Remaniement: Qui est Didier Guillaume, notre nouveau ministre de l’Agriculture?

GOUVERNEMENT Didier Guillaume connaît bien les dossiers mais arrivera-t-il à mettre tous les acteurs du monde agricole à la même table ?….

Fabrice Pouliquen

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Didier Guillaume succède à Stéphane Travert comme ministre de l'Agriculture.
Didier Guillaume succède à Stéphane Travert comme ministre de l'Agriculture. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Didier Guillaume, 59 ans, a été nommé ce mardi ministre de l’Agriculture.
  • Le Drômois, ancien directeur de campagne de Manuel Valls et ancien président du groupe socialiste au Sénat, succède à Stéphane Travert qui paie ses oppositions répétées avec le ministère de la Transition écologique.
  • La FNSEA, premier syndicat agricole, et France nature environnement, fédérations d’ONG écologistes, sont d’accord sur un point : Didier Guillaume connaît bien les sujets agricoles.

« J’ai décidé de quitter la vie politique »… Sur les réseaux sociaux, ce mardi matin, Didier Guillaume était beaucoup raillé pour cette petite phrase qu’il avait prononcée en janvier dernier. Le Drômois se remettait alors doucement de sa défaite, quelques mois plus tôt, face à Gérard Larcher pour accéder à la présidence du Sénat.

Une décision mûrement réfléchie, précisait-il. « Mon parcours illustre la cohérence entre mon discours et mes actes. J’ai toujours pensé, et dit, qu’il existait une vie avant et après la politique. » Las. En mai 2018, Didier Guillaume retrouvait la chambre haute du parlement. Non plus sur les bancs du groupe socialiste, qu’il a présidé d’avril 2014 à janvier 2018, mais sur ceux du groupe RDSE (Rassemblement démocratique et social européen). Et cinq mois plus tard, ce mardi donc, le voilà propulsé ministre de l’agriculture.

Faux départ politique

Cohérence entre discours et actes, disait-il… « Il faut remettre les choses dans son contexte », invite Nathalie Nieson, « grande amie » de Didier Guillaume et maire de Bourg-de-Péage dans la Drome, poste qu’a occupé le nouveau ministre de l’Agriculture près de dix ans.

En janvier dernier, Didier Guillaume était dans une mauvaise passe. Il avait été directeur de campagne de Manuel Valls largement battu à la primaire de gauche, puis réélu à une voix de différence seulement à la présidence du groupe socialiste au sénat. Dans ce contexte et alors que plusieurs élus quittaient la vie politique pour faire autre chose, le président de la Fédération française de rugby vient voir Didier Guillaume en lui proposant de prendre la présidence du comité d’organisation chargé de piloter la Coupe du monde 2023 de rugby. C’était un challenge enthousiasmant, mais on ne lui avait pas vendu un poste uniquement représentatif et bénévole. Il n’a que 59 ans. »

Un fin connaisseur des dossiers agricoles ?

Didier Guillaume ne doit pas regretter son retour à la politique. Ministre de l’agriculture, voilà longtemps qu’il en rêvait, raconte son entourage. « Ce sont des sujets qu’il aime beaucoup, il n’y a aucun doute là-dessus, raconte Philippe Doucet, député PS du Val-d’Oise, qui a côtoyé Didier Guillaume dans l’équipe Valls. Il aurait aimé, je pense, être ministre de l’agriculture sous Hollande et il aurait sans doute occupé ce poste si Manuel Valls avait été président. »

Didier Guillaume a un peu plus que « son envie » à mettre sur son CV. « Il a été conseiller politique [de 1998 à 2002] de Jean Glavany au ministère de l’Agriculture, mentionne à 20 Minutes Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, premier syndicat agricole qui se félicite ce matin de cette nouvelle nomination. Il était aussi rapporteur du projet de loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt porté sous la présidence de François Hollande. Le monde agricole le connaît bien. »

