Remaniement: Laurent Nuñez, un «technicien» place Beauvau

PORTRAIT Le patron de la DGSI a été nommé ce mardi secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur. Fin connaisseur des questions de sécurité, il épaulera Christophe Castaner, un pur politique…

Thibaut Chevillard (avec Caroline Politi)

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Laurent Nunez rêvait de devenir commissaire. Il devient (presque) premier flic de France (illustration)
Laurent Nunez rêvait de devenir commissaire. Il devient (presque) premier flic de France (illustration) — BERTRAND LANGLOIS
  • Laurent Nuñez a été nommé ce mardi secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur.
  • Directeur de la DGSI depuis 16 mois, il a été choisi pour épauler Christophe Castaner place Beauvau.
  • Homme de réseaux, il jouit, au sein de la police, d’une excellente réputation.

« Un mec bien », possédant « une expérience indéniable », qui a laissé de « bons souvenirs » partout où il est passé. Difficile de trouver quelqu’un pour dire du mal de Laurent Nuñez. Certes, la nomination du patron de la DGSI place Beauvau comme secrétaire d’Etat auprès de Christophe Castaner a surpris dans le landerneau policier. « Nuñez, ce qu’il veut, c’est la préfecture de police de Paris », assurait même récemment à 20 Minutes un commissaire. Mais tous ceux qui ont croisé le chemin de ce préfet de 54 ans, fin connaisseur des questions de sécurité et de terrorisme, ne tarissent pas d’éloges à l’égard de celui qui rêvait de devenir commissaire de police.

Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergie, estime ainsi que l’associer à l’ancien délégué général d’ En Marche est plutôt une bonne idée. « Le ministre de l’Intérieur doit avoir un poids politique pour arbitrer des décisions. Or, Christophe Castaner est un proche du président de la République », remarque-t-il. Laurent Nuñez, lui, n'est pas un politique. « C'est quelqu’un de très bien, de très humain, rompu aux arcanes du monde de la sécurité, qui a des réseaux. Il a le bon profil », poursuit le commandant Ribeiro. « C’est quelqu’un qui connaît bien la boutique », complète un commissaire affecté à la direction centrale de la police judiciaire.

« Quelqu’un de très professionnel »

Sorti de l’ENA en 1999, Laurent Nuñez a suivi un parcours classique au sein de la préfectorale. En 2008, il atterrit en Seine-Saint-Denis et devient directeur de cabinet de Claude Balland puis de Christian Lambert. Après un passage dans les Pyrénées-Atlantiques, il est nommé, en septembre 2012, directeur de cabinet du préfet de police de Paris, Bernard Boucault. « C’était l’ombre du préfet, quelqu’un de très professionnel, de très disponible », se souvient un commandant de police parisien. « Il connaît très bien les rouages de la préfecture de police, il a laissé un excellent souvenir, comme partout où il est passé d'ailleurs », assure de son côté Eddy Sid, porte-parole du syndicat Unité-SGP Police FO en Ile-de-France. Et de préciser: « Sa triple casquette, en tant qu'ancien de la préfecture, de la police nationale et des renseignements est indéniablement un plus.»

En 2015, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, l’envoie à Marseille pour succéder à Jean-Paul Bonnetain à la préfecture de police des Bouches-du-Rhône. Là encore, il n’a laissé que des « bons souvenirs ». Jean-Marie Allemand, représentant régional du syndicat de police Alliance, se rappelle d’un « gars accessible aux fonctionnaires, qui était à leur écoute », qui connaissait parfaitement ses dossiers et se déplaçait « sur toutes les opérations d’envergure ». Il regrette simplement qu’il ne soit pas resté plus longtemps dans le Sud. « Mais il a eu l’appel de la DGSI. »

« Nuñez va bouffer Castaner »

Un an et demi après les attentats qui ont ensanglanté Paris et Saint-Denis, Laurent Nuñez quitte la Provence et s’envole vers Levallois (Hauts-de-Seine) pour devenir patron du renseignement intérieur à la place de Patrick Calvar. Seize mois plus tard, nouveau déménagement. Place Beauvau, donc. L'homme est prêt à se mettre au travail immédiatement. Il est le premier secrétaire d’Etat nommé à l’Intérieur depuis 2012. « Quand il y a un ministre et un secrétaire d’Etat, il y en a un toujours un qui bouffe l’autre. Là, c’est Nuñez qui bouffera Castaner », prédit un syndicaliste. « Il a tous les réseaux, il aura les interlocuteurs en direct. Castaner ne saura que ce que Nuñez veut bien lui dire. »