Accusations de fraude, menaces... Comment l’élection des Jeunes Républicains a viré à la foire d’empoigne

SCRUTIN Entre 3.000 et 4.000 adhérents des Jeunes Républicains étaient invités à voter samedi pour élire le nouveau président…

Laure Cometti

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Laurent Wauquiez et Aurane Reihanian (à sa gauche), qu'il soutient pour la présidences des Jeunes Républicains, sur le Mont Mezenc le 3 septembre 2018.
Laurent Wauquiez et Aurane Reihanian (à sa gauche), qu'il soutient pour la présidences des Jeunes Républicains, sur le Mont Mezenc le 3 septembre 2018. — KONRAD K./SIPA
  • Aurane Reihanian, soutenu par le patron des Républicains Laurent Wauquiez, a battu, samedi, la liste de Charles-Henri Alloncle, qui va faire un recours auprès de la Haute autorité du parti. Les deux listes en lice s’accusent mutuellement de fraude.
  • Ce duel embarrasse les élus LR qui se seraient bien passés d’un énième scrutin interne contesté, alors que plusieurs ténors de la droite contestent déjà la gouvernance de Laurent Wauquiez.

Encore une élection interne contestée chez Les Républicains (LR). Le mouvement de jeunesse du parti a voté samedi pour élire son nouveau président. Les adhérents des Jeunes LR, environ 4.000 (selon plusieurs sources du parti), devaient départager deux listes. L’affiche promettait quelques coups : un proche de Laurent Wauquiez, Aurane Reihanian, et un ancien président des Jeunes avec Sarkozy, Charles-Henri Alloncle, briguaient la tête du mouvement, après qu’Erik Tegnér, encombrant partisan de « l'union des droites », avait échoué à concourir. Le scrutin s’est finalement déroulé sur fond d’accusations de fraude et à coups de fuite d’enregistrements audio.

Selon des résultats annoncés samedi soir par LR, la liste d’Aurane Reihanian, conseiller technique de Laurent Wauquiez à la région Auvergne-Rhône-Alpes, a remporté 58,41 % des voix, alors que 36,5 % des Jeunes LR à jour de leur cotisation se sont exprimés. Charles-Henri Alloncle a confirmé à 20 Minutes ce lundi son intention de saisir la Haute autorité du parti pour contester les résultats. A compter de ce lundi, il est possible de déposer un recours auprès de cette instance LR, sous cinq jours.

« La gêne est totale » chez LR, accuse le perdant du scrutin

« J’ai contacté à plusieurs reprises le siège du parti et l’équipe dirigeante de Laurent Wauquiez, mais c’est le silence total depuis samedi », déplore Charles-Henri Alloncle, 24 ans, dont huit de militantisme chez LR. Il constate « un silence plus que pesant », signe selon lui que « la gêne est totale » chez les cadres de droite. Selon lui, Aurane Reihanian a enfreint le règlement électoral en « utilisant le fichier national des adhérents pour leur envoyer des mails et des textos ». Dans la nuit de vendredi à samedi, jour du vote, il a aussi envoyé à plusieurs médias et élus LR un enregistrement audio dans lequel on entend son adversaire prôner de « tenter » de récupérer des identifiants d’adhérents.

Aurane Reihanian, qui n’a pas donné suite aux sollicitations de 20 Minutes ce lundi, a dénoncé samedi une « énième boule puante » et expliqué que ses propos enregistrés à son insu avaient été « tronqués et sortis de leur contexte ». Il a répliqué en accusant l’équipe de Charles-Henri Alloncle d’avoir « falsifié » l’identité de Laurent Wauquiez dans un email. « C’est un mail envoyé à quelques dizaines de militants à l’initiative personnelle des Jeunes avec Wauquiez des Bouches-du-Rhône, qui ont appelé à voter pour nous, alors que l’on n’avait rien demandé », riposte l’intéressé qui accuse le protégé de Laurent Wauquiez d'« allumer des contre-feux ». Lundi, une cinquantaine de Jeunes Républicains ont réclamé la « destitution » d’Aurane Reihanian dans une tribune publiée sur le site du Journal du dimanche.

