Alain Carignon (LR), ancien ministre de jacques Chirac, condamné à 29 mois de prison pour corruption, tente un retour gagnant en politique.
Alain Carignon (LR), ancien ministre de jacques Chirac, condamné à 29 mois de prison pour corruption, tente un retour gagnant en politique. — Jean-Pierre Clatot / AFP

POLITIQUE

Municipales à Grenoble: Alain Carignon peut-il vraiment regagner la mairie?

L’ancien maire de la ville tente un retour en politique depuis plusieurs années. Sans succès jusque-là…

  • Alain Carignon, maire de Grenoble de 1983 à 1995, œuvre depuis des mois pour déstabiliser l’équipe municipale en place.
  • L’ancien ministre du gouvernement Chirac, qui a passé 29 mois en prison, tente un énième retour en politique, deux ans avant les élections municipales.
  • Les observateurs de la vie politique restent toutefois sceptiques sur ses chances de l’emporter.

Il avance doucement ses pions, tentant une nouvelle fois de revenir sur le devant de la scène et d’accéder à la mairie de Grenoble, qu’il a dirigé de 1983 à 1995. Depuis quelques mois, Alain Carignon étrille ouvertement et sans relâche le bilan d’Eric Piolle et de sa majorité. A coup de posts sur les réseaux sociaux et notamment par le biais du site internet qu’il pilote : « Grenoble, le changement ».

Sa méthode : déstabiliser l’adversaire et souvent de façon virulente. Comme en témoigne la campagne menée en août 2016. Quatre-vingt mille tracts distribués et 3.500 avis de recherche placardés sur les murs de la ville avec ce message « Wanted ». A la une, le visage de 25 élus de gauche, accusés d’avoir « ruiné Grenoble ».

La communication, son arme principale

Il y a deux semaines, il a dégainé à nouveau toujours sur le même mode : une nouvelle campagne d’affichage présentant Eric Piolle comme « le plus mauvais maire de France » et égrainant la montée des vols avec violence, l’augmentation des impôts locaux ou la baisse de la valeur des biens avec le hashtag #merci_eric.

Alain Carignon a fait de la communication sa principale arme. Mais cela suffira-t-il pour s’asseoir dans le fauteuil de maire ? Selon les observateurs de la vie politique locale, le pari est loin d’être gagné. « Il faut surtout regarder avant tout la sociologie de la ville qui s’est profondément transformée depuis les années 1990 », répond Simon Labouret, politologue.

« On a assisté à une montée en puissance des diplômés et d’une population issue de l’immigration, qui peut désormais voter. On a des profils très proches de la gauche et, par définition, très éloignés d’Alain Carignon. A l’inverse, l’électorat de droite comme les petits commerçants, s’est dispersé. Beaucoup ont quitté la ville », poursuit-il ajoutant qu’il paraît actuellement « compliqué pour n’importe quel candidat de droite de ravir la mairie de Grenoble ». « Il faudrait pour cela une division très importante des autres forces politiques », appuie-t-il.

« Des candidatures dissidentes à droite s’il se présente » ?

Depuis plus de 20 ans, la ville semble profondément enracinée à gauche. Et l’ancien maire a brillé par ses échecs, manquant plusieurs fois son retour sur le devant de la scène politique locale. Notamment lors des législatives de 2007. Engagé dans la 1re circonscription, Alain Carignon s’était incliné face à la socialiste Geneviève Fioraso. En 2014, lors des précédentes municipales, il n’avait pas réussi à obtenir l’investiture et avait dû se contenter d’une 9e place sur la liste menée par l’UMP.

« C’est un homme de contact mais son réseau clientéliste ne lui suffira pas à l’emporter », prédit Simon Persico, professeur de sciences politiques à Sciences Po Grenoble et chercheur au laboratoire Pacte. « Il ne pourra pas non plus jouer la carte centriste car on le sait proche des idées de Nicolas Sarkozy », poursuit-il, persuadé que « les électeurs ne sont pas prêts à redonner carte blanche à quelqu’un qui a été en prison ».

Condamné en 1996 pour corruption, abus de biens sociaux et subornation de témoins, l’ancien ministre de Jacques Chirac a passé 29 mois derrière les barreaux. Un record pour un homme politique en France. « Il a toujours été très actif mais encore faut-il que toute la droite se range derrière lui. Il y a fort à parier qu’il y aura des candidatures dissidentes s’il se présente », enchaîne le chercheur.

« Alain Carignon est marqué au fer rouge par son passé judiciaire. Cela constitue un handicap important pour lui, en termes d’image », conclut Simon Labouret.