Complot, démission, pouvoirs exceptionnels... On a imaginé un «House of cards» à la française

POLITIQUE La série «House of Cards» revient pour une dernière saison le 2 novembre sur Netflix...

Thibaut Le Gal

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Frank Underwood au téléphone avec son homologue français Francis Soubois
Frank Underwood au téléphone avec son homologue français Francis Soubois — Copyright : © Sony Pictures Television
  • House of Cards revient pour une sixième et dernière saison le 2 novembre sur Netflix.
  • Le parcours politique d'un Frank Underwood est-il possible en France?
  • 20 Minutes a interrogé un constitutionnaliste pour imaginer l'ascension du machiavélique Francis Soubois vers l'Elysée.

House of Cards revient pour une sixième et dernière saison le 2 novembre sur Netflix. Au fil des épisodes, les fans du show américain ont suivi la montée en puissance de Frank Underwood, l’ambitieux député et coordinateur du groupe démocrate à la Chambre des représentants, jusqu’à la présidence des Etats-Unis.

Les scénaristes de la série ont puisé dans les subtilités de la Constitution américaine pour permettre à leur héros d’entrer à la Maison Blanche sans avoir été élu et de s’y maintenir par tous les moyens. Un scénario envisageable en France ? 20 Minutes vous dévoile en exclusivité l’ascension du sénateur fictif Francis Soubois vers l’Elysée, avec l’aide de Michel Lascombe, professeur de droit constitutionnel à l’Institut d’études politiques de Lille.

Saison 1 : La prise de pouvoir au Sénat

>> Dans la série, Frank Underwood parvient à se faire nommer vice-président à la fin de la saison 1.

Francis Soubois est un sénateur expérimenté des Alpes-Maritimes. Grâce à de sombres tractations, il s’est fait élire président du groupe majoritaire au Sénat. Déçu de ne pas avoir été appelé au gouvernement par le président de la République lors du remaniement, Francis Soubois fulmine et prépare sa vengeance. Une nouvelle victoire de son parti aux sénatoriales et le voilà président de la chambre haute, première étape de son plan machiavélique.

« Aux Etats-Unis, c’est le vice-président qui assure la fin du mandat en cas de démission, mort ou destitution du président élu. Gerald Ford a ainsi succédé à Richard Nixon après le scandale du Watergate sans jamais avoir été élu, rappelle Michel Lascombe. En France, en cas de vacance ou d’empêchement du président de la République, la Constitution prévoit un intérim du président du Sénat. »

Saison 2 : Prendre la place du chef de l’Etat

>> Dans la saison 2, Frank Underwood pousse le président élu à démissionner après un scandale et entre à la Maison Blanche.

Francis Soubois s’interroge : comment faire tomber le président de la République, cet ancien protégé qui lui doit tout et ne répond plus à ses appels ? L’ambitieux parlementaire reçoit l’aide d’un informateur. Avant d’entrer en politique, le chef de l’Etat dirigeait un laboratoire pharmaceutique. Les documents de sa taupe sont formels : le président a fait étouffer un scandale sanitaire ayant causé la mort de dizaines de nouveau-nés. Menaçant de révéler le scandale à la presse, Francis Soubois pousse le chef de l’Etat à la démission et devient président par intérim.

Mais comment rester à l’Elysée ? « Aux Etats-Unis, les élections sont à dates fixes. Un vice-président assure donc tout le reste du mandat d’un président déchu, rappelle le constitutionnaliste. Mais en France, le président par intérim ne peut pas rester au pouvoir au-delà d’un certain temps ». La Constitution précise qu’un nouveau scrutin doit être organisé entre 20 et 35 jours après l'ouverture de la vacance. C’était compter sans la ruse de Francis Soubois.

Saison 3 : Se maintenir au pouvoir, coûte que coûte

>> Saison 3-4-5 : Frank Underwood use de manipulations pour éliminer ses opposants et rester au pouvoir. Il espère être réélu en profitant d’un climat de menace terroriste.

Francis Soubois se présente donc à l’élection présidentielle anticipée. Mais les sondages ne sont pas bons. Heureusement, dans la perfidie, le nouveau président n’a rien à envier à Frank Underwood. Comme son homologue américain, il va tout mettre en oeuvre pour rester au pouvoir.

« Il existe un angle mort dans notre Constitution : la période d’intérim peut se prolonger si un des candidats est "empêché" lors de la campagne. Dans ce cas, le Conseil constituionnel peut décider de reporter le scrutin », note Michel Lascombe. Quelques jours avant le premier tour, le candidat d’extrême droite Max Orthut est victime d’un mystérieux accident de voiture et tombe dans le coma. Comme le prévoit l’article 7 de la Constitution, l’élection est reportée.

Saison 4 : Grandeur et décadence

>> Saison 5 : Empêtré dans les scandales, Frank Underwood démissionne. Sa femme Claire, vice-présidente des Etats-Unis, prend sa place à la Maison Blanche.

Francis Soubois s’offre un peu de temps. Mais il ne peut toujours pas gouverner comme il l’entend. « Le président de transition a des pouvoirs limités : il ne peut organiser de référendum, ni réviser la Constitution, ni dissoudre l’Assemblée ou accepter la démission du gouvernement », rappelle le professeur de droit constitutionnel. « En revanche, rien ne l’empêche d’utiliser l'article 16 pour obtenir l'exercice des pouvoirs exceptionnels, qui donnent au président tous les pouvoirs exécutifs et législatifs destinés à permettre le rétablissement régulier des pouvoirs publics ».

Les conditions pour obtenir ces pleins pouvoirs sont spécifiques : l’intégrité du territoire doit être menacée et le fonctionnement des pouvoirs publics interrompu. Francis Soubois imagine un plan morbide : laisser commettre un attentat terroriste d’ampleur.

Dans le même temps, le secrétaire général de l’Elysée, Théo Lagul, s’aperçoit que le crash de Max Orthut n’est pas un accident : il a été préparé dans le bureau du chef de l’Etat. Il le révèle à la presse. Le scandale est énorme. « Si le président par intérim déraille complètement, le Parlement siège et peut mettre en œuvre l’article 68 pour le destituer pour manquement à ses devoirs, poursuit Michel Lascombe. En réalité, tout est prévu dans la Constitution pour empêcher un coup d’Etat, c’est ce que voulait de Gaulle. » Les rêves de Francis s’envolent. Mais les Soubois n’en ont pas fini avec la politique. Sa femme Charlène, conseillère régionale de Provence-Alpes-Côte d’Azur, décide de se porter candidate pour l’élection anticipée…