Ségolène Royal prépare-t-elle son grand retour en politique?

LE COME-BACK L’ancienne ministre socialiste, qui publie un livre ce mercredi, multiplie les apparitions dans les médias. Et laisse entendre qu’elle pourrait se présenter aux élections européennes de 2019…

Thibaut Chevillard

— 

Ségolène Royal, photographiée le 21 avril 2017 alors qu'elle sort de l'Elysée.
Ségolène Royal, photographiée le 21 avril 2017 alors qu'elle sort de l'Elysée. — VILLARD/SIPA
  • L’ancienne ministre socialiste pourrait se présenter aux élections européennes, en mai 2019.
  • Bien qu’elle n’ait pas encore annoncé si elle se lancera dans la bataille, elle multiplie ces temps-ci les passages dans les médias.
  • Alors qu’elle publie ce mercredi un livre, une question se pose : prépare-t-elle son grand retour en politique ?

Ségolène Royal par-ci, Ségolène Royal par-là. Depuis plusieurs jours, l’ancienne ministre socialiste multiplie les apparitions médiatiques. Celle qui publie ce mercredi Ce que je peux enfin vous dire chez Fayard, semble profiter de sa liberté de parole et dézingue à tout va la politique environnementale du gouvernement. Une façon de préparer une éventuelle candidature aux élections européennes de 2019 ? Si oui, sous quelle étiquette ?

Actuellement « ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles arctique et antarctique », elle se plaît à laisser planer le doute. « Devenir députée européenne, ce n’est pas du tout dans mes plans », expliquait-elle au JDD ce week-end. Mais elle ne ferme pas la porte pour autant à cette éventualité. « S’il y a des événements politiques, des choses qui rassemblent, je réfléchirai avec celles et ceux qui ont des propositions. »

Un livre qui sort mercredi

Quand un politique publie un livre, c’est généralement signe d’une élection qui approche. Est-ce le cas pour Ségolène Royal ? « Si elle y avait pensé, chapeau ! Mais je ne crois pas que cela soit le cas », estime le député du Val-de-Marne, Luc Carvounas, qui n’avait pas encore lu l’ouvrage ce mardi. Si le livre se vend bien, cela sera sans doute un signe montrant qu’elle est attendue dans l’arène. Que raconte-t-il, d’ailleurs ? « C’est le récit de souvenirs d’une femme politique dans un monde d’hommes et d’une femme écologiste dans un monde de lobbys. Je lève la loi du silence », confie-t-elle au Figaro.

En fait, au fil des 293 pages du livre, elle raconte avoir été, dans un premier temps, convaincue par Emmanuel Macron. Elle a même proposé à François Hollande de le nommer à Matignon en cas de démission de Manuel Valls. Mais ensuite, celui qui deviendra président de la République en 2017 l’a déçu. « La méthode de gouvernance a dérapé, et, comme lors des précédents quinquennats, le déficit de dialogue, l’autoritarisme, l’exercice solitaire de la décision, la démocratie parlementaire affaiblie, ont conduit aux mêmes erreurs », écrit-elle.

Le PS lui fait du pied

Ségolène Royal a fait savoir qu’elle annoncera sa décision en janvier. Mais déjà, elle est sollicitée par le Parti socialiste pour être sa tête de liste pour les élections européennes de mai 2019. « Elle a dit qu’elle ne sera pas la candidate du PS », souligne Françoise Degois, qui fut « conseillère spéciale » au cabinet de la présidente de la région Poitou-Charentes. « Mais elle ferait une formidable candidate », ajoute-t-elle. Avant de préciser : « Si elle y va, elle aura du monde derrière elle. Elle a une parole écoutée. C’est quelqu’un de puissant politiquement. C’est une femme en mouvement qui peut entraîner avec elle beaucoup de monde », des centristes, des socialistes, comme des écologistes.

Luc Carvounas a rencontré récemment Ségolène Royal. Il a évoqué avec elle « la possibilité qu’elle puisse être la candidate d’un large rassemblement ». Il « milite » pour qu’elle soit tête de liste « d’une gauche arc-en-ciel », comme le nom qu'il a donné à son courant. « Je l’ai sentie attentive à l’échange que nous avions », ajoute le député, estimant qu’elle fait « consensus » dans les rangs de la gauche. « Elle peut nous être utile. C’est une femme d’Etat. On a plus besoin d’elle qu’elle a besoin de nous. » Surtout, dit-il, elle a une « vraie crédibilité » sur les sujets écologiques « qui vont irriguer tous les débats » dans les prochaines semaines.

Offensive contre le gouvernement

L’ancienne ministre de l’Environnement ne manque d’ailleurs jamais une occasion de dézinguer la politique du gouvernement. « Il n’y a pas une semaine où il n’y a pas un recul sur l’écologie. On comprend mieux la démission de Nicolas Hulot parce qu’il avait pressenti les dégradations sur les questions environnementales. Il savait ce qui allait se passer », a-t-elle lancé sur RTL. Luc Carvounas la juge « sincère » dans son engagement écologique. « On ne peut pas la taxer de s’inventer écolo. Sur ce sujet comme sur celui de la démocratie participative, elle a été précurseure. »

Alors, ira ou n’ira pas ? Elle avait pourtant déclaré récemment sur LCI qu’elle n’avait « ni envie ni pour objectif » de reprendre les « combats électoraux ». Aujourd’hui, elle semble prendre le temps de la réflexion. « Ce qu’elle veut surtout, c’est ne pas brûler les étapes. Nous ne sommes qu’en novembre, on a tout le temps. Elle sortira le moment venu », estime Françoise Degois.