Quand François Hollande se faisait passer pour un leader de la droite

Vincent Glad

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Neuf mois après la victoire de Nicolas Sarkozy, le PS rêve d'un succès au goût de revanche aux municipales et cantonales, lui permettant de se remettre en selle face à un exécutif affaibli mais qui entend poursuivre les réformes jusqu'à l'échéance de 2012.
Neuf mois après la victoire de Nicolas Sarkozy, le PS rêve d'un succès au goût de revanche aux municipales et cantonales, lui permettant de se remettre en selle face à un exécutif affaibli mais qui entend poursuivre les réformes jusqu'à l'échéance de 2012. — Jean-Christophe Verhaegen AFP/Archives

L’histoire est incroyable et pousse la manipulation politique au rang d’art. En 1983, alors que la droite pleure la présidentielle perdue de 1981, un mystérieux Caton, présenté comme «un grand dirigeant de la droite», jette un pavé dans la mare avec un violent pamphlet contre son propre camp, «De la reconquête».

Le livre est un véritable best-seller. L’auteur finit par faire son coming out sur le plateau de Bernard Pivot. Et surprise, il ne s’agit pas d’un dirigeant de la droite mais d’André Bercoff, un journaliste alors étiqueté à gauche. Jacques Attali, conseiller de François Mitterrand, reconnaîtra plus tard qu’il s’agissait d’une manœuvre politique orchestrée par sa cellule à l’Elysée.

Mais oui, c'est bien la voix de François Hollande...

Cette vieille affaire a rebondi cette semaine sur le plateau de Canal + quand le chroniqueur politique Jean-Michel Apathie a révélé les bandes d’une interview radio donnée par le mystérieux «Caton». André Bercoff n’avait pas souhaité passer sur France Inter, de peur que ses confrères journalistes reconnaissent sa voix. Il envoie donc au front un jeune inconnu, membre de la cellule Attali à l’Elysée, un certain François Hollande…



L’anecdote était connue des spécialistes de la politique, mais c’est la première fois que l’on retrouve cette interview où François Hollande, facilement reconnaissable, trompe son auditoire avec aplomb: «Ceux qui pensent que, nous la droite, pouvons revenir au pouvoir se trompent», dit-il notamment.

Dans son livre, «La madone et le culbuto», la journaliste Marie-Eve Malouines relate le savoureux épisode. «Le livre de Caton était une idée de Jacques Attali, qui avait mis au courant François Mitterrand de l’opération. François Hollande, qui venait de sortir de l’ENA, quelques années plus tôt, était chargé de rédiger les notes préparatoires du livre», explique l’auteur à 20minutes.fr. 25 ans plus tard, François Hollande doit cette fois préparer un Congrès socialiste. Une tâche peut-être encore plus ingrate.

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