Le parti de Florian Philippot est-il déjà en sursis, un an après sa création?

CREPUSCULE Les Patriotes, le parti créé par Florian Philippot après son départ du Front national, soufflent sa première bougie ce samedi...

Laure Cometti

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Florian Philippot au Parlement européen, le 13 juin 2018.
Florian Philippot au Parlement européen, le 13 juin 2018. — Abdesslam MIRDASS/SIPA
  • Il y a un an, Florian Philippot fondait Les Patriotes après son divorce avec Marine Le Pen et le Front national.
  • A la tête de son parti, l’eurodéputé vise à être réélu en mai prochain.
  • En un an, la formation a peiné à s’imposer dans le paysage politique, éclipsé par le Rassemblement national et Debout la France, et freiné par le manque de ralliements et de moyens financiers.

L’invitation est festive, orange lumineux, avec une bougie géante à côté d’un Florian Philippot souriant. Mais le premier anniversaire des Patriotes aura un léger goût amer ce samedi, malgré le gâteau d’anniversaire et les 140 convives attendus (selon une participante). Un an après le divorce avec Marine Le Pen et le Front national, le parti qui milite pour le Frexit est en sursis. S’il ne dépasse pas au moins les 3 % aux élections européennes dans huit mois, sa campagne ne sera pas remboursée et Les Patriotes pourraient finir aux oubliettes.

Des adhésions et intentions de vote faibles

Après avoir claqué la porte du FN, l’énarque de 36 ans a lancé son parti, Les Patriotes, le 29 septembre dernier. « Créer un parti est un exercice très compliqué et coûte très cher », observe Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire des radicalités politiques (Orap) à la Fondation Jean Jaurès.

Les aides publiques étant conditionnées par les résultats électoraux, Les Patriotes, vierge de tout scrutin (hormis deux législatives partielles en janvier dernier), ne peut compter que sur les adhésions et les dons, ainsi que sur les quelques élus qui reversent une partie de leur indemnité. Avec 8.000 adhérents revendiqués, le parti n’a pas de quoi se permettre d’être très dispendieux pour les européennes. « Même en faisant une campagne minimaliste, cela risque fort de sonner le glas de sa formation », juge le politologue.

A huit mois du vote, les sondages créditent la liste de Florian Philippot d’1,5 % des voix. Malgré un « logiciel politique cohérent et clair sur la sortie de la France de l’Union européenne », difficile pour le jeune parti de s’imposer face à des formations plus installées et médiatiques comme le Rassemblement national et Debout la France de Nicolas Dupont Aignan, estime Jean-Yves Camus. « Dans cette famille politique, il n’y a pas la place pour deux formations qui se chevauchent sur pas mal de sujets. »

Une année médiatique contrastée

Ce n’est pas faute d’avoir beaucoup misé sur la campagne médiatique. Florian Philippot continue d’être très présent sur les plateaux télé. La première année des Patriotes a par ailleurs été marquée par des épisodes étonnants, comme le soutien très éphémère de Geneviève de Fontenay ou le départ fracassant d’une des rares « prises de guerre », l’eurodéputée Sophie Montel. Puis le silence de François Asselineau, courtisé publiquement par Florian Philippot, en vain à ce jour. « Une connerie », selon un proche, « même si ça a au moins permis de faire un appel du pied aux électeurs de l’UPR (Union républicaine populaire)».

« Ce n’est pas insultant de dire que c’est un échec, commente auprès de L’Opinion Sébastien Chenu, député RN du Nord. C’est l’aventure d’une bande de potes qui tombent dans une impasse ». Les proches de Florian Philippot veulent toutefois y croire. L’eurodéputée Mireille d’Ornano, transfuge frontiste, reconnaît « un véritable challenge » mais vise un score supérieur à 5 % aux européennes.

«L'heure de vérité» pour Philippot

« Parvenir à créer un parti politique à partir de rien, c’est déjà un exploit », vante Maxime Thiébaut, 27 ans, qui a cofondé le mouvement avant d’arrêter la politique en juin dernier pour se consacrer à ses études. A l’écouter, on se dit que l’aventure patriote est avant tout une aventure personnelle, un tremplin pour 2022.

« Florian est face à son heure de vérité, je pense que dans la vie d’un homme politique, c’est la chose la plus excitante et dangereuse qu’il puisse vivre. Soit il est réélu eurodéputé et il s’installe dans la vie politique française, soit il va disparaître car il n’aura pas réussi son pari d’exister par lui-même ». Mais « en politique, on n’est jamais mort, assure Mireille d’Ornano. Florian Philippot a l’avenir devant lui. » Avec ou sans Les Patriotes ?