VIDEO Que retenir du passage de Gérard Collomb au ministère de l'Intérieur?

BILAN Resté un an et demi à la tête du ministère de l’Intérieur, Gérard Collomb a été l’artisan de plusieurs réformes majeures ayant fait l’objet de nombreux débats…

Hélène Sergent

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Le ministre de l'Intérieur Gerard Collomb devant l'Elysée le 22 août 2018.
Le ministre de l'Intérieur Gerard Collomb devant l'Elysée le 22 août 2018. — SIPA
  • Au lendemain d’un premier refus, Emmanuel Macron, dans la tourmente depuis la rentrée, a fini par accepter mardi soir la démission du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb.
  • Toujours très impliqué dans la gestion de Lyon qu’il a administré pendant des années, l’ex-ministre a mené en parallèle plusieurs réformes controversées.
  • Deux lois ont fait l’objet de débats houleux à l’Assemblée, au Sénat et au sein même de la société.

Fidèle parmi les fidèles, l’ex-socialiste Gérard Collomb est devenu depuis mardi soir l'ex-ministre de l'Intérieur. Proche d’Emmanuel Macron, le Lyonnais a été nommé à ce poste régalien et central du gouvernement dès l’arrivée du « marcheur » au pouvoir en mai 2017. Déstabilisé par l'affaire Benalla au début de l’été puis animé par sa future candidature à la mairie de Lyon qu’il a longtemps administré avant d’arriver Place Beauvau, Gérard Collomb n’aura tenu qu’un an et demi au sein de son ministère.

Peu apprécié des milieux préfectoraux où l’homme de 71 ans est surnommé « son altesse sénilissime », comme le rapportait Le Parisien en novembre dernier et souvent critiqué pour sa trop grande implication à Lyon, Gérard Collomb a été l’un des ministres les plus exposés en ce début de quinquennat. Que peut-on retenir de son court passage au ministère de l’Intérieur ? 20 Minutes fait le point.

  • La loi antiterroriste, première controverse

Grande absente du projet du candidat Emmanuel Macron, la loi antiterroriste est le premier texte porté par Gérard Collomb dès l’été 2017. Visant à mettre fin à l’état d’urgence, cette loi jugée très sécuritaire par les syndicats de magistrats et par les associations de défense des libertés individuelles est également la première à fissurer la jeune majorité en Marche. Perquisitions administratives, assignation à résidence, périmètres de protection ou fermeture temporaire des lieux de culte, le texte est perçu par les professionnels du droit comme la transposition «pure et simple» de l'état d'urgence - un état d’exception par définition - dans notre droit commun. Inflexible sur le fond, Gérard Collomb parviendra à faire adopter le texte à l’Assemblée nationale et au Sénat

  • La loi « asile et immigration », à droite toute !

Trop laxiste pour la droite, « inhumaine » pour la gauche, le texte débattu en avril dernier dans l’Hémicycle représente l’autre texte majeur porté le ministre en ce début de quinquennat. Dès son ébauche dans le courant de l’été, le texte a suscité un tollé auprès des associations d’aide aux étrangers. La présentation de sa version définitive en Conseil des ministres a, elle, provoqué une grève rarissime des agents de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et des agents de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA).

Symboliquement, c’est le premier texte à l’origine de divisions majeures parmi les députés de la majorité. Ainsi, une frange de députés ancrés plus à gauche critiquent ouvertement le projet lors des débats avant d'être sévèrement recadrés par le patron des marcheurs, Richard Ferrand. Comme pour la loi antiterroriste, des modifications seront apportées à la marge. Associations comme élus de l’opposition dénonceront « l’autoritarisme » et la surdité du ministre pour faire évoluer le texte.

Les points les plus débattus du texte, comme l’allongement de la durée maximale de rétention de 45 à 90 jours et le passage de 120 à 90 jours du délai accordé aux étrangers pour déposer une demande à compter de leur entrée en France, ont ainsi été conservés.

  • La police de sécurité du quotidien

Gérard Collomb n’avait pas peur d’user de superlatifs pour vanter cette réforme. Tout simplement présenté comme une « révolution » par l’ex-ministre, ce projet a été lancé en grande pompe en février 2018. Synonyme selon l’ancien maire de Lyon de la fin de la « politique du chiffre », la PSQ, ou police de sécurité du quotidien, a été le fruit d’une « grande consultation » menée auprès des acteurs de terrain. Une « méthode » et une « philosophie » censées illustrer au mieux la « méthode Macron ».

En réalité, le déploiement d’ici à décembre de 300 fonctionnaires supplémentaires dans une quinzaine de quartiers sensibles, puis une deuxième vague de renforts de 300 autres agents dans 15 nouveaux sites avant juin 2019 peine à convaincre les syndicats de policiers qui dénoncent un manque d’effectif « systémique ». « Police sur-mesure », « mieux équipée », « davantage connectée », « plus proche des attentes de nos concitoyens » ou « plus partenariale », ce projet se heurte aux revendications des représentants des forces de l’ordre qui jugent cette réforme utopique au regard de la réalité des moyens qui leur sont alloués.