Le secrétaire national du PCF Pierre Laurent lors d'un déplacement unitaire (de la gauche) en soutien aux cheminots grévistes à Woincourt (Somme) le 5 avril 2018.
Le secrétaire national du PCF Pierre Laurent lors d'un déplacement unitaire (de la gauche) en soutien aux cheminots grévistes à Woincourt (Somme) le 5 avril 2018. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

POLITIQUE

PCF: La direction est désavouée avant son congrès (et c'est une première)

La proposition de «base commune» du secrétaire national Pierre Laurent a été battue par un texte alternatif ce samedi à l’issue du vote des adhérents…

Coup de tonnerre au PCF : le secrétaire national Pierre Laurent a vu sa proposition de « base commune » battue par un texte alternatif ce samedi lors du vote des adhérents. Un camouflet retentissant et inédit, à quelques jours du congrès extraordinaire qui se tiendra du 23 au 25 novembre à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Habituellement, le texte proposé par la direction réalise des scores hégémoniques, dignes de la culture de consensus du parti. Mais cette fois-ci, il n’a récolté que 37,99 % des suffrages exprimés.

Les près de 31.000 adhérents qui ont voté de jeudi à samedi ont choisi de placer en tête, avec 42,15 % des suffrages exprimés, « le Manifeste pour un PCF du 21e siècle » soutenu notamment par le patron des députés communistes André Chassaigne. Son texte devient la nouvelle « base commune », qui sera enrichie avant et pendant le congrès

« Nouvelle ambition »

« J’en prends acte », a réagi le numéro un du Parti communiste, qui note « des résultats partagés » et « pas de majorité pour avancer ». « Les semaines qui viennent nous appellent toutes et tous au travail commun. Nous avons devant nous un immense débat (…), j’y mettrai toute mon énergie », a-t-il ajouté.

André Chassaigne, pour sa part, s’est réjoui d’un « signal fort » témoignant d’une « nouvelle ambition ». Selon l’élu du Puy-de-Dôme, « au soir de ce vote, le PCF est dans une situation inédite : pour la première fois de notre histoire, le texte présenté par le conseil national n’est pas retenu ».

Choix stratégiques condamnés

Les choix stratégiques de la direction ces dernières années sont condamnés, non plus seulement par quelques cadres, mais par la majorité du parti.

En effet, le « Manifeste » vilipende la « délégation » par le PCF, de 2012 à 2017, de « la prise d’initiatives populaires à Jean-Luc Mélenchon », dans le cadre du Front de gauche.

Le texte regrette aussi que le PCF n’ait pas présenté de candidat à l’élection présidentielle de 2017 et ait fini par soutenir M. Mélenchon, sans participer à sa campagne - une période très mal vécue par les militants communistes.

« On ne peut plus commencer par la recherche d’entente au sommet » et de « campagnes communes », peut-on lire dans le « Manifeste ». « Cette façon de décréter une unité par le haut corsète l’initiative d’action et de proposition du PCF. Elle rabaisse le niveau des exigences et le besoin de cohérence à partager le plus largement pour gagner. »

Pierre Laurent devra-t-il donc partir ? « Ça lui donne une grande responsabilité, de donner les conditions pour que les communistes restent unis après le congrès », a jugé auprès de l’AFP Fabien Roussel, député du Nord et soutien du « Manifeste ».

Le vote dénote « un besoin de changement et d’avoir une orientation : savoir où on va. Notre texte donne un sens », a-t-il affirmé.

« Revenir aux fondamentaux »

André Chassaigne avait affirmé à l’AFP, lors de la Fête de l’Humanité, vouloir avant tout que l’identité communiste soit restaurée : « Nous devons dire haut et fort que nous sommes communistes, il faut revenir aux fondamentaux. Ce n’est pas un repli sur soi, puisqu’au contraire par nature le communisme c’est l’ouverture aux autres ».

« Beaucoup de communistes ont voulu envoyer le message de l’exigence, de l’urgence d’une réaffirmation du parti, qui doit être plus influent et se réinstaller dans le paysage politique », a admis samedi Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF.

Constatant une situation « inédite », ce soutien de Pierre Laurent souligne cependant que « c’est sur la question du rassemblement que les choses vont se jouer » dans le débat qui s’ouvre. Et « Pierre Laurent, par son expérience, a des choses fortes à dire sur le sujet ».

Ainsi, l’écart relativement faible entre les deux textes pourrait laisser à la direction actuelle une grande place dans les discussions à venir.