Bordeaux: Le coup de gueule du président de la Gironde contre le projet de «super-métropoles» d’Emmanuel Macron

COLLECTIVITES Emmanuel Macron a rencontré en début de semaine les présidents des cinq métropoles qui pourraient voir leurs compétences fusionner avec celles des départements, dans le but de renforcer leur attractivité…

Mickaël Bosredon

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Le 3 mars 2017, Jean-Luc Gleyze, président du conseil départemental de la Gironde
Le 3 mars 2017, Jean-Luc Gleyze, président du conseil départemental de la Gironde — M.Bosredon/20Minutes
  • La colère d’élus de proximité contre le projet d’Emmanuel Macron de fusionner cinq grandes métropoles avec leurs départements commence à monter.
  • Le président de la Gironde Jean-Luc Gleyze entend prendre la tête de ce mouvement et organise un rassemblement le 13 octobre.
  • Derrière cette réforme, il dit percevoir une véritable menace contre les communes et les départements.

Il est « très remonté » et « très en colère. » Le président PS du conseil départemental de la Gironde, Jean-Luc Gleyze, pousse un énorme coup de gueule contre le projet du président Emmanuel Macron, de fusionner cinq grandes métropoles avec leurs départements. Outre la métropole de Bordeaux, celles de Toulouse, Nantes, Lille et Nice sont concernées. La fusion a déjà été actée à Lyon, et est en cours à Marseille.

Dans ces territoires métropolitains, Emmanuel Macron souhaite fusionner les instances départementales et communales, afin de mieux coordonner les politiques publiques en évitant les doublons. Ces « super-métropoles » récupéreraient ainsi les compétences des conseils départementaux, par exemple en matière de collèges ou de politique sociale, quand les départements ne géreraient plus que les zones rurales et périurbaines.

« Le modèle lyonnais n’est pas duplicable »

Le président de la République a reçu à ce sujet les cinq présidents de métropole concernés, dont Alain Juppé, en début de semaine. Ce qui a fait bondir Jean-Luc Gleyze. Dans un entretien à 20 Minutes ce vendredi, il estime « inadmissible qu’un président de la République puisse envisager un projet comme celui-là en consultant simplement les présidents de métropole, et sans demander leur avis aux présidents des départements. D’autant plus que le Premier ministre avait dit il y a un an à Marseille que rien ne se ferait sans un accord conjoint de toutes les collectivités. »

Cela, c’est pour la forme. Mais sur le fond, le président de la Gironde est tout aussi farouchement opposé au projet. « On nous avance que cela fonctionne à Lyon. Mais cela n’a rien à voir : trois quarts de la population du Rhône vivent sur l’agglomération lyonnaise, alors qu’il ne s’agit que de la moitié concernant la métropole de Bordeaux, qui est de surcroît située géographiquement au cœur du département. Le modèle lyonnais n’est pas duplicable. »

Pour l’élu, il se poserait aussi un problème « d’égalité et d’équité de traitement » entre les habitants d’un même département, selon qu’ils vivent sur le territoire de la métropole ou pas, si ce projet était adopté.

Juppé pas demandeur, mais « pas hostile »

A l’issue de sa réunion avec Emmanuel Macron, Alain Juppé avait dit de son côté qu’il n’était pas demandeur de cette fusion, mais « pas hostile » non plus, notant que la réforme pourrait « dynamiser encore plus les métropoles. » Dans une interview à Sud Ouest, il y met cependant deux conditions : que les métropoles ne récupèrent pas des compétences comme celles du RSA et des prestations sociales si celles-ci n’ont pas été au préalable intégralement remboursées par l’Etat, et que les communes conservent leur liberté, pour ne pas se faire imposer des projets par la métropole. « Il mesure la difficulté de l’exercice, et ne souhaite pas que les métropoles récupèrent un reste à charge des départements », commente Jean-Luc Gleyze.

Pour le président du département, « c’est le devenir de collectivités de proximité comme les communes et les départements » qui est en jeu derrière cette réforme. C’est ainsi qu’il organise le 13 octobre à 11h, à l’immeuble Gironde (cours du Maréchal-Juin), un rassemblement ouvert au public pour faire porter la voix de ces élus. L’association des départements de France, des présidents de conseil départementaux, le président du conseil régional Nouvelle Aquitaine Alain Rousset, le président du Sénat Gérard Larcher, devraient se joindre à cet appel. « C’est un peu le ras-le-bol, là » souffle l’élu…