«Je ne pensais pas que mon départ provoquerait ce choc-là»… Gérard Collomb revient sur sa démission «imposée»

MINISTERE Après deux lettres de démission, Gérard Collomb a quitté ses fonctions de ministre de l'Intérieur mercredi pour retourner à la tête de la ville de Lyon...

L.Br.

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Gérard Collomb le 20 septembre 2018, en Seine-Saint-Denis.
Gérard Collomb le 20 septembre 2018, en Seine-Saint-Denis. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Gérard Collomb a reçu Jean-Pierre Elkkabach pour CNews ce jeudi à l’Hôtel de Fourvière à Lyon, ville dont il doit redevenir le maire jusqu’aux prochaines élections municipales. L’ancien ministre de l’Intérieur a quitté ses fonctions mercredi, après deux lettres de démission envoyées à Emmanuel Macron dans la semaine. Il est revenu auprès du journaliste sur les causes de ce départ et sur ses relations avec le président.

« Je ne pensais pas à vrai dire que [mon départ] provoquerait ce choc-là », s’est étonné Gérard Collomb. « Je ne voulais pas que ma problématique déstabilise l’institution car l’institution police-gendarmerie est essentielle et doit fonctionner », a expliqué l'ex-ministre.

Une annonce sortie « un peu trop tôt »

Gérard Collomb est revenu sur les circonstances de «sa démission imposée». Mercredi, l'ancien proche d'Emmanuel Macron a donné ses pouvoirs de ministre de l’Intérieur mercredi à son successeur par intérim, le Premier ministre Edouard Philippe, au terme d’une passation de pouvoirs glaciale. Dans son discours, jamais le nom d’Emmanuel Macron n’a été évoqué. D'après le futur maire de Lyon, lorsque les deux hommes se sont entretenus lundi, à l’issue de l’annonce de sa première demande de démission, le président lui a demandé de rester.

L'ancien ministre de l'Intérieur a confié qu'à l’issue de cet entretien, il « est encore dans le doute » et explique au président qu’il annoncera sa décision finale le lendemain dans le Figaro : son départ, donc. Selon lui, le journal annonce la nouvelle « un peu trop tôt » à son goût, alors qu’Edouard Philippe est encore en train de le défendre devant les députés à l’Assemblée nationale. « Je comprends qu’il ait été en difficulté à ce moment-là. L’annonce ne devait sortir qu’à 18 heures, elle est sortie plus tôt. Nous nous sommes expliqués et je me suis excusé auprès de lui », a-t-il raconté.

Basculement sur « plusieurs décisions »

Egalement interrogé sur l’affaire Benalla, qu’il avait juré ne pas connaître, Gérard Collomb estime avoir été « juste » et « précis » lors de son audition par la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale. « Bien sur que j’avais vu Benalla ! J’ai toujours pensé que c’était un officier de police chargé de la sécurité du président. Personne ne me détaille qui est qui. Il n’était pas sur l’annuaire officiel. » Le « froid » n’est pas né de cette affaire, insiste-t-il, contrairement à ce qu'affirment certains bruits de couloir.

Pour Gérard Collomb, le basculement s’est joué sur plusieurs décisions de l’exécutif, avec lesquelles il n’était pas d’accord. « Sur un certain nombre de sujets, il y a eu une accumulation d’annonces qui ont fait qu’on n’était pas dans la bonne direction. » Il cite l’exemple de la réforme des retraites et des collectivités locales.

« Esprit de cour »

L’ex-ministre a également dénoncé sur CNews l'« esprit de cour » qui « enferme » la présidence. « Le plus précieux pour un dirigeant, c’est d’avoir des femmes et des hommes autour de lui qui lui disent ce qui va et ce qui ne va pas. » La part de responsabilité d’Emmanuel Macron dans cette démission, c’est « peut-être de ne pas avoir cette écoute. Mais c’est la responsabilité de ses fonctions », a-t-il ajouté. Gérard Collomb est également revenu sur sa relation avec Brigitte Macron, toujours au beau fixe, sourit-il. « On s’appelle toujours Brigitte et Gérard, elle m’appelle même "Gégé" ».

Selon lui, tout lien n’a pas été coupé avec le président. « J’ai pris des positions certes fortes mais je continue à converser avec le président de la République. » Avant d’ajouter : « Emmanuel Macron est plutôt sur une pente où il est en train de redresser les choses », a-t-il insisté, défendant son bilan. « Nous aurons des rencontres plus tôt que vous ne le pensez », a conclu Gérard Collomb, laissant à penser qu’une entrevue entre le président et l'ancien ministre est déjà planifiée dans l’agenda de l’Elysée.