Tentation de Barcelone: Absent à l'Assemblée et en circo', Manuel Valls peut-il encore rester député?

POLITIQUE Le député de l'Essonne, absent à l'Assemblée et dans sa circonscription, songerait à Barcelone...

Thibaut Le Gal

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Manuel Valls sourit à l'idée de voir jouer Messi tous les week-ends
Manuel Valls sourit à l'idée de voir jouer Messi tous les week-ends — Bertrand GUAY / AFP
  • Manuel Valls pourrait se déclarer candidat aux municipales à Barcelone.
  • Le député, critiqué pour ses absences à l'Assemblée et dans sa circonscription, ne serait pas obligé de démissionner pour faire campagne.

C’est une blague lancée à la volée lors du scrutin pour désigner le nouveau président de l’Assemblée nationale mercredi 12 septembre. Comme tous les députés, Manuel Valls est appelé pour déposer son bulletin dans l’urne. Son siège vide fait rire ses collègues : « Il est déjà à Barcelone ! », lance l’un d’eux.

Depuis plusieurs mois, l’ancien Premier ministre songe à rejoindre la Catalogne. Sa candidature officielle aux élections municipales espagnoles de mai prochain serait d’ailleurs une question de jours, selon l'Express. En attendant, le député apparenté à La République en marche a déserté l’hémicycle. Selon les données de l'association Regards Citoyens, Manuel Valls n’a siégé que quatre jours depuis fin mai, en séance ou en commission, et n’a plus été aperçu au Palais Bourbon depuis le 13 juillet.

D'après le site nosdeputes.fr, Manuel Valls n'est plus présent à l'Assemblée depuis le 13 juillet.
D'après le site nosdeputes.fr, Manuel Valls n'est plus présent à l'Assemblée depuis le 13 juillet. - capture d'écran.

« L’absence de Valls commence en effet à être un peu moquée et commentée ici, confirme Philippe Gosselin, député LR. Il n’y a pas urgence à ce qu’il démissionne, mais ça ne peut pas durer. On ne peut pas être un pied en France et un pied à Barcelone, il faut choisir… ».

« Compte tenu de l’importance du personnage, son absence crée de l’agitation »

Pour son adversaire locale Farida Amrani, l’intéressé aurait déjà choisi. L’ancienne candidate insoumise a lancé une pétition pour demander la démission du « député fantôme ». « Depuis avril, il réfléchit à Barcelone. On pensait qu’il allait démissionner de lui-même. Il est absent à l’Assemblée, sur la circonscription… Ce n’est pas normal. On lui demande d’être honnête avec les électeurs », dit-elle.

Dans son fief du 91, sa tentation barcelonnaise suscite le malaise. « Manuel Valls a toujours été très attaché à son territoire. Même lorsqu’il était Premier ministre, il faisait en sorte d’être présent pour la rentrée scolaire, les inaugurations. C’est vrai qu’on le voit moins », reconnaît son ancien proche David Ros, 1er secrétaire fédéral PS d’Essonne.

« Nous avions de nombreux échanges avec lui, quand nous avions besoin d’informations sur les réformes en cours. Mais depuis quelques semaines, il est absent », confirme Jean-Philippe Dugault, référent LREM de Corbeil-Essonnes. « Il n’est pas venu au forum des associations auquel il avait l’habitude de se rendre. Compte tenu de l’importance du personnage, ça crée de l’agitation. Et suscite des interrogations pour la suite ».

« S’il est candidat, ce serait plus honnête vis-à-vis des électeurs qu’il démissionne »

La suite, ce pourrait être la démission. Mais rien n’oblige le député à lâcher son mandat pour faire campagne. « La décision lui appartient. Sur cette circonscription, il représente nos valeurs puisqu’il fait partie de notre groupe. Ce qui m’intéresse, c’est que ce soit toujours le cas », évacue Florence Noirot, référente LREM en Essonne. « On est en train de ronger des os pour le plaisir. S’il est officiellement candidat, ce serait plus honnête vis-à-vis des électeurs qu’il démissionne. Il paraîtrait inconcevable qu’il garde ses rémunérations de député alors qu’il fait campagne en Espagne. Mais cette question est prématurée », tranche la marcheuse du 91 Laurence Bénédetti.

Dans la majorité, personne ne se presse pour nous répondre. « Sa candidature à Barcelone aurait de la gueule ! Ce serait un symbole européen très enthousiasmant », lâche seulement un cadre du groupe LREM. Chez les proches de Manuel Valls* aussi, le sujet est encore tabou. « Aucun commentaire avant que le premier concerné ne se soit exprimé », répond Francis Chouat, son successeur à la mairie d’Evry.

« Un vide juridique » dans la loi sur le non-cumul

Cet entre-deux pourrait vite devenir intenable pour l’ancien socialiste. « Là, où c’est plus ennuyeux, c’est par rapport à la mission Nouvelle Calédonie, qu’il préside. A la veille du référendum [le 4 novembre], ce serait dommage de ne pas pouvoir réunir notre mission d’information faute de président », s’inquiète ainsi Philippe Gosselin.

La situation pourrait devenir encore plus absurde en cas de victoire. La loi sur le non-cumul ne précise pas ce qu’il en est pour un mandat étranger. « Il y a un vide juridique. La loi n’apporte pas de réponse très claire », précise Romain Rambaud, professeur de droit public à l’université de Grenoble et spécialiste de droit électoral. « J’imagine que le ministère de l’Intérieur ou le Conseil constitutionnel devraient alors se prononcer pour faire cesser cette incompatibilité ».

David Ros, lui, est serein : « Manuel Valls ne fait jamais les choses à moitié. S’il est candidat à Barcelone, je pense qu’il se donnera tous les moyens pour réussir et qu’il démissionnera ».

*Contactés par 20 Minutes, Manuel Valls et son équipe n’ont pas répondu à nos sollicitations.