Remplacer Gérard Collomb au ministère de l'Intérieur, un casse-tête pour Emmanuel Macron?

MERCATO Le chef de l'Etat a fini par accepter la démission de son ministre de l'Intérieur...

Laure Cometti

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Gérard Collomb le 20 septembre 2018, en Seine-Saint-Denis.
Gérard Collomb le 20 septembre 2018, en Seine-Saint-Denis. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Emmanuel Macron a accepté la démission de son ministre de l’Intérieur dans la nuit de mardi à mercredi.
  • Le chef de l’Etat l’avait d’abord refusée, mais Gérard Collomb a insisté et obtenu gain de cause.
  • Edouard Philippe va assurer l’intérim à l’Intérieur et a annulé son voyage officiel en Afrique du Sud prévu jeudi et vendredi.

EDIT : Cet article a été mis à jour ce mercredi avec la démission de Gérard Collomb acceptée dans la nuit de mardi à mercredi par Emmanuel Macron. C'est Edouard Philippe qui va assurer l'intérim à l'Intérieur.

L’épineuse question de la succession de Gérard Collomb au ministère de l’Intérieur se pose beaucoup plus tôt que prévu. Deux semaines après avoir annoncé qu’il quitterait la place Beauvau pour reconquérir sa ville de Lyon, après les élections européennes de mai 2019, Gérard Collomb a de nouveau créé la surprise en bousculant le calendrier de l’éxécutif. Finalement, Emmanuel Macron a accepté la démission de son ministre de l'Intérieur.

Ce lundi, le ministre d’Etat âgé de 71 ans avait déclaré au Figaro qu’il avait remis dans la journée sa démission à Emmanuel Macron, et que ce dernier l’avait refusée. Un répit de courte durée pour l’Elysée qui espérait ainsi « mieux lui renouveler sa confiance » pour les mois à venir… et gagner un peu de temps avant un remaniement. Ce mardi, Gérard Collomb a en effet de nouveau pris tout le monde de court en affirmant au Figaro qu’il « maintenait sa proposition de démission ». Un coup de pression qui a mis l’exécutif au pied du mur. En confiant un intérim à son Premier ministre Édouard Philippe, Emmanuel Macron s'est donné un peu de temps pour trancher sur le profil du futur locataire de la place Beauvau.

Plusieurs candidats au sein du gouvernement

Trouver un successeur au premier flic de France (en si peu de temps) ne sera toutefois pas une tâche aisée, car Gérard Collomb cochait plusieurs cases : soutien de la première heure d’Emmanuel Macron dont il est très proche, homme politique d’expérience, issu de l’aile droite du Parti socialiste, et partisan de la fermeté en matière de sécurité et d’immigration, l’ancien maire de Lyon avait assez naturellement hérité de ce ministère régalien en mai 2017, assorti d’un titre de ministre d’Etat. Lorsqu’il quittera prochainement la place Beauvau, le gouvernement perdra à nouveau un poids lourd, après la démission spectaculaire de Nicolas Hulot. Il fait déjà les frais de ce départ annoncé, l’opposition demandant la démission du ministre qu’elle ne juge plus capable de « continuer sereinement à exercer ses fonctions », selon les mots de Franck Riester, coprésident du groupe UDI-Agir.

Pour le remplacer, plusieurs noms circulent. Emmanuel Macron pourrait choisir l’ex-patron du Raid Jean-Michel Fauvergue, devenu député La République en marche (LREM) en juin 2017. Peu connu du grand public, il a néanmoins le CV idéal.

Les noms de Jean-Yves Le Drian, actuel ministre des Affaires étrangères, et de Gérald Darmanin, circulent. Ainsi que celui de Christophe Castaner qui « meurt d’envie » d’atterrir place Beauvau, selon un poids lourd de LREM. Le médiatique « Casta » a l’avantage d’être proche du chef de l’Etat, un atout pour accéder à ce poste ultra-sensible, surtout après l’affaire Benalla. Mais il n’est pas tout à fait spécialiste des questions de sécurité, et a été chargé de piloter le parti présidentiel pendant les élections européennes puis municipales.

Des pistes en dehors du gouvernement

« Emmanuel Macron ne dispose pas de réseaux très développés au sein de la police, contrairement à Nicolas Sarkozy ou François Hollande », constate un syndicat de policiers. Cela pourrait pousser l’Elysée à aller piocher à droite, ou à gauche. Les noms du sarkozyste Frédéric Péchenard, ancien directeur général de la police nationale (DGPN) et actuel vice-président Les Républicains de la Région Île-de-France, et du vallsiste Denis Favier, ancien patron de la gendarmerie nationale, circulent. Le premier s’est dit intéressé par le poste dans le JDD.

Pour François Patriat, sénateur LREM de la Côte d’Or, « la majorité compte suffisamment de candidats qui ont le calibre pour ce ministère ». Mais le chef de l’Etat pourrait selon lui opter pour « un ticket », en affublant le ministère « d’un secrétaire d’Etat ». Signe que remplacer Gérard Collomb n’est pas si évident que cela.