Réélu maire de Lyon, Gérard Collomb est-il un homme nouveau ou le «successeur de l'empereur Palpatine»?

MUNICIPALES L'ancien ministre de l'Intérieur a laissé entendre qu'il pourrait davantage collaborer avec les élus l'entourant, y compris ceux de l'opposition...

Caroline Girardon

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Gérard Collomb a été réélu à la ville de Lyon le 5 novembre 2018, un mois après avoir quitté le gouvernement.
Bony / Sipa
Gérard Collomb a été réélu à la ville de Lyon le 5 novembre 2018, un mois après avoir quitté le gouvernement. Bony / Sipa — SIPA
  • Réélu pour la quatrième fois à la mairie de Lyon, Gérard Collomb a laissé entendre qu'il pourrait écouter et dialoguer davantage avec ses collaborateurs.
  • L'élu a souvent été critiqué pour son autoritarisme, mais certains conseillers municipaux ne semblent guère convaincus par ses nouvelles intentions. 

Un hommage appuyé à son prédécesseur. Après avoir enfilé l'écharpe de maire de Lyon lundi matin, Gérard Collomb a commencé par remercier chaleureusement Georges Képénékian, qui a assuré l’intérim pendant dix-huit mois. Et qui ne pensait pas devoir rendre le fauteuil aussi rapidement. « Jamais, sa loyauté ne s’est démentie », a souligné l’ancien ministre de l’Intérieur. L’élu faisant l’unanimité auprès des conseillers municipaux a cédé sans broncher pour « honorer un contrat moral » entre lui et Gérard Collomb.

« Je vois comment vous, les conseillers municipaux, vous l’avez apprécié, comment vous avez apprécié son sens du dialogue et sa volonté de construire ensemble… Il y a peut-être là, un sujet d’inspiration nouvelle », a poursuivi l’ancien ministre de l’Intérieur, souvent décrié pour son autoritarisme. Une conclusion qui a suscité quelques « Ahhh » de soulagement dans les rangs des élus Républicains et provoqué une certaine hilarité.

« J’ai l’espoir que l’écoute et le dialogue deviennent des sujets de réflexion »

« On peut évoluer. Regardez, on peut parfois se trouver dans des majorités qui peuvent vous faire changer d’appréciation », a ajouté malicieusement l’élu. De là à penser que Gérard Collomb, touché par la sagesse, serait devenu un homme nouveau. Et qu’il serait prêt à terminer son mandat en collaborant davantage avec ceux qui l’entourent ? « J’ai l’espoir que l’écoute et le dialogue deviennent des sujets de réflexion. Il n’est jamais trop tard pour bien faire », a répondu Denis Broliquier, le maire centriste du deuxième arrondissement de Lyon. Et d’ajouter : « David Kimelfeld a su insuffler une bouffée d’air frais à la gouvernance de la Métropole. Alors que Gérard Collomb innove lui aussi et travaille avec tous les élus, y compris ceux de l’opposition. »

« C’est un grand politique. Il reconnaît les rapports de force et sait évoluer en fonction de ses besoins. Par nécessité, il sera amené à effectuer un travail coopération, a poursuivi Jean-Louis Touraine, ancien premier adjoint. Gérard Collomb sait qu’il ne pourra pas exercer son rôle s’il n’a pas l’écoute de tous. » « J’ai du mal à penser qu’il revient transfiguré mais je pense qu’il a beaucoup appris de son passage au Ministère. Il est prêt à plus de sagesse », a pour sa part assuré Jean-Yves Sécheresse, adjoint en charge de la sécurité.

 

Nathalie Perrin-Gilbert, maire du 1er arrondissement, qui entretient des relations tendues avec Gérard Collomb, ne se dit pas dupe quant à un possible changement. « Lyon aspire à autre chose qu’à la momification de ses ambitions par une attitude immature, capricieuse et confiscatoire », lance-t-elle. Et de s’adresser directement au principal concerné : « A force de vouloir vous succéder à vous-même, vous allez transformer notre ville en une nécropole de la vie politique. »

Un air de Palpatine et de Pomponette

Critiquant celui qui a « retrouvé son siège de Maire à la faveur d’un exercice démocratique qui rendrait jaloux l’empereur Palpatine lui-même » et qui a regagné la ville de Lyon « telle la Pomponette de Marcel Pagnol », Nathalie Perrin-Gilbert a avoué qu’il y avait « 15.000 raisons » pour que Gérard Collomb ne revienne pas.

« Il faut savoir quitter la table, lorsque l’amour est desservi. Sans s’accrocher l’air pitoyable. Mais partir sans faire de bruit », a-t-elle regretté, citant Charles Aznavour. Une tirade qui aura eu le mérite de faire sourire le maire de Lyon. « Je vois que ce retour pousse à la création littéraire », s’est-il amusé. Et quand Stéphane Guilland, conseiller municipal LR, a listé toutes les promesses non tenues depuis quarante ans, l’élu s’en est moqué encore. « Le jour où vous ne ferez plus de politique, je vous prendrai comme biographe », a répondu Gérard Collomb montrant qu’il n’a pas perdu son sens de la répartie.