Que va-t-il se passer en Nouvelle-Calédonie après le «non» à l’indépendance?

OUTRE-MER Flattés d’avoir recueilli plus de 40 % des voix, les indépendantistes veulent organiser un nouveau référendum…

V.V.
— 
Le Premier ministre Edouard Philippe est arrivé à Noumea, en Nouvelle-Calédonie le 5 novembre 2018.
Le Premier ministre Edouard Philippe est arrivé à Noumea, en Nouvelle-Calédonie le 5 novembre 2018. — Theo Rouby / AFP
  • 56,6 % des Calédoniens ont voté, dimanche, en faveur du maintien dans l’ensemble français.
  • Le score élevé des indépendantistes leur donne de l’espoir pour les prochaines années.
  • Favorisés par la démographie, les Kanaks veulent organiser un nouveau référendum.

Plus de 16.000 kilomètres parcourus depuis la Métropole pour un discours d’un peu moins de huit minutes au final. Edouard Philippe a marché sur des œufs, ce lundi à Nouméa, au moment de commenter les résultats du vote du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans le giron français. Parlant d’un « véritable succès démocratique et populaire » au cours duquel les Calédoniens ont pu discuter « sans se déchirer » et « débattre sans se battre », le Premier ministre a multiplié les lieux communs pour ne froisser aucun des deux camps.

La faute au résultat du référendum. Le maintien de l’archipel dans l’ensemble français l’a, certes, emporté, mais le score du « non » a tout de même recueilli 43,3 % des suffrages, laissant entendre au gouvernement qu’il n’en avait pas terminé avec les velléités d’indépendance d’une partie des Calédoniens. Comme le permet l’accord de Nouméa signé en 1988 et confirmé en 1998, ceux-ci ont d’ores et déjà indiqué qu’ils souhaitaient organiser un deuxième – voire un troisième – référendum dans les prochaines années.

Les indépendantistes peuvent déjà réclamer un référendum

Conscient de l’intérêt économique des ressources en nickel notamment, le gouvernement français n’a aucun intérêt à voir « le Caillou » quitter son escarcelle. Pour cela, il faudra composer avec les indépendantistes. Actuellement, ils disposent de 25 sièges sur les 54 que compte le Congrès. Et comme il suffit de réunir 18 élus pour réclamer la tenue d’un nouveau référendum, ils pourraient déjà remettre le sujet sur le tapis s’ils le souhaitaient. Mais, comme les autres partis en présence, ils souhaitent prendre le temps d’analyser les résultats du scrutin à froid.

Les Kanaks ont quasiment tous voté « non »

Un coup d’œil au taux de participation leur permettra de voir que le rapport de force s’est d’ores et déjà modifié. Contrairement à ce qui était annoncé, les communes kanak indépendantistes se sont fortement mobilisées. Selon les chiffres officiels, le peuple autochtone de Nouvelle-Calédonie a presque entièrement voté pour l’indépendance.

« Il s’agit d’un vote communautaire chez les Kanaks et en face, il y a tous les non-Kanaks », c’est-à-dire les Calédoniens d’origine européenne, asiatique, wallisienne ou tahitienne, a ainsi commenté Patrick Jean, ancien professeur de droit spécialiste de l’accord de Nouméa. « Je souhaite bien du plaisir à Emmanuel Macron pour convaincre [les indépendantistes] de renoncer aux autres référendums », poursuit l’expert.

Une démographie favorable aux indépendantistes

D’autant que la perspective des élections provinciales de mai 2019 devrait durcir un peu plus les positions des uns et des autres. « Les indépendantistes peuvent sortir apaisés du scrutin de dimanche car ils doivent se dire qu’avec la démographie qui leur est favorable, ils peuvent gagner à l’avenir », décrypte l’ancien professeur.

Louis Mapou, chef d’un groupe indépendantistes au Congrès, l’a bien compris : « Nous sommes encore plus motivés qu’avant pour demander le deuxième et troisième référendum. Dès demain, on va préparer la mariée pour qu’elle soit encore plus belle. »