«Avec des bulletins de votes, nous allons régler nos comptes»... A Lille, Mélenchon se «regonfle la batterie»

REPORTAGE C'était le premier discours du patron de LFI depuis les perquisitions menées le 16 octobre aux sièges du mouvement...

Thibaut Le Gal

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Mélenchon à Lille
Mélenchon à Lille — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • Jean-Luc Mélenchon était en meeting à Lille ce mardi soir.
  • C'était le premier discours du député des Bouches-du-Rhône depuis les perquisitions menées le 16 octobre aux sièges de LFI et du Parti de gauche ainsi qu'à son domicile.

De notre journaliste sur place à Lille,

Les insoumis contre-attaquent. Au théâtre Sébastopol de Lille, Jean-Luc Mélenchon  prend la parole devant une salle comble. A son arrivée, le public est déjà surchauffé. Mais l’ancien candidat à la présidentielle répond aux acclamations avec une voix plus faible qu’à l’accoutumée. « Vous imaginez tout ce que votre accueil m’apporte… Après ces quinze jours, passés sous l’outrage et l’offense permanents ».

Ce discours en public face aux militants est le premier depuis les perquistitions menées le 16 octobre au siège de La France insoumise ainsi qu’à son domicile dans le cadre de l’enquête sur les comptes de sa campagne présidentielle. Quelques applaudissements plus tard, le naturel revient. Et avec la voix, revoilà le tribun. « Nous croyons à la démocratie. Avec des bulletins de votes, nous allons, vaille que vaille, régler nos comptes ! Ces comptes, ce ne sont pas ceux d’un mouvement, ce sont ceux d’un peuple maltraité, humilié, appauvri, ridiculisé, par celui qui est censé le représenter ! »

« Nous ne voulons pas faire des perquisitions le sujet central des européennes »

Retrouver la politique, donc, après deux semaines de polémiques. « C’est un moyen de se remobiliser collectivement », reconnaît le député du Nord, Ugo Bernalicis. « L’objectif n’est pas de tourner la page sur le fond, mais stratégiquement, nous ne voulons pas faire des perquisitions le sujet central des européennes ».

Le député des Bouches du Rhône prévient d’ailleurs : LFI veut faire des élections de mai prochain un référendum anti-Macron : « Nous allons clamer de toute notre force : stop Macron ! Stop à cette folie, à l’irresponsabilité de la finance et ces décrets qui vont contre l’intérêt général des peuples qui voudrait qu’on se soucie d’abord de la catastrophe écologique ».

Déambulant sur scène, le patron des insoumis évoque l’exil fiscal, la Commission européenne, et tape fort sur le président de la République, n’hésitant pas à ironiser sur sa colère lors des perquisitions.

Sur le glyphosate, « Macron a capitulé, car c’est un petit garçon. Quand madame Merkel fait les gros yeux, il n’a pas le courage de faire ce que je fais moi devant certaines portes ».

« Nous ne baisserons pas les yeux »

Les images semblent pourtant avoir écorné l’image du parlementaire. Selon un sondage Elabe publié la semaine dernière, 64% des Français et 49% de ses électeurs de 2017 se sont dits choqués par son attitude. « Peut-être que Jean-Luc a été atteint, et le mouvement aussi par ricochet. Est-ce que c’est durable ? Je ne le crois pas », balaie le député Bernalicis. « On ne va pas lâcher le morceau, car oui il y a bien une instrumentalisation de la justice et de la police mais il faut que les choses s’apaisent, passer sur une autre tonalité pour que notre message passe mieux ».

Un discours pas vraiment entendu par Jean-Luc Mélenchon, qui maintient sur scène ses accusations de « judiciarisation de la vie politique ». Une stratégie mise en œuvre partout, selon lui, et notamment au Brésil. « [L’ancien président brésilien] Lula a été condamné à onze ans de prison, alors même qu’il n’y avait aucune preuve contre lui. Voilà comment les choses se sont passées, vous autres, souvenez-vous-en, car dans tous les pays, c’est ainsi que ça arrive », citant la Colombie ou l’Equateur.

Il ajoute, la voix forte : « Nous ne sommes ni des bandits, ni des terroristes, ni des voyous ! Nous sommes des militants politiques ! […] C’est une persécution politique, et une meute qui s’est jetée sur nous. Nous ne baisserons pas les yeux ». L’ancien candidat évoque longuement les perquisitions, la « presse libre », l’OCLCIFF… En fin de meeting, il refuse d’évoquer sa relation avec Sophia Chikirou, soupçonnée d'avoir surfacturé ses prestations à la présidentielle. Et résume à sa façon la soirée : « Quand Victor Hugo est revenu d’exil, les gens sont venus à la Gare du Nord. Hugo écrit, "en deux minutes, ils m’ont fait oublier 20 ans d’exil". Eh bien moi, ce n’est pas l’exil, mais c’est pareil. Une heure avec vous, je n’arrive plus à m’arrêter, ça me regonfle la batterie ».