Les hésitations autour du remaniement nuisent-elles à Emmanuel Macron?

POLITIQUE Le remaniement n'interviendra finalement pas avant la fin de semaine...

T.L.G.
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Ludovic Marin/AP/SIPA
  • Après plusieurs jours d'hésitation, l'Elysée a finalement annoncé que le remaniement ne se ferait pas avant vendredi.
  • Ces errements  de l'exécutif ont été dénoncés dans l'opposition et pourraient nuire à la majorité.

Il n’y avait plus de doute : ce devait être pour ce matin. Après des jours d’atermoiement, le monde médiatico-politique attendait l’annonce du nouveau gouvernement. Mais d’annonce, il n’y eut point. A la place, un communiqué tout mince de l’Elysée :

Emmanuel Macron « souhaite prendre tout le temps nécessaire, dans le calme, le professionnalisme et le respect des personnes, à la composition d’une équipe cohérente et de qualité au service des Français ». Un calme surprenant, car depuis quelques jours, la majorité avait fait monter la mayo. Benjamin Griveaux d’abord, en promettant le 3 octobre que le remplacement de Gérard Collomb serait « l’affaire de quelques jours ».

Nicole Belloubet estimait, elle, dimanche qu'« évidemment ce sera pour avant mercredi ». La ministre de la Justice annonçait avec le même aplomb deux jours plus tard que le remaniement se fera « dans la journée ». Raté.

« Au gouvernement, personne ne sait rien »

Même le premier apôtre de la macronie a semblé nager dans le potage. « Il faudra que le nouveau gouvernement demande la confiance. C’est une indispensable marque de respect due à la représentation nationale », lâchait Ferrand au JDD. Mais mardi, la présidence assurait qu’il n’y aurait pas de démission, éloignant toute prise de parole d’Edouard Philippe. « Il faut croire qu’il n’y aura pas de remaniement de vaste ampleur », reprenait un Ferrand embêté ce mercredi matin. Patatras : l’Elysée annonçait l’inverse quelques heures plus tard.

« J’étais ce matin avec un ministre de premier plan. Au gouvernement, personne ne sait rien. Je ne comprends pas pourquoi ils attendent, personne ne comprend », s’étonne un proche d’Emmanuel Macron. L’opposition n’a pas manqué de torpiller l’exécutif sur ces errements. « Sidérant bazar. Ni pilote, ni équipage ! », a tweeté Jean-Luc Mélenchon. « On nous avait promis un gouvernement de second souffle. Pas encore né il paraît déjà essoufflé », écrivait Bruno Retailleau, le patron LR au Sénat.

Un charme rompu ?

« L’opération de communication élyséenne est loupée. Tout le monde comprend que ça ne se passe pas comme prévu. Emmanuel Macron paye ici l’addition d’un été difficile, avec l’affaire Benalla, et les démissions de deux ministres d’Etat [Hulot et Collomb] », note Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut de conseils et d’études Polling Vox.

« Pour l’opinion publique, ce ne sera pas un tournant. Cela confirmera ce que chacun pense déjà du président, avance le politologue. Mais ce sera plus décisif pour les élus qui hésitaient à prendre l’étiquette En marche pour les municipales de 2020. L’attraction que suscitait LREM sur les appareils LR ou PS s’est affaiblie avec ces signes de dysfonctionnement ».

Comme un symbole, l’exécutif aurait essuyé au moins cinq refus d’entrée au gouvernement, notamment pour le ministère de l’Intérieur et celui de la Culture, rapporte RTL.