Blocage du 17 novembre: Mouvement «citoyen» ou opération de «fachos», l'appel est-il toujours «apolitique»?

GILETS JAUNES Certains partis politiques soutiennent le mouvement de blocage du 17 novembre...

Thibaut Le Gal

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Gilet jaune, illustration.
Gilet jaune, illustration. — GILE Michel/SIPA
  • De nombreux automobilistes appellent à des blocages le 17 novembre prochain pour dénoncer la hausse du prix des carburants.
  • Le mouvement de mécontentement, qui a fait irruption sur les réseaux sociaux, se revendique « apolitique et pacifique ».
  • Est-il soutenu ou poussé par des partis politiques?

Un mouvement « apolitique » ? Depuis plusieurs semaines, la gronde s'intensifie : coups de gueule sur les réseaux sociaux, pétitions en lignes, appels à bloquer les routes le 17 novembre… De nombreux automobilistes dénoncent la hausse du prix des carburants sur Internet. Devant le succès de cette contestation, Emmanuel Macron a mis en garde ce mardi sur Europe 1 : « Il faut toujours être prudent avec ce type de mouvement car s’agrègent toutes les formes de démagogie avec des gens qui n’ont rien à voir. De gens qui n’ont pas beaucoup de projets si ce n’est de mettre le pays à l’arrêt. » Ce mouvement de « citoyens en colère » a-t-il vraiment été récupéré par les partis politiques ?

Aux origines, un mouvement « citoyen »

Tout débute en mai avec une pétition, lancée par une « automobiliste en colère » de Seine-et-Marne sur le site change.org. Cette critique de la hausse des prix des carburants devient virale (aujourd’hui 780.000 signatures) et entraîne la création de multiples pages Facebook appelant au blocage des routes le 17 novembre prochain.

Les administrateurs de ces groupes, contactés par 20 Minutes, affirment tous « n’être pas encartés dans des partis » et s’être lancés sans influence politique. « J’ai fait cette page pour mobiliser les personnes qui ont du mal à joindre les deux bouts, bouffés par toutes ces taxes », avance Jimmy, qui appelle à la mobilisation au péage de Sigean dans l’Aude. « Cette fois, on oublie la gauche et la droite, on est tous sous la même enseigne, des citoyens français submergés de taxes », abonde un autre. « C’est une manifestation pacifique et apolitique. C’est bien trop facile de s’approprier et soutenir le mouvement quand il est déjà lancé », dénonce aussi Alexis, administrateur de la page 77 nord.

L’un des créateurs du site « www.blocage17novembre.com », qui souhaite fédérer ces mouvements citoyens en présentant une carte des 600 blocages prévus la semaine prochaine, a aussi indiqué à 20 Minutes n’être affilié à aucun parti, ni syndicat.

Le soutien du Rassemblement national et de Debout la France

Ce mouvement spontané est-il pour autant hermétique aux mouvements politiques ? Parmi les « coups de gueule » d’automobilistes devenus viraux, qui ont participé au succès de la mobilisation, figure celui de Frank Buhler, secrétaire de circonscription à Debout la France, le parti souverainiste du député de l’Essonne Nicolas Dupont-Aignan. « Quand j’ai fait cette vidéo, je n’ai pas pensé en termes politiques mais en tant que citoyen qui fait son plein comme tout le monde. A la pompe, personne ne nous demande notre carte d’adhérent, jure-t-il. Je n’ai reçu aucune consigne de Nicolas Dupont-Aignan. Il s’est simplement contenté de me féliciter car il était d’accord avec ce que je disais ».

L’ancien candidat à la présidentielle a très vite soutenu le mouvement, comme son ancienne alliée Marine Le Pen. « C’est facile d’aller hurler avec les loups, je vois bien la manifestation du 17 novembre qui est totalement instrumentalisée par Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan qui sont de grands irresponsables sur ce sujet », a d’ailleurs dénoncé le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. « Nous sommes des citoyens et des élus et en tant que tels, nous participons à un mouvement que nous n’organisons pas mais que nous soutenons de toutes nos forces », lui répond le député RN Sébastien Chenu.

La gauche, entre soutien et malaise

Ce soutien du Rassemblement national inquiète à gauche. Au PS, les cadres dénoncent un « matraquage fiscal » mais refusent de soutenir une opération « instrumentalisée par l’extrême droite », explique Le Figaro.

La France insoumise, elle, ne sait pas sur quel pied danser. A Lille, la semaine passée, Jean-Luc Mélenchon estimait « juste » la colère des automobilistes mais dénonçait la présence de « fachos » au sein du mouvement. « Le samedi 17 novembre, j’ai envie d’en être. Pour voir au moins qui est là », a écrit le député François Ruffin. « Je ne me vois pas défiler à l’appel de Minute et avec Marine Le Pen », a estimé sa collègue Clémentine Autain.

Manuel Bompard s’explique : « On soutient sur le fond la colère qu’on juge légitime car on considère que les mesures du gouvernement sont anti-sociales et pas écologiques. Mais il ne faut pas confondre l’initiative citoyenne auto-organisée avec les tentatives de récupérations de l’extrême droite. Dans nos rangs, certains vont y participer, d’autres non. On respecte ces deux positions », poursuit le directeur national des campagnes de La France insoumise.