Lyon: «Papy fait de la résistance», le retour de Gérard Collomb suscite de nombreuses critiques et railleries

MUNICIPALES Le ministre de l’Intérieur a annoncé mardi qu’il quitterait son poste dans six mois pour briguer un quatrième mandat à la mairie de Lyon…

Caroline Girardon

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Gérard Collomb veut désormais se concentrer sur la mairie de Lyon.
Gérard Collomb veut désormais se concentrer sur la mairie de Lyon. — J. Saget / AFP
  • Gérard Collomb a annoncé mardi qu’il quitterait son ministère après les élections européennes.
  • Il entend se concentrer sur la mairie de Lyon où il brigue un quatrième mandat.
  • Un retour attendu mais qui suscite de vives réactions dans les ranges de l’opposition et du PS.

« Papy fait de la résistance ». Une formule ironique, venue de l’extrême droite locale, qui en dit long. Gérard Collomb, l’actuel ministre de l’Intérieur a annoncé mardi qu’il allait quitter son ministère dans six mois pour se présenter à la mairie de Lyon en 2020. Mairie qu’il dirigeait depuis 14 ans avant d’être appelé au gouvernement.

Si l’annonce, considérée comme un « secret de polichinelle », n’a pas vraiment surpris entre Rhône et Saône, elle a néanmoins fait grincer quelques dents. « Les deux dindons de la farce qui avaient cru pouvoir succéder sans douleur au vieux routard lyonnais en seront pour leur frais », tacle Christophe Boudot, chef de file du Rassemblement national.

« Il agit comme un baron local des années 70 »

Dans le rôle, de l’un de gallinacés visés : Georges Képénékian, intronisé maire de Lyon, a préféré faire bonne figure, jouant la carte de la courtoisie. « Il s’agit d’une belle et bonne nouvelle », assure-t-il. David Kimelfled qui a pris les rênes de la Métropole, estime qu’« il n’y avait pas d’urgence ». « Les élections locales sont dans 18 mois. On a le temps d’en parler. En attendant, je reste concentré jusqu’au bout sur ma fonction et je vais continuer à mener les projets de la Métropole », affirme-t-il, précisant qu’il était prêt à « lui céder sa place ». Et d’appuyer : « Mon adversaire n’est pas Gérard Collomb mais la droite, portée par Laurent Wauquiez et Philippe Cochet ».

A droite justement, on trouve cette annonce « maladroite ». « Elle arrive un peu tôt. On sent que les choses se sont accélérées. Gérard Collomb a conscience qu’en étant au gouvernement, son image s’est détériorée », analyse Pascal Blanche, le maire LR du 6ème arrondissement. « C’est une façon de prendre ses distances avec Emmanuel Macron », poursuit l’élu parlant de « pratiques d’un autre temps ». « Il agit comme un baron local des années 70 ». 

Même sentiment dans les rangs du PS. « Gérard Collomb laisse à penser que la ville et la Métropole seraient destinées à ne pouvoir se passer de sa personne. Mais elles ne sont pas des fiefs dont le seigneur pourrait décider du devenir selon ses humeurs », tacle Yann Crombecque, secrétaire du PS.

Une élection gagnée d’avance ?

« Pour un homme d’Etat, cette annonce est un manquement à l’éthique. Il relève une certaine légerté. Comment peut-on faire preuve d’autant de convenance personnelle quand on est numéro deux du gouvernement, s’interroge Jean-Paul Bret, le maire PS de Villeurbanne. En tout cela ne lui ouvre pas un lit de roses vers lequel il suffirait de s’avancer pour être élu ».

« Le soufflé Macron qu’il a alimenté va retomber. Je ne sais pas si ça sera un boulet pour lui mais ça ne sera pas un avantage », estime-t-il. Et de poursuivre : « Collomb s’est clairement déporté à droite. S’il se présente à la Métropole, il n’aura sûrement pas les voix de la gauche, à part quelques affidés de la LREM. David Kimelfeld a su imposer en son absence, des conditions de dialogue et de courtoisie. Tout le monde s’en est rendu compte. On avait un fonctionnement autarcique et autocrate avec Gérard Collomb. Depuis, son départ on a vu un printemps de la Métropole. »