Elections européennes: Pourquoi les partis peinent-ils autant à trouver une tête de liste?

POLITIQUE Le choix des têtes de liste ne fait pas toujours l'unanimité au sein des mouvements à huit mois des élections européennes du 26 mai 2019...

Thibaut Le Gal

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Marine Le Pen se gratte la tête: Qui pour conduire la liste RN?
Marine Le Pen se gratte la tête: Qui pour conduire la liste RN? — Alain ROBERT/SIPA
  • Les grands partis n'ont toujours pas choisi leur tête de liste pour les Européennes prévues le 26 mai 2019.
  • Le scrutin peut être risqué pour les leaders politiques.

A huit mois de l’élection, la campagne est déjà lancée. Les Européennes sont déjà dans toutes les têtes des politiques. Pourtant, seuls La France insoumise, Europe Ecologie-Les Verts et le Parti communiste ont déjà désigné leurs chefs de file. Pourquoi La République en marche, Les Républicains, le Rassemblement national et le Parti socialiste peinent-ils à trouver leur candidat? 20 Minutes détaille les raisons qui se cachent derrière ces difficultés.

1. Parce que les chefs ne veulent pas y aller

Laurent Wauquiez, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou Olivier Faure ont déjà exclu de mener la bataille de mai prochain. « Ceux qui nous expliquent que l’Europe est un sujet central vont finalement se cacher lorsque le scrutin européen arrive...», tacle Damien Lempereur, porte-parole de Nicolas Dupont-Aignan, qui devrait, lui, mener la liste Debout la France.

« En France on a longtemps considéré que c’était une élection secondaire, un jardin d’enfants ou une maison de retraites. Les grands partis envoyaient des jeunes loups ou des anciens à recaser », indique Emmanuelle Reungoat, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Montpellier.

Le scrutin s'avère risqué pour les leaders politiques. « Les Européennes sont généralement des élections où les partis de gouvernement sont sanctionnés, d’autant que la proportionnelle permet d’éviter le "vote utile". Les têtes de parti se méfient, indique la spécialiste des questions européennes. En 1994, Michel Rocard avait ainsi mené la liste socialiste et s’était pris une veste. Cela avait contribué à son abandon pour la future campagne présidentielle ».

2. Parce que les partis sont divisés pour définir leur ligne européenne

La question européenne est souvent un risque de déchirement au sein même des partis. « Le PS a un peu rangé sous le manteau les enjeux européens depuis 2005 [et les divisions internes sur le référendum]. C’est un élément explosif pour la cohésion du parti », avance Emmanuelle Reungoat. Faire coexister sur une même liste les partenaires d’Emmanuel Maurel et l’aile gauche du parti, très critique de l’Union Européenne, avec le commissaire européen Pierre Moscovisci paraît être une mission impossible .

L’éclatement de la droite sur Viktor Orban la semaine dernière au Parlement européen montre que Les Républicains ne sont pas en reste. « Avec la création de l’UMP, la droite s’était clairement revendiquée europhile en 2002. Mais depuis peu, la ligne souverainiste reprend droit de cité. Il sera compliqué pour Laurent Wauquiez de trouver une personnalité capable de faire la synthèse entre ces deux lignes », indique Emmanuelle Reungoat.

A entendre Maël de Calan, vice-président du mouvement Libres ! de Valérie Pécresse, la tâche s’annonce en effet ardue. « Oui à une liste d’union, mais probablement sans Nadine Morano [actuellement eurodéputée] qui n’a ni la légitimité ni la compétence, et qui défend très mal les intérêts de la France ».

3. Parce que les alliances ne sont pas calées ou ont échoué

Certains partis espèrent encore rallier le plus largement possible. « Notre liste sera celle du rassemblement. Nous gardons la main tendue à Nicolas Dupont-Aignan et à d’autres personnalités qui, par leur ancienne appartenance politique ou leur parcours, incarne ce rassemblement », assure Nicolas Bay, eurodéputé RN. L’ancien minsitre LR Thierry Mariani se fait pour le moment attendre.

« Les Européennes ont parfois permis de tester des formules de coalition, Front de Gauche, EELV, et voir si celles-ci pouvaient se pérenniser, rappelle la spécialiste. Mais cette année, l’élection redevient nationale : cela peut pousser les petits partis à y aller seuls car ils n’ont pas besoin de constituer huit listes comme il y a cinq ans ». Et il ne suffit d'obtenir que 5% des voix pour obtenir des élus et 3% pour que les frais de campagne soient remboursés.

4. Parce que choisir une candidature citoyenne ou une nouvelle tête est risqué.

La République en marche et Les Républicains avaient notamment évoqué la possibilité de mettre une candidature citoyenne au premier plan. Avant de probablement reculer. « Beaucoup de partis ont fait ça, les Verts, le PCF, le FN… L’élection européenne permet de jouer avec l’image de parti dans la constitution de la liste. Mais la personnalité du leader est centrale dans la gestion de la campagne », indique Emmanuelle Reungoat.

« Si la droite met Jean Leonetti et que le Rassemblement national choisit [l’essayiste Hervé] Juvin, ce sera une belle chose pour nous », raille ainsi un membre de Debout La France.

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