Et si Didier Guillaume n’est pas un enfant du sérail - « sa mère était institutrice et son père buraliste », précise Nathalie Nieson, il peut tout de même mettre en avant son ancrage local, dans la Drome, département qu’il a présidé d’avril 2004 à avril 2015. « Or, l’agriculture y occupe une place très importante. La Drôme fut longtemps même le premier département bio de France », rappelle la maire de Bourg-de-Péage. Un point que souligne également Michel Dubromel, président de la Fédération nationale de l’environnement : « Didier Guillaume n’est pas pour rien dans cette première place, estime-t-il. Il a beaucoup promu l’agriculture biologique dans sa région et nous attendons qu’il le fasse tout autant au niveau du ministère. »

« Renouer le contact avec le ministère de la transition écologique »

Pas simple tant le poste de ministre de l’Agriculture est délicat. Stéphane Travert en a fait les frais, débarqué du gouvernement après un an et trois mois d’exercice. « J’avais été surpris par sa nomination à ce poste, dit aujourd’hui Philippe Doucet. Souvenez-vous, à l’époque, le poste était pour Jacques Mézard, un élu issu du monde rural [Cantal]. Mais il y a eu l’affaire des Mutuelles de Bretagne impliquant Richard Ferrand et empêchant de nommer ce dernier au gouvernement. Cela a entraîné un jeu de chaises musicales. Jacques Mezard s’est retrouvé à la Cohésion du territoire et Stéphane Travert à l’Agriculture. Or, il aurait été plus calé sans doute sur les sujets "énergie". »

« Il y a sûrement eu un manque d’expertise au départ sur les dossiers », concède Michel Dubromel. Mais le président de FNE pointe surtout l’échec de Stéphane Travert à travailler en bonne intelligence avec le ministère de la Transition écologique. Son passage reste en effet marqué par ses rapports conflictuels avec Nicolas Hulot. Sur le dossier Glyphosate comme sur celui du projet de loi Agriculture et alimentation. « C’est notre première préoccupation, reprend Michel Dubromel. Retrouver des rapports normaux entre les deux ministères et remettre l’agriculture sur le chemin de la transition écologique. »

Un seul calendrier mais des acteurs aux intérêts très divergents

FNE attend particulièrement le nouveau ministre de l’Agriculture sur la loi Agriculture et alimentation. Celle-ci a d’ores et déjà été votée et déçoit beaucoup, en l’état actuel, les associations environnementales. « Nous attendons maintenant le gouvernement sur les textes d’application, ils peuvent encore sauver les meubles, glisse Michel Dubromel. Nous espérons que Didier Guillaume aura notamment le courage d’appliquer totalement la séparation le conseil et la vente des produits phytosanitaires. » Dans les chantiers à venir, le président de la FNE cite aussi la réforme de la Politique agricole commune (PAC) « qui doit remettre en question le modèle agricole dominant » ainsi que le démarrage prochain des Assises de l’eau dans le cadre desquelles « nous y demanderons l’interdiction des épandages à proximité des cours d’eau ».

Christiane Lambert a globalement le même calendrier en tête : « suite et fin de la loi Agriculture et alimentation » et « réforme de la PAC ». Mais elle ne regarde pas ses dossiers sous le même prisme. La présidente de la FNSEA attend de Didier Guillaume « qu’il travaille à restaurer la compétitivité des agriculteurs français ». « Nous nous opposons notamment à la fin des exonérations de charges pour les saisonniers agricoles, précise-t-elle. Cela coûte 144 millions d’euros à l’agriculture française. Nous espérons être soutenus par le nouveau ministre sur ce dossier. Ce sera un premier test. » Quant à la transition du modèle agricole, Chistiane Lambert demande un peu de patience : « on ne réformera pas un secteur aussi vaste que l’agriculture en un claquement de doigt ».

« Très enthousiaste », « très énergique »

Comme son prédécesseur, Didier Guillaume risque une nouvelle fois de se retrouver coincé entre les préoccupations environnementales des uns et les soucis économiques des autres. A-t-il parmi ses qualités d’être un bon conciliateur ? « C’est un homme de grande expérience politique, assure en tout cas Nathalie Nieson. Il a été renouvelé plusieurs fois à des postes qu’il a occupés, notamment à la présidence du département de la Drome. C’est bien la preuve qu’il sait faire consensus. » La maire de Bourg-de-Péage vante sinon son côté « très enthousiaste », « très « énergique ». Cela devrait être utile en effet.