critiques, obligeant l’exécutif à rétropédaler.

« Aucun hommage ne sera rendu à Pétain samedi. Il n’en a jamais été question », a défendu le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux ce jeudi, oubliant que le programme initial des commémorations du centenaire comprenait bien un hommage aux huit maréchaux. « Ce qui était une erreur, c’est d’en faire une polémique comme vous l’avez fait… Le pays a besoin d’autre chose que de la boîte à folie dans laquelle vous êtes collectivement installés », a lancé le président aux médias qui le suivaient jeudi dans les Hauts-de-France.

« Le président garde une énergie intacte pour convaincre, il aime ça »

A l’usine de Maubeuge (Nord) de Renault, Emmanuel Macron a une nouvelle fois fait face à un syndicaliste mécontent.

« La visite de l’entreprise Renault a été triomphale. Il n’y a eu qu’un seul contestataire bruyant, il a été hué par la foule des salariés », assure le patron des sénateurs LREM François Patriat, qui accompagnait le chef de l’Etat ce jeudi. « Le président garde une énergie intacte pour convaincre, il aime ça. Le contestataire de ce matin l’a dopé. »

Emmanuel Macron ne s’inquiète visiblement pas des différentes polémiques jalonnant son itinérance. « C’est un vrai bonheur. Vous me voyez ? Je suis très heureux. Parce que c’est ça le pays, je n’ai jamais pensé que c’était facile, rapporte FranceInfo. Moi, j’ai été élu en me faisant secouer, et ça continuera jusqu’au bout. »