Catalogne: Manuel Valls a-t-il des chances d’être élu maire de Barcelone?

ESPAGNE L'ancien Premier ministre a annoncé ce mardi soir sa candidature pour les municipales de Barcelone de mai prochain...

Thibaut Le Gal

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Manuel Valls se frotte déjà les mains.
Manuel Valls se frotte déjà les mains. — Manu Fernandez/AP/SIPA
  • Manuel Valls a annoncé ce mardi soir sa candidature à la mairie de Barcelone ce mardi soir.
  • L'ancien Premier ministre de François Hollande devrait défendre une ligne anti-indépendantisme au-dessus des partis.

Manuel Valls s’en va en Catalogne. L’ancien Premier ministre a annoncé ce mardi soir sa candidature à la mairie de Barcelone. Absent à l'Assemblée nationale et en circonscription depuis plusieurs semaines, le député de l’Essonne a déjà tourné la page de son destin politique en France. « Vous direz ce que vous voudrez. Une seule chose compte pour moi, la manière dont je serai perçu à Barcelone », disait-il récemment à l'Express.

L’ancien maire d’Evry (Essonne), né d’un père catalan, aime rappeler ses racines catalanes et s’est beaucoup impliqué l’an dernier dans le débat sur l’indépendance de la région espagnole. Suffisant pour arracher la seconde plus grande ville d’Espagne lors des municipales de mai prochain ?

Une ligne anti-indépendantiste en dehors des partis

« La candidature de Manuel Valls est une inconnue dans le scrutin espagnol. Ce n’est pas courant de voir débarquer un ancien Premier ministre dans l’une des plus grandes métropoles européennes, assure Manuelle Peloille, professeur de civilisation espagnole à l’université d’Angers. Valls apparaît aujourd’hui comme un outsider, sur une ligne très ferme contre l’indépendantisme catalan. Reste à savoir quel sera son projet pour la métropole ».

Dans une récente préface, l’ancien chef du gouvernement justifie cette ligne politique en se référant au projet européen… d’Emmanuel Macron.

« Comment va-t-on créer un démos européen si les Catalans ne veulent plus "faire une nation" avec les Espagnols, s’ils veulent "faire une nation" à part ? Quelle citoyenneté supranationale va-t-on construire avec des briques nationales cassées en morceaux ? Quand l’Europe a besoin de force et d’unité, dans un monde instable et inquiétant », écrit Manuel Valls.

Sa candidature devrait se faire avec le soutien du parti libéral et anti-séparatiste de centre-droit Ciudadanos, quatrième force politique espagnole mais vainqueur des législatives de Catalogne en décembre dernier. « Lors des grandes manifs pour l’unité, Manuel Valls est apparu aux côtés de Ciudadanos, sorte d’En Marche espagnol, rappelle Christophe Barret, historien spécialiste de l’Espagne, auteur de La guerre de Catalogne (Cerf). Il y aura des membres de Ciudadanos sur sa liste mais Manuel Valls semble vouloir construire une liste transversale, à travers une plateforme sans étiquette ».

« Il a échoué à fédérer tous les partis anti-indépendantistes »

Son arrivée en Catalogne a déjà provoqué des réactions sur le paysage politique catalan. « Son calcul initial était de fédérer tous les partis anti-indépendantistes, mais il a connu deux importants revers : les socialistes catalans et le parti populaire [la droite] ont finalement décidé de présenter leur propre candidat, assure Christophe Barret. Mais s’il a échoué à faire l’unité, les indépendantistes partiront également divisés ».

Le natif de Barcelone a déjà commencé à constituer son équipe de campagne. Dans sa besace, l’éminent consultant politique Xavier Roig, ancien bras droit du maire socialiste de Barcelone Pasqual Maragall. « Il a été maire pendant quatorze ans pendant la grande période de rayonnement international de la ville, à travers notamment les Jeux Olympiques de 1992, rappelle l’historien. Tout le monde essaye de se réclamer du maragallisme. Le problème de Valls est que son frère Ernest Maragall, membre du gouvernement catalan, sera finalement candidat de la gauche indépendantiste ».

« Pour les indépendantistes, Manuel Valls, c’est le diable »

« Manuel Valls est le candidat des riches et sa campagne semble être pilotée depuis Madrid », a d’ailleurs taclé le membre du gouvernement catalan cette semaine. Ses adversaires ne manquent pas de dénoncer le « parachutage » du Français à Barcelone. Un sketch diffusé sur la chaîne publique catalane TV3 en mai dernier dépeint un faux Manuel Valls en voiture, ignorant tout de la capitale catalane. « Il y a la mer à Barcelone ? Ouh là là ! C’est décidé ! J’accepte, je serai candidat ! », s’amuse un acteur grimé.

« Valls est détesté par les indépendantistes, qui le voient comme un parachuté et un Français jacobin qui n’a pas la même conception de la politique et de l’Etat que les Espagnols. Pour eux, c’est le diable », tranche Manuelle Peloille.

Malgré des critiques sur la gestion de la ville, la maire sortante Ada Colau [soutenue par Podemos] reste la favorite des sondages. Mais le scrutin proportionnel à un tour rend les résultats de mai prochain incertains. « Le futur maire sera celui qui parviendra à faire une coalition pour trouver une majorité. Même s’il arrivait en tête, il aura contre lui les indépendantistes catalans, qui pourraient passer un accord avec la maire actuelle, dit Christophe Barret. Il n’est pas non plus évident que l’élection se joue sur la seule question de l’indépendance comme il en fait le pari. C’est un défi très difficile ».