« La politique de l’autruche n’est pas la meilleure stratégie »

Cette guerre intestine s’est invitée lors de la conférence de presse hebdomadaire du parti de Laurent Wauquiez ce lundi. Les porte-paroles ont d’abord loué « un bel exercice démocratique », avant d’être interrogés par des journalistes et un militant pro-Alloncle sur la régularité du scrutin. « Aucune fraude n’a été constatée lors du vote électronique qui s’est passé en présence d’Henri de Beauregard [le président de la Haute autorité], du prestataire extérieur spécialisé dans le vote électronique, mais également d’huissiers. L’intégrité du scrutin est totalement assurée, constatée et établie pour les deux tours », a assuré Lydia Guirous, qui a soutenu la liste d’Aurane Reihanian.

Reste que cet épisode ne va pas redorer le blason des Jeunes LR, qui ont déjà connu des élections internes agitées, comme celle de 2008 lorsque la liste d’Aurore Bergé (désormais députée macroniste), avait dû, sous « forte pression », fusionner avec celle du futur vainqueur.

Le député LR Pierre-Henri Dumont, qui a tweeté samedi son soutien à la liste de Charles-Henri Alloncle, déplore un déroulé du vote « évidemment dommageable » pour l’image du parti. « Je ne suis pas convaincu que la politique de l’autruche soit la meilleure stratégie », souligne-t-il, tout en concédant que « le parti ne peut pas réagir puisqu’il est l’organisateur du scrutin ». S’il ne doute pas de la sincérité du scrutin, il « regrette l’absence de délégués de liste lors du dépouillement » et le « temps mis à communiquer les résultats », qui jettent la « suspicion » sur le résultat du vote.

Le perdant « cherche à régler des comptes »

Dans l’entourage du patron du parti, on se serait bien passé de cet épisode. « Envoyer un mail samedi, le jour du vote, avec un enregistrement dans lequel il n’y a pas grand-chose… La ficelle est un peu grosse », balaie la députée Virginie Duby-Muller. « S’il y a eu fraude, on ne peut le cautionner », assure-t-elle en renvoyant à un éventuel avis de la Haute autorité du parti. « Mais aucune irrégularité n’a été relevée pendant le scrutin, et avec le vote électronique, la fraude n’est pas possible, chaque Jeune LR avait un identifiant unique », veut-elle croire.

« C’est plus un règlement de comptes de la part de la liste qui pensait qu’elle allait perdre », assène la présidente de la fédération LR de Haute-Savoie. Quant aux résultats du scrutin publiés plus de trois heures après la clôture du vote en ligne, elle les attribue au prestataire : « Je me suis aussi étonnée de ce long délai, mais il était dû à un problème de compatibilité du document des résultats ».

Pour les opposants de Laurant Wauquiez au sein du parti, ce scrutin contesté offre une opportunité de l’attaquer. Florence Portelli, battue par Laurent Wauquiez lors de l’élection pour la présidence du parti, a tweeté ce lundi que « la fraude possible lors du scrutin […] ne peut être passée sous silence ».

De 20.000 à 4.000 adhérents en 4 ans

« Qu’est-ce que vous voulez qu’il fasse maintenant, Aurane ? Il est cramé », estime un dirigeant LR cité par l’AFP. « L’image d’Aurane Reihanian est trop écornée, il ne peut pas assumer son rôle », abonde Charles Henri Alloncle. « Ce serait malsain d’accepter ce résultat, ce serait soutenir ce genre de pratiques. Si on en vient à ça à 25 ans, qu’est-ce que ça sera plus tard… »

Pour le député Pierre-Henri Dumont, le problème est ailleurs : « On était 20.000 Jeunes Pop' en 2015, aujourd’hui ils ne sont plus que 4.000, et Fillon a fait 9 % chez les jeunes à la présidentielle. Ce n’est pas avec ce doute instauré [sur l’élection du patron des Jeunes LR] qu’on va réussir à augmenter le nombre d’adhérents », s’inquiète-t-il, les yeux déjà rivés sur la présidentielle de 2022.