France insoumise: Non, Jean-Luc Mélenchon n’a pas été la cible d’un traitement particulier lors des perquisitions

FACT CHECKING Jean-Luc Mélenchon assure avoir été victime d’une « agression politique », mardi, quand ses locaux ont été perquisitionnés…

Vincent Vantighem (avec T. Chevillard)

— 

Jean-Luc Mélenchon dénonce à l'Assemblée nationale les opérations de perquisitions qu'il a subies mardi 16 octobre 2018.
Jean-Luc Mélenchon dénonce à l'Assemblée nationale les opérations de perquisitions qu'il a subies mardi 16 octobre 2018. — Jacques Witt/SIPA
  • Les locaux de La France insoumise ont été perquisitionnés mardi.
  • Jean-Luc Mélenchon assure qu’il s’agit d’un « acte politique ».
  • « 20 Minutes » a vérifié tous les arguments du leader de LFI.

Téléphone à la main, Jean-Luc Mélenchon a passé sa journée de mardi à filmer les policiers qui perquisitionnaient chez lui et à dénoncer « une agression politique ». Sur BFM TV, ce mercredi, il a maintenu qu’il avait été la cible d’un traitement particulier pour avoir subi cette opération de police dans le cadre d’une enquête préliminaire. 20 Minutes passe au crible chacun de ses arguments…

  • « Ces perquisitions sont un acte politique, une agression politique »

FAUX

Il est 7h, mardi matin, quand Jean-Luc Mélenchon commence à diffuser sur Facebook la vidéo de la perquisition de son domicile par les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières (Occlif). « S’il vous plaît, demande-t-il à ses militants. Dites partout que ceci est naturellement un acte politique… »

Le leader de la France insoumise laisse entendre que cette perquisition a été décidée par le pouvoir politique en place car elle a été menée dans le cadre de deux enquêtes préliminaires. Contrairement aux informations judiciaires dirigées par des juges d’instruction indépendants, les enquêtes préliminaires sont gérées par les parquets qui sont, eux, soumis au pouvoir exécutif en place.

Jean-Luc Mélenchon pense donc que ces perquisitions ont été réclamées au procureur de Paris par le camp d’Emmanuel Macron. Il oublie ou méconnaît l’article 76 du code de procédure pénale qui prévoit que dans de pareils cas, la perquisition doit être décidée et motivée par écrit par un juge des libertés et de la détention qui est, lui, contrairement au procureur, totalement indépendant du pouvoir en place.

  • LFI est la seule formation politique dont les domiciles des dirigeants ont été perquisitionnés

FAUX

Au micro de France Inter, ce mercredi matin, le député (LFI) Alexis Corbière est longuement revenu sur ces perquisitions. Il a notamment déploré le fait que son mouvement est le seul parti politique dont les domiciles de dirigeants ont été perquisitionnés, dressant un parallèle avec le MoDem et le Rassemblement national.

Également visé par des soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen, le MoDem a vu son siège perquisitionné en octobre 2017, mais personne n’a, en effet, pénétré dans le domicile de son leader, François Bayrou à cette occasion.

En revanche, le château de Montretout, demeure historique des Le Pen à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), a été perquisitionné en 2016 dans le cadre de l’enquête menée sur les soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen. Tout comme le siège du parti qui a reçu, à deux reprises, la visite de la police.

Rappelons aussi que dans l’affaire dite du « PenelopeGate », le domicile parisien de François Fillon avait été perquisitionné en pleine campagne présidentielle. Jean-Luc Mélenchon n’est donc pas le seul dirigeant politique à avoir subi un tel sort…

  • « On n’a pas bousculé… »

A CHACUN DE SE FAIRE SON IDEE

Les images diffusées dans l’émission Quotidien, mardi soir, tournent en boucle sur les réseaux sociaux. On y voit Jean-Luc Mélenchon vociférer face au procureur chargé de superviser la perquisition dans les locaux de son parti.

Clairement, le leader de LFI se montre menaçant à l’égard de plusieurs policiers mais également du représentant du parquet. Toujours sur France Inter, ce mercredi matin, Alexis Corbière a assuré que personne du parti n’avait « bousculé » quiconque lors de l’opération. Chacun peut regarder les images pour se faire sa propre opinion

Quoi qu’il en soit, le parquet de Paris a indiqué avoir ouvert une enquête pour « menaces ou actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire et violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Elle a été confiée à la Brigade de répression contre la délinquance aux personnes (BRDP). Côté LFI, Manuel Bompard, directeur de campagne de LFI, a annoncé ce mercredi sur Twitter que le parti a déposé plainte pour des violences. Pour le moment, 20 Minutes n'a pas pu vérifier cette information. 

  • Les policiers auraient dû permettre à Jean-Luc Mélenchon d’entrer dans son local politique

FAUX

L’emportement semble sincère. Sur les images diffusées par Quotidien, on aperçoit Jean-Luc Mélenchon qui, après être sorti de chez lui, tente de pénétrer dans le local de la France insoumise alors en cours de perquisition. « La République, c’est moi ! C’est moi qui suis parlementaire ! Poussez-vous de là et laissez-moi entrer ! »

« S’il avait été présent dès le départ, il aurait pu rester mais une fois la perquisition lancée, la règle est plutôt de ne plus faire entrer personne, confie à 20 Minutes une source judiciaire. C’est habituel de maintenir les gens à l’écart. On le voit notamment dans les affaires de stupéfiants où les esprits peuvent s’échauffer… »

  • Tous les policiers de l’Occlif ont été mobilisés pour cette opération

FAUX

Sur France Inter, ce mercredi, le député de Seine-Saint-Denis, Alexis Corbière compare l’opération de mardi à un dispositif « digne d’une opération antiterroriste ». Selon lui, une centaine de policiers, soit la totalité de l’Occlif, ont été mobilisés pour les perquisitions.

« C’est faux, confie à 20 Minutes une source policière, ce mercredi matin. L’Occlif compte environ 80 membres. Et, mardi, ils n’étaient pas tous mobilisés sur ces perquisitions. » L’impression d’Alexis Corbière s’explique peut-être par le fait que les policiers spécialisés ont été rejoints durant l’opération par des collègues qui ont, eux, assuré la sécurité aux abords du siège politique afin que les opérations se déroulent dans le calme.