VIDEO. «Je n’ai jamais été le garde du corps du président»... Ce qu’il faut retenir de l’audition de Benalla

PARLEMENT L’ancien chargé de mission mis en cause pour les violences du 1er-Mai s’est présenté, ce mercredi, devant la commission d’enquête du Sénat…

Vincent Vantighem

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Alexandre Benalla prête serment devant les sénateurs, le 19 septembre 2018.
Alexandre Benalla prête serment devant les sénateurs, le 19 septembre 2018. — ALAIN JOCARD / AFP
  • La commission des lois du Sénat a entendu Alexandre Benalla ce mercredi.
  • Mis en examen pour les violences du 1er-Mai, ce proche de Macron a répondu aux questions.
  • Il est revenu sur son prétendu rôle de garde du corps du président et a également été longuement interrogé sur son permis de port d’armes.

Quasiment deux heures et demie d’audition. Après une semaine de polémique, Alexandre Benalla est finalement venu répondre aux questions de la commission des lois du Sénat, ce mercredi matin. Convoqué dans le but de faire la lumière sur les circonstances qui ont entraîné les violences qu’il a reconnu avoir commises le 1er-Mai, l’ancien chargé de mission s’est montré assez prolixe … pour ne pas répondre exactement aux questions posées.

Il a fallu toute la ténacité et la finesse de plusieurs sénateurs pour ne pas déborder sur le terrain judiciaire où l’ancien chargé de mission est visé par une enquête indépendante et pour en apprendre davantage sur toute cette polémique.20 Minutes dresse la liste des principaux enseignements à retenir…

Il a commencé par présenter ses excuses à Philippe Bas

La semaine dernière, par l’entremise de France Inter, Alexandre Benalla n’avait pas hésité à qualifier Philippe Bas de « petit marquis ». Face au président (LR) de la commission de lois du Sénat, ce mercredi, l’ancien chargé de mission a commencé par s’excuser avant même que la première question ne lui soit posée.

« J’ai toujours défendu les institutions. J’ai un profond respect pour le Sénat. Et j’ai le sentiment d’avoir été instrumentalisé [par les médias]. J’ai été bien élevé. J’ai un profond regret pour le propos que j’ai pu avoir à votre encontre monsieur le président. Quelles que soient les circonstances, on ne s’en prend pas aux hommes », a ainsi indiqué celui qui est mis en examen pour les violences commises sur deux manifestants en marge des manifestations du 1er mai.

Sourire aux lèvres, Philippe Bas a simplement répondu qu’il prenait acte de ces excuses.

Il est incapable de dire comment il a été recruté à l’Elysée

Interdits de poser des questions sur le terrain judiciaire en raison de l’enquête en cours, les sénateurs ont surtout tenté d’en savoir plus sur les fonctions qu’occupait Alexandre Benalla à l’Elysée. Courtois, disert, l’ancien chargé de mission n’a pas, pour autant, été très précis à ce sujet. Illustration lorsqu’il a été interrogé sur son recrutement auprès d’Emmanuel Macron, une fois celui-ci élu.

« J’ai monté un étage avec l’ascenseur social le 17 mai. On m’a confié de nouvelles fonctions. (…) Mais, moi-même, je ne sais pas qui a décidé de quoi pour moi. On m’a fléché. Sans doute le chef de cabinet. » Un peu plus tard, il a tout de même indiqué avoir passé trois entretiens.

Surtout, présent dans l’équipe de campagne de Macron, il n’a pas vraiment été surpris de se retrouver ainsi propulsé. « C’est normal que vous ne claquiez pas la porte à des gens qui ont dormi moins de trois heures pendant plusieurs mois, n’ont pas vu leurs familles et étaient bons dans ce qu’ils faisaient. Je dis ça, sans modestie. » Au passage, il a reconnu avoir touché un salaire de 6 000 euros net par mois pour ce poste à la présidence.

Il n’était pas le garde du corps d’Emmanuel Macron

Sur toutes les vidéos, Alexandre Benalla est très proche du chef de l’Etat. « Mais je suis au regret de vous dire que je n’étais pas le garde du corps d’Emmanuel Macron et je ne l’ai jamais été », a-t-il précisé. Se définissant comme une interface, il a expliqué qu’il était aussi proche pour pouvoir lui délivrer des « messages ».

Et, listant ses tâches, il a expliqué aux sénateurs qu’il s’occupait en réalité de l’organisation des déplacements nationaux, des événements au palais, des déplacements privés du président et de la coordination des services de sécurité. Mais aussi du service des présents diplomatiques à offrir aux hôtes ou aux invités du président. Une sorte de super-concierge, en sorte.

Il partait travailler avec son arme à la ceinture

Il a fallu toute la ténacité du sénateur (PS) Jean-Pierre Sueur pour en arriver à cette information. Alexandre Benalla a fini par reconnaître qu’il partait travailler et revenait chez lui, tous les jours, avec son arme à la ceinture. Et aussi qu’il l’emportait sur certains déplacements du président de la République.

Pourquoi le faisait-il alors qu’il a expliqué qu’il n’était ni garde du corps ni policier ? Pour des raisons personnelles, a-t-il justifié. « J’étais exposé. On passe dans les médias. Vous êtes exposé quand vous habitez au même endroit depuis huit ans. » Et, dans une drôle de comparaison, Alexandre Benalla a expliqué que Michel Charasse, conseiller de François Mitterrand, avait, lui aussi, une arme à la ceinture à l’époque. « Etait-il le garde du corps de Mitterrand ? Je ne crois pas… », a-t-il conclu.

Au passage, l’audition n’a toujours pas permis de savoir pourquoi la préfecture de police lui avait accordé ce permis de port d’armes alors qu’il en avait besoin pour « des raisons personnelles ».

Il s’entendait bien avec les membres du GSPR

Les différentes auditions à l’Assemblée nationale ou au Sénat avaient laissé entendre que le climat était tendu entre Alexandre Benalla et les membres du Groupement de sécurité de la présidence de la République (GSPR). Pas du tout, si l’on en croit le principal protagoniste de l’affaire.

Il a ainsi détaillé les fois où il était allé s’entraîner au tir avec les membres du GSPR mais aussi les repas qu’il avait partagés avec eux. Sans nier qu’il ne faisait pas partie du cercle. Reconnaissant qu’il disposait d’une radio au sein même de l’Elysée, il a expliqué qu’il n’avait pas accès à la fréquence spécifique des membres de la sécurité.

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