Lyon: Après la démission du gouvernement de Gérard Collomb, le ville est-elle encore la capitale de la Macronie?

MAJORITE Le départ de Gérard Collomb du gouvernement affaiblit Emmanuel Macron et pose question à l'approche des prochaines échéances électorales à Lyon...

Caroline Girardon

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Gérard Collomb a été nommé ministre de l'Intérieur par Emmanuel Macron en mai 2017.
Gérard Collomb a été nommé ministre de l'Intérieur par Emmanuel Macron en mai 2017. — Jacques Witt/SIPA
  • Le divorce entre Emmanuel Macron et Gérard Collomb pose question à l’approche des prochaines échéances électorales.
  • Lyon peut-elle rester capitale de la Macronie ?
  • Si certains considèrent qu’il y a suffisamment de talents pour reprendre le flambeau de LREM à Lyon, d’autres pensent que le départ de Gérard Collomb est « une perte gigantesque ».

La lune de miel aura duré un peu plus de 18 mois. Mais aujourd’hui, le divorce semble en passe d’être définitivement consommé. Après avoir porté aux nues Emmanuel Macron, Gérard Collomb a fini par lui tourner le dos. Une réaction qui en a surpris plus d’un. « C’est un peu comme s’il avait réagi tel un père ne supportant plus ce fils semblant lui échapper », glisse-t-on dans l’entourage de l’élu.

L’ancien ministre de l’Intérieur a donc claqué la porte du gouvernement pour retourner aux affaires à Lyon, sa ville chérie. « Un coup de poignard dans le dos », souffle un proche. Son départ fragilise grandement La République En marche, affaiblit Emmanuel Macron et pose question à l’approche des prochaines échéances électorales. Lyon est-elle encore la Capitale de la Macronie ? Les élus qui ont souvent fait allégeance à Gérard Collomb, ont-ils les moyens de s’émanciper alors que ce dernier a déclaré le 4 octobre qu’il refusait, pour les municipales de 2020, d’être affilié à un parti, même s’il s’agit de la formation du chef de l’Etat.

« Une forêt de talents »

« Il n’y a aucune ambiguïté sur le fait que Lyon restera le creuset de la Macronie. Depuis très longtemps, la philosophie de cette ville consiste à faire les choses dans l’intérêt commun en allant au-delà des postures politiques », répond Bruno Bonnell, député LREM de la 6ème circonscription du Rhône. Et d’ajouter : « Le mouvement en marche n’est pas une idéologie mais une méthode qui veut que tout le monde s’assoie autour de la table et accepte de faire des concessions pour atteindre un objectif commun. »

« Il y a à Lyon un grand arbre politique, Gérard Collomb, derrière lequel se cache une forêt de talents », estime l’élu affirmant qu’il « existe une marque Collomb à Lyon ». « Il est à la politique lyonnaise ce qu’était Bocuse à la gastronomie. C’est un rassembleur, un référent, une marque que l’on respecte. En termes de notoriété et d’image, il est à des kilomètres de n’importe quel autre compétiteur », ajoute-t-il. Et cela, la République en marche le sait bien.

« Une perte gigantesque »

« On ne va pas se mentir : les instances à Paris n’envisagent pas de mettre Gérard Collomb sur la touche. Elles ont compris qui il était. Elles ne vont certes pas lui faire un chèque en blanc mais elles ne peuvent pas se permettre de perdre une ville comme Lyon », souligne un Marcheur du Rhône.

« Il a été l’un des premiers à quitter le PS pour rejoindre LREM. Il est l’un des fers de lance du mouvement. Il faudra composer avec lui d’une manière ou d’une autre », reconnaît un cadre parisien du mouvement, concédant que le départ de Gérard Collomb « est une perte gigantesque ». « LREM est un jeune mouvement qui n’a de fait pas de structures assez solides. Gérard Collomb a un poids important dans le mouvement. Dans un autre contexte, son départ du gouvernement aurait pu être sanctionné. Mais là, le système fait qu’on ne peut pas se retourner contre lui », ajoute-t-il, précisant que « la situation actuelle est très complexe ». D’autant plus complexe que la référente du mouvement en marche dans le Rhône est actuellement, Caroline Collomb, l’épouse de l’ancien ministre de l’Intérieur.

Caroline Collomb, fortement décriée

Difficile d’imaginer qu’elle puisse tenir son rôle jusqu’aux municipales. « Mais de quel droit pourrait-on lui refuser d’être la référente du mouvement sous prétexte qu’elle est la "femme de" », s’interroge ce cadre. A Lyon, la personnalité et le comportement de la jeune femme en agacent pourtant plus d’un.

« La majorité silencieuse des Marcheurs, à savoir les gens de l’ombre, sont très critiques vis-à-vis d’elle, souffle l’un d’entre eux. Elle provoque des tensions et elle a réussi à faire l’unanimité contre elle. » Le fait qu’elle a récemment refusée de saluer un cadre, arrivé en retard au meeting LREM du 29 septembre Lyon et ne l’ait pas nommé dans son discours, a fait grincer des dents à Paris.

Dans les allées de la Capitale, il se murmure même qu’elle serait à l’origine du départ de son mari et qu’elle aurait contribué à dégrader les relations qu’il entretenait avec ses collaborateurs. « Personne n’est dupe sur la vie d’intrigue qu’elle menait à Beauvau. Emmanuel Macron lui-même n’imaginait pas que Gérard Collomb puisse prendre une décision aussi folle. Cela relève de l’irrationalité », plaide un proche.

A Lyon, peu de voix officielles se sont élevées contre le retour de Gérard Collomb. Jean-Michel Daclin, ancien adjoint désormais retiré de la vie politique, a fait circuler sous le manteau une lettre à signer demandant que le principal intéressé se retire de la vie politique. « Dans ce contexte-là, il est fort probable qu’il se présente sous une liste sans étiquette, une liste P.R.A.D.E.L comme l’a fait en son temps Louis Pradel », conclut un observateur de la vie politique. Une chose est sûre, il ne pourra pas non plus compter sur le PS. La fédération du Rhône a de son côté clairement indiqué dans un communiqué de presse « qu’il n’est pas question pour elle de travailler à un rapprochement avec Gérard Collomb ».