Remaniement: Castaner, le fidèle de Macron au profil (presque) idéal pour le ministère de l'Intérieur

PORTRAIT Christophe Castaner, un très proche d'Emmanuel Macron, a été nommé ce mardi à la tête du ministère de l'Intérieur, mais sans le titre de ministre d'Etat, et secondé par un expert de l'antiterrorisme...

Laure Cometti (avec T. C.)
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Christophe Castaner avec Emmanuel Macron à l'Elysée, le 20 novembre 2017.
Christophe Castaner avec Emmanuel Macron à l'Elysée, le 20 novembre 2017. — Ludovic Marin/AP/SIPA
  • Christophe Castaner a été nommé ministre de l’Intérieur ce mardi par Emmanuel Macron.
  • C’est un fidèle du chef de l’Etat, devenu proche du Premier ministre Edouard Philippe, et un poids lourd de la Macronie, que le tandem exécutif a choisi pour ce ministère très sensible et exposé.
  • Il sera épaulé d’un secrétaire d’Etat au profil d’expert de la sécurité, et perd le titre de ministre d’Etat dont son prédécesseur Gérard Collomb bénéficiait.

La mine est grave, le ton solennel. Pour son premier discours en tant que ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner a troqué son habituel sourire, préférant faire sobre et court. Ce ministère régalien, « il en rêvait », selon un proche, depuis que Gérard Collomb l’avait quitté avec fracas le 2 octobre. Il l’a finalement obtenu ce mardi, après deux semaines d’attente d’un remaniement ministériel.

Un fidèle de Macron devenu indispensable

En le nommant place Beauvau, Emmanuel Macron récompense un fidèle. Longtemps député socialiste discret, Christophe Castaner a soutenu le ministre de l’Economie dès le début de son ascension vers la présidence. Il a fini par devenir incontournable au sein de la Macronie : d’abord nommé porte-parole du gouvernement après l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, il est ensuite choisi par le président pour diriger et structurer son jeune parti il y a près d’un an, en novembre 2017, tout en restant au gouvernement, comme secrétaire d’Etat en charge des relations avec le Parlement.

A 52 ans, « Casta », comme le surnomment les marcheurs, était aussi devenu proche du Premier ministre Edouard Philippe, les deux hommes s’adressant régulièrement des louanges et des bons mots par discours interposés. Sans surprise, c’est donc un pilier que le tandem exécutif a choisi pour ce ministère sensible et très politique. « Le président a voulu consolider une fidélité car il va y avoir un redécoupage des circonscriptions crucial en vue des prochaines élections », souligne Olivier Rouquan, politologue et chercheur associé au CNRS. C’est aussi un poids lourd de la Macronie, une qualité essentielle pour diriger ce ministère très exposé.

Edourd Philippe et Christophe Castaner, à l'Assemblée, le 18 septembre 2018.
Edourd Philippe et Christophe Castaner, à l'Assemblée, le 18 septembre 2018. - CHAMUSSY/SIPA

« Un kéké » en binôme avec un expert de l’antiterro

A ceux qui s’interrogent sur ses compétences en matière de sécurité, les marcheurs, comme le sénateur La République en marche (LREM) François Patriat, rappellent que ce « très proche du président » était « en charge des sujets régaliens pendant la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron ».

Mais le passé de Casta ne colle pas vraiment avec l’image du « premier flic de France ». Avant de commencer une longue carrière politique, le jeune Christophe abandonne ses études à 17 ans et vit la nuit, joue au poker, croise des figures des gangs marseillais dans la ville de Manosque. A 20 ans, il ferme cette parenthèse, passe son bac et se lance dans la politique, au Parti socialiste.

« C’est un petit kéké, je lui souhaite bien du courage parce qu’à force de se vanter de jouer aux cartes avec des voyous marseillais les journalistes vont enquêter et des casseroles vont peut-être sortir », prévient un commissaire parisien auprès de 20 Minutes. « Cazeneuve, quand il est arrivé, tout le monde était dubitatif. Pourtant c’était un des plus grands ministres de l’Intérieur qu’on a eu. Castaner peut très bien se révéler », veut croire une autre source syndicale.

Un périmètre rétréci

Comme pour faire taire d’avance les critiques, le nouveau ministre de l’Intérieur a promis ce mardi de déployer une énergie « sans repos, sans attente, sans perte de temps » à Beauvau. Il a aussi rappelé son ancrage local à travers son passé de maire, lui qui a dirigé pendant 16 ans la commune de Forcalquier. Il n’empêche que l’Elysée a nommé à Beauvau un secrétaire d’Etat au profil très technique pour épauler Christophe Castaner. Il s’agit de Laurent Nuñez, 54 ans, patron de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et ancien préfet de police des Bouches-du-Rhône.

Par ailleurs, Casta perd le titre de « ministre d’Etat » dont bénéficiait son prédécesseur et se retrouve au onzième rang protocolaire, ce qui fait réagir les syndicats de police. « On se demande pourquoi ce n’est plus un ministère d’Etat, pourquoi le ministère de l’Intérieur est passé du numéro 2 au numéro 11 », s’interroge Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie. Le ministère de la place Beauvau est aussi délesté des collectivités territoriales, confiées à la ministre Jacqueline Gourault.

Christophe Castaner, époque socialiste, avec Jean-Christophe Cambadelis le 3 octobre 2015, à Marseille.
Christophe Castaner, époque socialiste, avec Jean-Christophe Cambadelis le 3 octobre 2015, à Marseille. - BORIS HORVAT / AFP

Il va lâcher les rênes de LREM

Adepte des traits d’humour, communiquant chevronné mais parfois maladroit, Christophe Castaner est un grand « bosseur » selon plusieurs députés LREM. « Sa qualité principale, c’est sa grande intelligence, son self-control », se souvient l’ancienne porte-parole du gouvernement de Lionel Jospin, Catherine Trautmann. Christophe Castaner a été son chef de cabinet lorsqu’elle était ministre de la Culture. « J’ai pu mesurer sa résistance. C’est quelqu’un de très attentif, rapide dans l’analyse, qui a un excellent relationnel ».

Après son élection à la tête du parti macroniste, les marcheurs ne tarissaient pas d’éloges sur leur Casta. Il a annoncé ce mardi qu’il quitterait la direction de LREM. Un nouveau casse-tête se profile déjà pour Emmanuel Macron qui devra lui trouver un remplaçant.