Ce que la démission de Collomb révèle des faiblesses de la Macronie

POLITIQUE Gérard Collomb a finalement réussi à imposer sa démission à Emmanuel Macron et il a fait ses adieux à Beauvau ce mercredi…

Laure Cometti

— 

Edouard Philippe et Gérard Collomb lors de la passation de pouvoir place Beauvau, le 3 octobre 2018.
Edouard Philippe et Gérard Collomb lors de la passation de pouvoir place Beauvau, le 3 octobre 2018. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Avec la démission de Gérard Collomb, Emmanuel Macron a perdu le contrôle des horloges, pour la deuxième fois après le départ surprise de Nicolas Hulot.
  • Au sein du mouvement macroniste, les candidats pour succéder au ministre de l’Intérieur ne sont pas si nombreux, et le président devra peut-être piocher à droite ou à gauche pour trouver le nouveau premier flic de France.
  • En filigrane, le départ de Gérard Collomb révèle donc quelques faiblesses du mouvement présidentiel et de la gouvernance Macron.

Gérard Collomb a dû encore attendre quelques minutes, planté sur le perron du ministère qu’il souhaitait tant quitter. Le Premier ministre est arrivé un peu en retard ce mercredi pour prendre en charge l’intérim du ministre de l’Intérieur qui retourne à Lyon, où il espère être réélu en 2020. Après avoir essayé de retenir le premier flic de France, l’Elysée a finalement accepté sa démission mardi soir, tard.

La passation de pouvoir entre Edouard Philippe, transfuge de la droite, et Gérard Collomb, ex-socialiste et soutien de la première heure d’Emmanuel Macron, visiblement improvisée, n’a duré qu’une vingtaine de minutes et n’a pas dissipé le sentiment de malaise au sein de l’exécutif. Le départ du ministre de l’Intérieur révèle en effet plusieurs faiblesses du système Macron.

L’Elysée n’est plus « maître des horloges »

Emmanuel Macron l’a dit à ses ministres ce mercredi, lors du premier Conseil sans le doyen, il n’y a « pas de crise politique », a rapporté le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. « Chacun doit être pleinement concentré à sa tâche », a demandé le président. Mais dans certains ministères, les rumeurs d’un remaniement plus large qu’un simple remplacement de Gérard Collomb vont bon train. « Aucun ministre n’est à l’abri », selon des propos d’un membre d’un cabinet rapportés à 20 Minutes. Pour la députée LREM Sonia Krimi, « la démission de Gérard Collomb n’est pas anodine. Quand un membre de l’équipe s’en va, ça affaiblit toute l’équipe. Il ne faut pas se mentir », a-t-elle déclaré à LCI.

Alors qu’Emmanuel Macron voulait rester maître des horloges, il se voit imposer le tempo par le ministre dont il est le plus proche, pour la deuxième fois après la démission surprise de Nicolas Hulot. Le départ de Gérard Collomb, qu’Emmanuel Macron a tenté de retenir en vain, est la « deuxième négation de l’autorité hiérarchique du président », analyse auprès de 20 Minutes Chloé Morin, chargée de projets internationaux chez IPSOS et directrice de l’Observatoire de l’Opinion de la Fondation Jean Jaurès. « Il est mis devant le fait accompli, qui plus est par l’un de ses plus proches, un des fondateurs du macronisme. Cela envoie un signal de flottement, d’un défaut de maîtrise des événements », poursuit la politologue.

L’absence de cadres politiques de l’envergure de Collomb en Macronie

Trouver un remplaçant à Gérard Collomb est une tâche délicate. « C’est l’inconvénient du renouvellement, le mouvement macroniste est jeune et peu expérimenté, il compte des cadres issus d’autres partis, mais il a des difficultés de ressources humaines, observe Chloé Morin. Ce problème s’est déjà posé pour remplacer Nicolas Hulot, et il se pose actuellement d’autant plus que le poste de ministre de l’Intérieur est très sensible ».

Les macronistes contactés par 20 Minutes assurent pourtant que les potentiels successeurs au Lyonnais sont nombreux. Pour le député du Rhône Bruno Bonnell, « ce grand arbre politique qu’est Gérard Collomb cache une forêt de talents qui vont émerger ». Pour François Patriat, sénateur de la Côte d’or, « il y a dans la majorité suffisamment de poids lourds, de gens qui ont le calibre pour lui succéder ». Mais en off, un proche d’Emmanuel Macron indique au Figaro  que « cela montre une chose : nos ressources humaines ne sont malheureusement pas extensibles… ».

Le retour de l'« ancien monde » ?

Autre faiblesse mise à jour par cette démission rocambolesque, les promesses de « nouveau monde » sur lesquels les macronistes ont été élus au cours de l’année 2017 sont-elles toujours d’actualité ? Le retour à Lyon de Gérard Collomb, 71 ans et élu au conseil municipal depuis 1977, « est complètement contradictoire avec l’identité du macronisme, qui affirme que la politique ne doit pas être une carrière et que personne n’est indispensable. Collomb bafoue ce principe », note Chloé Morin.

Mais il est « essentiel d’un point de vue symbolique de conserver Lyon lors des prochaines municipales, et LREM va avoir besoin de prises de guerre, ils ne peuvent pas se permettre de perdre cette ville », poursuit-elle. Et les macronistes le reconnaissent eux-mêmes, ils n’ont pas de réseau d’élus locaux suffisamment solide. « On a un boulot énorme avant les municipales », reconnaît un cadre.