Perquisitions: «Mélenchon copie Trump et Grillo en se parant des habits du populisme mondial»

INTERVIEW Perquisitionné ce mardi pour des soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen et à propos de ses comptes de campagne, le leader de La France insoumise a savamment orchestré la communication de cet « événement »…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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En diffusant la perquisition de son domicile, Jean-Luc Mélenchon a savamment orchestré sa communication autour de l'enquête judiciaire qui le vise.
En diffusant la perquisition de son domicile, Jean-Luc Mélenchon a savamment orchestré sa communication autour de l'enquête judiciaire qui le vise. — PDN/SIPA
  • Jean-Luc Mélenchon a fait l’objet ce mardi d’une perquisition à son domicile ainsi qu’au siège de son parti La France insoumise, pour des soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen et à propos de ses comptes de campagne.
  • Le leader d’extrême gauche a diffusé la perquisition de son domicile sur les réseaux sociaux, dénonçant une « justice politisée ».
  • « Un coup de com' qui lui permet d’attirer l’attention médiatique sur sa personne et de la détourner du fond de l’affaire judiciaire », estime le communicant Philippe Moreau-Chevrolet.

« Ma personne est sacrée, je suis parlementaire. » Voici l’une des sorties de Jean-Luc Mélenchon, qui a fait l’objet ce mardi d’une perquisition à son domicile ainsi qu’au siège de son parti, La France insoumise.

L’intéressé a lui-même fait vivre l’événement en direct en se filmant en Facebook live. Des images où l’on peut voir le leader des Insoumis crier au scandale, parlant de « justice politisée », d’une perquisition qui ne pouvait être le fruit du hasard alors que le pouvoir dévoilait les nouvelles figures du gouvernement, au terme d’un remaniement ministériel qui s’est fait attendre près de deux semaines. Une stratégie de communication savamment orchestrée, que Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication à Sciences Po et président de l’agence MCBG Conseils, décrypte pour 20 Minutes.

Quel intérêt Jean-Luc Mélenchon avait-il à se mettre en scène dans les perquisitions dont il a fait l’objet ?

Le but, c’est de capter toute l’attention médiatique, il gagne ici la bataille de l’image, face à Macron notamment. Il est dans une logique à la Trump, qui consiste à occuper le terrain médiatique, d’être dans le quantitatif face au reste des acteurs politiques. Et cela fonctionne : ce matin, on parle plus de la perquisition et du coup de colère de Mélenchon que de l’allocution présidentielle d’Emmanuel Macron diffusée ce mardi soir.

Mélenchon a parlé de « justice politisée », une rhétorique sur laquelle ont surfé d’autres avant lui, comme Marine Le Pen et François Fillon. Quel public est séduit par ce type de discours ? Qu’en retire-t-il ?

Cette thématique complotiste est le fondement du discours mélenchoniste : ça lui permet de mobiliser sa base électorale, qui est très sensible à ces positions. Il reste dans sa rhétorique victimaire, qui veut que ses ennemis soient le système, le gouvernement et les élites.

Cela lui permet également de réaffirmer son leadership au sein de sa famille politique, face à un François Ruffin notamment qui multiplie les coups d’éclat médiatiques. La mise en scène de cet événement lui permet de se repositionner comme leader ultime de La France insoumise.

Mais cette posture ne peut pas plaire à tout le monde ?

Le défaut de cette stratégie, de cette posture victimaire, est qu’ici Jean-Luc Mélenchon adopte exactement la même position que d’autres politiques confrontés à la justice avant lui. Avant d’être lui-même dans le viseur de la justice, il était le premier à critiquer Marine Le Pen refusant de se rendre à ses convocations par les juges et François Fillon, à dénoncer le fait qu’ils se soustrayaient à la justice, ce qu’il semble chercher à faire aujourd’hui. Gare à l’effet boomerang de cette stratégie de communication, les Français ne sont pas dupes de ce type de stratagèmes.

On finirait presque par oublier l’objet des perquisitions qui visaient Jean-Luc Mélenchon et son parti. Alors peut-on parler de coup de com' réussi ou d’opération ratée ?

Cette stratégie victimaire et complotiste a l’avantage de détourner l’attention du fond de l’affaire judiciaire pour créer un faux débat. Plutôt que de se demander et de lire dans la presse « pourquoi Jean-Luc Mélenchon fait-il l’objet de perquisitions ? Qu’est-il soupçonné d’avoir fait pour que la justice s’intéresse à lui », du potentiel scandale du financement de sa campagne et des soupçons d’emplois fictifs de son parti au Parlement européen, on parle du Facebook live de sa perquisition et de son coup de colère. En cela, c’est un très bon tour de passe-passe, on peut parler de coup de com' réussi.

Mais au-delà de l’impact positif que cela aura chez ses sympathisants, les Français vont encore se dire : « Encore un politique qui se pose en victime et qui s’oppose à la justice », alors qu’ils voudraient simplement qu’il accepte qu’il n’est qu’un justiciable comme les autres, qu’il n’est pas au-dessus des lois. C’est une logique qui fonctionne à court terme et auprès de sa propre base électorale, mais pas sûr qu’elle rassemble au-delà de ce cadre.

Une perquisition en Facebook live posté par l’intéressé, dans une mise en scène surthéâtralisée, c’est assez inédit non ?

C’est totalement inédit. On n’a jamais vu une personne publique, un politique, se saisir lui-même d’une caméra pour se filmer en train d’être perquisitionné. En cela, les réseaux sociaux permettent tout à fait de s’inscrire dans cette logique à la Trump, dans cette posture complotiste : ici, l’imaginaire de l’extrême gauche est mobilisé.

Mais à long terme, Jean-Luc Mélenchon abîme son image, il y a un nivellement par le bas qui s’opère.

Vous parlez de « posture à la Trump », s’inspire-t-il de lui ou d’autres figures politiques ?

Il copie Donald Trump et Beppe Grillo, du mouvement italien populiste Cinq étoiles. Désormais, sa stratégie est d’adopter les habits du populisme mondial. Il est en pleine évolution vers la position de l’extrême gauche italienne, qui a fini par s’allier avec l’extrême droite. Mélenchon dérive vers ce populisme à l’italienne où il ne cherche même plus à être crédible. Il est une caricature de lui-même, animé par la conviction que c’est ce qu’il y a de plus efficace aujourd’hui dans une perspective de conquête du pouvoir.