L'«armée européenne» souhaitée par Emmanuel Macron est-elle possible?

POLITIQUE Le président français a appelé mardi de ses voeux la création d'une «véritable armée européenne» pour mieux protéger le Vieux Continent, mais l'Europe de la Défense peine à émerger...

T.L.G.

— 

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron — HAMILTON-POOL/SIPA
  • Emmanuel Macron a plaidé mardi pour la création d’une « véritable armée européenne ».
  • Cette vieille idée n'a jamais réussi à s'imposer en Europe.
  • Plusieurs pays européens préfèrent rester sous défense américaine dans le cadre de l'Otan.

Dans le jargon, on appelle ça un serpent de mer. Emmanuel Macron a plaidé mardi pour la création d’une « véritable armée européenne ». Son objectif ? « Face à la Russie qui est à nos frontières et qui a montré qu’elle pouvait être menaçante (…) on doit avoir une Europe qui se défend davantage seule, sans dépendre seulement des Etats-Unis et de manière plus souveraine », a précisé le chef de l’Etat sur Europe 1. « Un fantasme », a taclé mercredi le patron de la droite Laurent Wauquiez. 20 Minutes fait le point sur cette vieille idée d’Europe de la Défense qui peine à émerger.

De quoi parle-t-on ?

« Cette Europe de la défense est une idée mal identifiée dont on parle depuis des lustres. Le problème remonte à 1948, avec le traité de Bruxelles, et depuis, on n’a pas cessé côté français notamment, de remettre le projet au goût du jour. Il y a eu des coopérations, des structures, des avancées, des échecs », avance Yves Boyer, chercher associé à la Fondation pour la recherche stratégique. « L’une des dernières tentatives a été le sommet de Saint-Malot [en 1998], mais tout a ensuite volé en éclats avec la guerre d’Irak qui a vu les pays européens se diviser », poursuit le spécialiste des questions de Défense.

Pourquoi cette idée échoue-t-elle ?

Le projet récurrent d’armée européenne supranationale reste depuis des années miné car il touche au cœur la souveraineté des Etats-membres. « Cette défense européenne, personne ne la veut en réalité. Les pays européens sont très divisés sur ces questions », tranche Yves Boyer. Emmanuel Macron pense que « l’Europe ne peut plus remettre sa sécurité aux seuls États-Unis », mais certains pays membres comptent avant tout sur l’Otan pour les défendre.

« On a vu en septembre le président polonais prêt à débourser au moins deux milliards de dollars pour l’implantation d’une base américaine sur son sol. L’Allemagne n’imagine pas l’Europe de la Défense en dehors d’un cadre otanien », poursuit le spécialiste. « Ils ont dans leurs gènes depuis 1945 la structure transatlantique », abonde à l’AFP un haut responsable français.

Que propose Emmanuel Macron ?

Le président français a évoqué la création d’une « armée européenne » mais une source française est plus prudente à l’AFP. « Le président a utilisé cette image forte d’une "armée européenne" pour rappeler, à la veille du 11 novembre, la nécessité pour les Européens de renforcer leur capacité à agir de manière autonome », explique-t-on, laissant entendre qu’Emmanuel Macron ne parlait pas de troupes supranationales mais plutôt d’actions nationales coordonnées.

L’Europe de la Défense a récemment enregistré des avancées, avec deux nouveaux mécanismes dans le cadre de l’UE : la Coopération structurée permanente (programmes d’équipements communs), rassemblant 25 Etats membres, et le Fonds européen de défense, doté de 13 milliards d’euros pour financer recherche et capacités.

Neuf pays ont aussi signé l’Initiative européenne d’intervention (IEI) impulsée par Emmanuel Macron en juillet, et se retrouvaient pour la première fois à Paris ce mercredi pour donner un contour concret à ce projet censé muscler l’Europe de la défense. Mais la Belgique, membre de l’IEI, a récemment décidé d’acheter des avions de combat F-35 américains plutôt qu’européens. Cette décision va « stratégiquement a contrario des intérêts » du Vieux continent, avait déploré le président français.

« Cela fait vingt ans qu’on parle de "vision commune". Mais il y a trop d’hétérogénéité entre les armées européennes et il n’y a aucun cerveau. Mais un quartier général commun entrerait en concurrence avec celui de l’OTAN, que les Etats-Unis n’ont aucun intérêt à lâcher », rappelle Yves Boyer. Après des menaces, Donald Trump avait réaffirmé cet été « le ferme engagement » de son pays pour l’Organisation du traité de l’Atlantique nord.