11-Novembre: Pour le centenaire de l'armistice, «l'itinérance mémorielle» très politique de Macron fait polémique

CENTENAIRE Pour commémorer le centenaire de l’Armistice, l’Elysée a pris soin de ne pas mettre l’accent sur l’aspect militaire, mais plutôt diplomatique, et surtout d’afficher son attention pour les territoires…

Laure Cometti

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Emmanuel Macron lors de la commémoration de l'Armistice le 11 novembre 2017 à Paris.
Emmanuel Macron lors de la commémoration de l'Armistice le 11 novembre 2017 à Paris. — Denis ALLARD-POOL/SIPA
  • Du 4 au 11 novembre, Emmanuel Macron se déplacera dans le Grand Est et les Hauts-de-France pour commémorer le centenaire de l’Armistice.
  • L’hommage présidentiel à la Grande guerre ne fera pas la part belle à la victoire militaire de la France sur l’Allemagne, au regret de certains militaires et politiques.
  • Il s’agit plutôt pour le président français de poursuivre son opération de reconquête des collectivités locales, en arpentant des villes et des villages touchés par la crise, et d’afficher sa stature internationale en s’entourant de dizaines d’homologues étrangers le 11 novembre à Paris.

Après quelques jours de pause, Emmanuel Macron va se lancer dans une « itinérance » pour commémorer la Grande Guerre. Il se déplacera dans 11 départements sept jours durant. Un hommage ultra-préparé à l’occasion du centenaire de l’armistice, où l’Elysée n’a rien laissé au hasard. Le chef de l’Etat a ainsi choisi d’éviter une cérémonie « trop militaire ». En revanche, il a choisi de concentrer son agenda sur les territoires et la diplomatie. De quoi hérisser une partie des militaires et de la droite, tout en peaufinant sa stature internationale.

Evacuer le militaire, un choix qui fait polémique

« L’itinérance mémorielle » (l’Elysée tient à cette formule inhabituelle, qui serait un choix d’Emmanuel Macron) a été précédée d’une polémique. D’après le programme, le président devait assister le 11 novembre à une cérémonie aux Invalides en hommage « aux huit maréchaux », parmi lesquels figure Philippe Pétain (qui n’est pas inhumé à l’hôtel national mais sur l’île d’Yeu). L’Elysée a rectifié le 17 octobre dernier, assurant à Mediapart qu’il y avait une erreur dans le programme et que le chef de l’Etat ne serait pas à cet événement.

Le lendemain, les conseillers du président indiquaient aux journalistes que l’hommage présidentiel ne serait pas axé sur la victoire militaire de la France en 1918. Comme en 2017, il n’y aura pas de défilé militaire le 11 novembre. On ne fanfaronne pas, on « réconcilie », expliquait alors l'Elysée.

« La philosophie c’est d’aller à la rencontre de nos ancêtres les poilus », annonce la présidence, pour qui « les combattants, qui seront au cœur des commémorations, étaient pour l’essentiel des civils que l’on avait armés ». Ce choix a suscité des réactions virulentes chez les militaires et les politiques de droite et d’extrême droite. Le député Les Républicains Claude de Ganay a regretté ce mercredi que les commémorations soient « vidées de leur essence militaire ».

L’ancien colonel Michel Goya déplore cette « séparation des combattants » : « pourquoi ne pas rendre hommage à tous les combattants, y compris les plus illustres ? On fait comme si seuls les conscrits s’étaient battus ». Le débat est né dans les années 1990, explique l’historien Sébastien Ledoux. « Il y a un débat très virulent entre historiens sur la Grande Guerre, opposant ceux pour qui les combattants étaient des civils qu’on a envoyé au front, et ceux pour qui les soldats étaient des citoyens patriotes ».

Selon le spécialiste de la mémoire, les choix d’Emmanuel Macron sont dans la continuité. « Depuis les années 1990, le discours politique sur la Grande Guerre met l’accent sur les atrocités du combat, avec un regard compassionnel sur ceux qui ont souffert », souligne l’enseignant à Paris 1 Sorbonne et Sciences Po. Pour l’ancien colonel, ce discours ne peut suffire à l’occasion du centenaire de l’armistice. « Il s’agit d’une non-célébration de la victoire. On parle de la souffrance, la paix, mais on oublie que la paix a eu lieu car il y a eu une victoire avant. Ce n’est pas normal que le président n’assume pas l’Histoire », s’indigne-t-il.

Opération territoires pour Macron

Si l’accent n’est donc pas mis sur la victoire militaire, il le sera sur « les sites et les hommes qui y sont morts ». « Certaines villes, certains villages n’ont pas vu un président de la République depuis 1918. Ce sera chose réparée », selon la présidence. La commémoration sera l’occasion pour Emmanuel Macron d’exprimer « l’attention particulière qu’il porte aux territoires » en arpentant le Grand Est et les Hauts-de-France, « qui furent meurtris par la guerre et qui aujourd’hui sont meurtris par la crise », avait-il souligné le 11 novembre 2017.

Alors que l’exécutif tente d’améliorer ses relations avec les collectivités, tendues sur plusieurs dossiers, le Conseil des ministres sera délocalisé à Charleville-Mézières. A chaque étape de son « itinérance », Emmanuel Macron abordera « les préoccupations actuelles » des départements visités, selon l’Elysée. Il y aura comme un air de campagne, à sept mois des élections européennes, dans ces régions où Marine Le Pen est arrivée en tête au premier tour de la présidentielle en 2017.

Un grand raout diplomatique

Cette commémoration présente aussi des opportunités diplomatiques. La semaine commémorative d’Emmanuel Macron sera ponctuée de séquences avec la cheffe du gouvernement britannique Theresa May, la chancelière allemande Angela Merkel et le président du Mali Ibrahim Boubacar Keita.

Ce sera l’occasion pour le président français de défendre le « multilatéralisme », selon la présidence. « La politique mémorielle comporte un aspect diplomatique », rappelle Sébastien Ledoux. « L’image de Mitterrand et Kohl à Douaumont en 1984 est devenue iconique, un symbole du moteur franco-allemand dans la construction européenne. Les chefs d’Etat se sentent un peu obligés de venir à une telle commémoration », souligne l’historien. Cette année, une soixantaine de dirigeants étrangers assistera à la cérémonie du 11-Novembre à l’Arc de Triomphe, dont Donald Trump et Vladimir Poutine.