Européennes: Nicolas Dupont-Aignan part seul pour supplanter Les Républicains et le Rassemblement national

REPORTAGE Le président de Debout la France a annoncé qu'il conduirait une «liste d'union» pour les élections européennes de 2019, lançant un «appel solennel» aux membres et électeurs des Républicains (LR) comme du Rassemblement national (RN, ex-FN)...

Thibaut Le Gal

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Nicolas Dupont-Aignan au Cirque d'Hiver.
Nicolas Dupont-Aignan au Cirque d'Hiver. — Tristan Reynaud/SIPA
  • Nicolas Dupont-Aignan a annoncé qu'il conduirait une «liste d'union» pour les élections européennes de 2019.
  • Le président de Debout la France espère se faire une place entre Les Républicains et le Rassemblement national.

Comme d’autres en Dieu, certains croient obstinément en leur destin. Nicolas Dupont-Aignan semble être de ceux-là, persuadé qu'il sera le politique qui « libérera » la France. Cette fois, en se présentant aux européennes de mai prochain.

« De plus en plus de Français ressentent au fond de leur cœur, dans leur âme, dans leurs tripes, combien leur civilisation, leur culture, combien leur France est menacée », dit-il à la tribune, en clôture du Congrès de son parti, dimanche au Cirque d’Hiver à Paris

« L’élection européenne est fondamentale, peut-être l’occasion unique de stopper cette machine infernale, cette manière de broyer les nations, l’occasion unique de permettre à la France de retrouver sa liberté ». Face à la « société désincarnée, inhumaine, déracinée que veut nous imposer à marche forcée Emmanuel Macron […] le moment du sursaut est tout à fait proche », vante-t-il.

« Un tête à tête avec Le Pen, ce n’est pas à la hauteur des enjeux »

Avant sa montée à la tribune, ses soutiens sont hagiographiques. L’eurodéputé Bernard Monot, venu du Front national, salue le « courage » politique du bonhomme. Pour avoir dit « non » au traité de Maastricht, d’abord. Pour avoir rallié Marine Le Pen au second tour de la présidentielle en mai 2017, ensuite. « Il fallait le faire », jure-t-il.

Depuis plusieurs semaines, le député de l’Essonne a pourtant tout défait. Il a refusé la main tendue par Marine Le Pen. « Une liste commune, c’est une fusion. Ça ne sera pas suffisant pour gagner. Nicolas Dupont-Aignan a tiré les leçons de 2017 et souhaite créer un vrai rassemblement. Un tête à tête avec Le Pen, ce n’est pas à la hauteur des enjeux », glisse Damien Lempereur, porte-parole de Debout la France.

Malgré leurs projets très proches, le souverainiste sait combien l’alliance avec le Front national lui a coûté. Lors des législatives de juin 2017, il a bien failli perdre sa circonscription. « Il y a eu une diabolisation absolument délirante autour de lui, notamment à droite », poursuit Lempereur.

La percée de Dupont-Aignan inquiète la droite…

Voilà donc Dupont-Aignan en campagne, seul, porté par les plus de 6 % que lui promettent les sondages. « Notre liste est l’occasion magnifique de rassembler tous les patriotes et républicains d’où qu’ils viennent […] J’ouvre grands les bras, aux membres, sympathisants, électeurs du mouvement des Républicains comme du Rassemblement National qui partagent nos convictions ».

Son appel à l’union des droites vise à siphonner ces deux électorats. Et se placer au centre du jeu pour la suite. « Il se positionne déjà pour 2022 », s’agace un député du Rassemblement national. « La percée de Nicolas Dupont-Aignan nous inquiète. On peut craindre un effet de vases communicants et une perdition d’électeurs. D’autant que Nicolas Dupont-Aignan aura l’avantage d’être le seul président de parti candidat… », craint un cadre Les Républicains.

…Mais pas Marine Le Pen

Pourtant, si Nicolas Dupont-Aignan croit en son destin, il est un peu le seul. Les promesses de ralliements d’ampleur tardent à se concrétiser. A ses côtés ce dimanche, seul le président du Parti chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson fait figure de personnalité politique connue.

Une pêche encore un peu maigre, qui n’inquiète d’ailleurs pas Marine Le Pen. « Rien politiquement ne nous sépare, a-t-elle commenté ce dimanche. Il est libre. Ce n’est pas très grave, on se retrouvera au Parlement européen ». En politique comme ailleurs, le détachement est souvent des plus cruels.