Soupçons d'emplois fictifs: Soulagement pour le RN, privé d'un million d'euros (au lieu de 2)

JUSTICE Le parti de Marine Le Pen a obtenu ce mercredi une demi-victoire, en récupérant un millions d'euros sur les deux que les juges voulaient saisir dans le cadre de l'enquête sur les assistants parlementaires des eurodéputés frontistes...

Laure Cometti

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Marine Le Pen en meeting à Mantes-la-ville, le 23 septembre 2018.
Marine Le Pen en meeting à Mantes-la-ville, le 23 septembre 2018. — Lucas BARIOULET / AFP
  • C’est un soulagement pour le Rassemblement national, empoisonné par des ennuis financiers et bancaires, à huit mois des élections européennes.
  • Le parti mise sur la générosité de ses adhérents, au nombre de 35.000, pour renflouer ses caisses, mais il a été forcé de fermer 20 % de ses permanences locales.

Un demi-soulagement. Le Rassemblement national (RN, ex Front national), avait saisi la justice pour contester la saisie de 2 millions d’euros, dans le cadre de l’enquête sur les assistants parlementaires d’eurodéputés frontistes. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a confirmé ce mercredi « sur le principe » l’ordonnance des juges d’instruction en charge de l’enquête sur les soupçons d’emplois fictifs au parlement européen, mais elle a cantonné son montant à 1 million d’euros, selon le parquet général.

Le parti, qui traîne des ennuis financiers depuis des années, va donc récupérer cette somme, tandis que le million « saisi » va être viré sur un compte ouvert à la Caisse des dépôts et consignations, et géré par l’AGRASC (l’agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués), un établissement public placé sous la tutelle des ministères de l’Economie et de la Justice.

Un parti qui « vivote » grâce aux dons

L’avocat du RN Rodolphe Bosselut a annoncé qu’il allait « inscrire un pourvoi sur le principe même de la saisie qui [lui] semble être un sujet et un vrai problème », après avoir salué une « première victoire ». Dans un communiqué, le parti a fait la même annonce. Mais la présidente Marine Le Pen a déclaré plus tard que pour obtenir la restitution du million, la chambre d’instruction exigeait « une attestation de non-pourvoi ».

C’est un vrai soulagement pour le trésorier du parti, Wallerand de Saint-Just. Le parti, éligible, comme d’autres formations politiques, aux aides de l’Etat, aurait dû toucher la moitié de ses subventions en juillet, soit environ 2 millions d’euros. Mais après la saisie de cette somme, les caisses du RN commençaient à se vider, à huit mois des élections européennes.

Le mouvement a lancé un appel aux dons auprès de ses sympathisants, rassemblant à ce jour 600.000 euros selon la direction. « De quoi nous permettre de vivoter », regrette Wallerand de Saint-Just, « d’autant que cette somme a déjà été largement utilisée pour payer les loyers des locaux du parti, et les salaires de la quarantaine de permanents, pour un total de 250.000 euros mensuels charges comprises ».

Un « élan généreux » qui n’est toutefois « pas suffisant pour financer toutes nos actions politiques », déplore Jean-Lin Lacapelle, délégué national aux ressources. Environ 20 % des fédérations ont renoncé à louer une permanence depuis la présidentielle.

Des dépenses « en attente »

Le parti assure avoir dû réduire la voilure pour les autres dépenses, « en attente », comme un tract pour les européennes, finalement imprimé « grâce au soutien des sympathisants ». Cet appel aux dons privés « est notre seule option », selon le trésorier. « On ne va pas commencer à emprunter », balaie-t-il, alors que le parti est chroniquement endetté.

Mais le soutien des sympathisants peut-il compenser un « trou » d’un million dans la trésorerie ? « Nous recrutons surtout dans les milieux populaires, nos adhérents, nos électeurs n’ont pas beaucoup d’argent », assure le trésorier du RN. « On est un peu jaloux, mais on n’a rien à voir avec Les Républicains », rit-il à propos de la collecte de 11 millions d'euros réalisée par l'UMP en 2013.

La rhétorique de Marine Le Pen renforcée ?

Heureusement pour les frontistes, la seconde moitié des subventions publiques doit être versée aux partis avant la fin de l’année. Le RN devrait donc récupérer deux autres millions.

Autre bonne nouvelle, le parti assure gagner des adhérents après en avoir perdu. « On est à 35.000 adhérents, un nombre en hausse depuis juin dernier », déclare Jean-Lin Lacapelle, délégué national aux ressources. « Parmi les adhésions, il y a 20 % de nouveaux sympathisants », poursuit le cadre.

Marine Le Pen et ses troupes ont par ailleurs utilisé cette saisie comme arme politique, qualifiant la décision des juges d’instruction d'« assassinat politique » contre « le premier parti d’opposition ». Jean-Lin Lacapelle qualifie cette mesure conservatoire d'« illégale » alors qu’elle est prévue dans le code de procédure pénale. Si la justice décide d’abandonner l’action judiciaire contre le RN, le million saisi sera restitué au parti. Idem si le mouvement est blanchi au terme d’un éventuel procès. En revanche, s’il est condamné, l’AGRASC pourrait rembourser directement le Parlement européen.