Nouvelle-Calédonie: Six questions pour comprendre les enjeux du référendum sur l'indépendance

POLITIQUE 174.154 électeurs sont invités à se prononcer dimanche pour dire s'ils souhaitent «que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante»...

T.L.G. avec AFP

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Emmanuel Macron plante un arbre.
Emmanuel Macron plante un arbre. — Blondet Eliot Pool/SIPA
  • La Nouvelle-Calédonie se prononce sur son indépendance lors d'un référendum dimanche.
  • 174.154 électeurs sont invités à se prononcer sur le destin du Caillou.
  • Dans les sondages, le non à l'indépendance serait en tête.

La Nouvelle-Calédonie décide dimanche de son destin. 174.154 électeurs sont invités à se prononcer sur cette question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante? ». Ce référendum d'autodétermination (c’est son nom) divise les habitants du Caillou. 20 Minutes revient sur les enjeux autour de ce vote historique.

Pourquoi un référendum est-il organisé ?

Théâtre d’un passé colonial violent, la Nouvelle-Calédonie est un archipel français depuis 1853. Située à 18.000 km de la métropole, elle a connu au milieu des années 1980 une insurrection des indépendantistes kanak contre la France et les populations d’origine européenne, qui a fait plus de 70 morts. Le paroxysme a été atteint en mai 1988 avec la prise d’otages et l'assaut de la grotte d'Ouvéa : 19 militants kanak et 6 militaires avaient été tués.

Les accords de Matignon de juin 1988 ont initié un début de réconciliation et d’émancipation du territoire, fondé sur le rééquilibrage économique et géographique et sur un partage du pouvoir politique entre les deux principales communautés : les Kanak (39 %), premiers habitants du pays, et les Caldoches (27 %), descendants des colons blancs. Ce rapprochement a été consolidé 10 ans plus tard par l’accord de Nouméa, qui prévoyait un référendum au maximum vingt ans après.

Qui peut voter ?

L’accord de Nouméa a limité le corps électoral référendaire : 174.154 électeurs sont appelés aux urnes, sur un total de 210.105 électeurs aux élections présidentielle, législatives, municipales. Pour pouvoir voter, il faut notamment justifier d’une résidence continue en Nouvelle-Calédonie depuis au moins le 31 décembre 1994.

Le corps électoral est un sujet hautement sensible : les indépendantistes kanak reprochent à la France d’avoir jadis « noyé » leur revendication grâce à « une immigration massive ». Il a fait l’objet de nombreuses discussions. Toutes les parties ont acté l’inscription d’office sur la liste référendaire des natifs (kanak et non kanak) qui n’avaient jusqu’à présent jamais été inscrits sur une liste électorale. A l’exception du parti Travailliste (indépendantistes radicaux), qui a appelé à boycotter le référendum, cette liste référendaire ne suscite pas de contestation au sein des partis politiques locaux.

Quelles sont les forces en présence ?

Trois affiches prônent le non, celles des partis loyalistes Calédonie ensemble (droite modérée), le Rassemblement LR et les Républicains calédoniens. En face, les deux courants du FLNKS (Union calédonienne et Union nationale pour l’indépendance) appellent au oui.

Que se passera-t-il en cas de victoire du « oui » ?

Quel que soit le résultat, l’Etat a annoncé qu’il réunirait les responsables des forces politiques calédoniennes. Le Premier ministre se rendra sur place au lendemain du vote. En cas de victoire du oui, la Nouvelle-Calédonie deviendra un Etat pleinement souverain.

Cette indépendance se traduira par le transfert des compétences régaliennes (sécurité, ordre public, monnaie, justice) et l’accès à « un statut international de pleine responsabilité », a expliqué Matignon dans un communiqué. Mais « la nouvelle organisation des pouvoirs publics » ne serait cependant pas « effective au lendemain du référendum ».

Et en cas de victoire du « non » ?

La Nouvelle-Calédonie restera une collectivité française : la population conservera la nationalité et la citoyenneté française et européenne, et l’Etat français continuera à exercer les compétences régaliennes.

Les élections provinciales (pour renouveler le congrès de Nouvelle-Calédonie) seront maintenues et se tiendront en mai 2019. A l’issue de ces élections, si un tiers des membres du congrès le demande, un deuxième référendum portant sur la même question sera organisé dans les dix-huit mois qui suivent cette demande. En cas de nouveau vote du « non », il pourra être suivi d’un troisième référendum.

Que disent les sondages ?

Ils sont, comme toujours, à prendre avec des pincettes : mais tous les sondages annoncent une nette victoire des partisans du «non», dans une fourchette comprise entre 60 et 69 % des voix. « J’ai appris à me méfier des résultats proclamés par avance », a nuancé Edouard Philippe.

Alain Christnacht, ancien Haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie, met en avant les équilibres démographiques : « Comme on sait que très peu d’Européens, d’Asiatiques ou d’Océaniens non Kanaks voteront pour l’indépendance, même si tous les Kanaks - qui représentent environ 45 % des électeurs - votaient pour, ça ne ferait pas 50 %. » Le scrutin va selon lui surtout servir à mesurer notamment la proportion de kanak pour l’indépendance.